La Reine d’Angleterre qualifiée de « colonisatrice » par une sénatrice autochtone

Par Colin Porhel | Publié le 05/08/2022 à 11:55 | Mis à jour le 05/08/2022 à 12:02
Photo : Lidia Thorpe au Parlement australien en 2020 - Australian Greens website - Creative Commons Attribution-Share Alike 2.5 Australia Licence
Lidia Thorpe au Parlement en 2020

Militante et sénatrice autochtone, Lidia Thorpe a qualifié la monarque britannique de « colonisatrice » lors de son serment au Parlement australien. Rappelée à l’ordre, elle a finalement dû réciter ce dernier de la façon dont l’exige le règlement.

 

« Moi, Lidia Thorpe, jure solennellement et sincèrement que je serai fidèle et porterai une allégeance à la colonisatrice, Sa Majesté la reine Elizabeth II » : pour son entrée au Sénat, Lidia Thorpe, militante autochtone et élue du Parti écologiste australien n’a pas manqué d’interpeller avec véhémence la monarchie britannique. Immédiatement interrompue par les protestations de ses collègues, et rappelée à l’ordre par la présidente du Sénat, elle s’est finalement résolue à répéter le serment d’allégeance tel que le veut la tradition.

 

La question de la légitimité de la Reine n’est cependant pas nouvelle. Une semaine plus tôt, le vice-ministre de la Défense, Matt Thistlewaite, jugeait déjà le texte « archaïque et ridicule », arguant qu’il ne « représentait plus » l’Australie actuelle. « Une fois de plus, nous devons commencer à débattre pour devenir une république avec notre propre chef d’Etat. Nous ne sommes plus Britanniques », avait-il ajouté.

 

Un comportement jugé « immature »

Connue pour sa position sur le sujet, Lidia Thorpe s’était déjà fait remarquer en qualifiant l’Australie de « projet colonial », tout en affirmant ne pas se reconnaître dans le drapeau national, symbole selon elle de la « colonisation » des terres australiennes. Mais son coup d’éclat au Parlement est loin d’avoir fait l’unanimité, Jacinta Nampijinpa Price, sénatrice libérale également issue d’une communauté aborigène qualifiant son comportement d’immature. « Si vous voulez devenir une militante, vous n’êtes pas à votre place ici. Allez rejoindre la résistance. Nous sommes ici pour faire la loi pour le bienfait de notre nation », a-t-elle ajouté, agacée.

 

Des critiques rapidement balayées par la principale concernée, qui a estimé le lendemain que son deuxième serment était « faux ». « Je dois prêter allégeance à une reine d’un autre pays et cela me rend vraiment mal à l’aise, étant donné que je suis une femme des Premières Nations Mon allégeance va à ce pays et au peuple de ce pays, pas à une reine qui vit en Angleterre et qui n’a pas été élue », s’est-elle justifiée au média 3AW.

 

Un débat relancé

Mais au-delà de la polémique suscitée par ses propos, Lidia Thorpe semble avoir relancé le débat sur la légitimité de la Reine d’Angleterre à exercer les fonctions de cheffe de l’Etat australien. Colonie britannique pendant plus de 100 ans, le pays a vu des milliers d’Aborigènes être déplacés et tués sur ordre des Britanniques. S’il a finalement obtenu son indépendance en 1901, l’île n’est cependant jamais devenue une République.

 

Une situation qui pourrait toutefois évoluer dans les prochains mois. Anthony Albanese, Premier ministre nouvellement élu, plaide pour un changement de régime politique. Selon les lois en vigueur, seul un référendum permettrait de modifier le statut du pays. Un cas de figure qui s’était déjà présenté en 1999. Appelés à donner leur avis sur le sujet, les Australiens s’étaient alors prononcés de justesse contre la destitution de la Reine.

 

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