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Français et Britanniques : pourquoi tant de haine ?

Par Léonie Bayon | Publié le 26/01/2022 à 11:11 | Mis à jour le 26/01/2022 à 12:41
Photo : Fausto Fernos - Unsplash
France Angleterre amour haine relation

Les Français ont toujours connu des relations tumultueuses avec leurs voisins Anglais, qui nous détestent et qu’on adore détester en retour. Mais pourquoi tant de haine ?

Les Français et les Britanniques prennent toujours un malin plaisir à se moquer, se tourner en ridicule et attiser une rivalité ancienne. Petite histoire de la rivalité franco-britannique pour tenter de comprendre comment nous sommes devenus les meilleurs ennemis.

 

« Nous nous sommes développés à côté, mais en prenant des directions totalement différentes »

La rivalité franco-britannique ne date pas d’hier. Les historiens la font même remonter à plus de 1000 ans ! La conquête de l’Angleterre par Guillaume Le Conquérant n’annonçait déjà rien de bon, mais pour Stephen Clarke, spécialiste des relations franco-britanniques et auteur de 1000 ans de mésentente cordiale. L’Histoire anglo-française revue par un Rosbif et du récent The spy who inspired me, tout a commencé avec Edouard III, premier roi à parler anglais au lieu de perpétuer la tradition du normand. Voyant la France comme un pays riche et s’estimant légitime à réclamer la couronne de France, Edouard III décide de l’envahir, déclenchant ainsi la Guerre de Cent Ans.

 

Cette rivalité ne s’est par la suite jamais vraiment éteinte, culminant notamment dans la course à la puissance coloniale. Lorsque les Britanniques perdent les Etats-Unis, on les croit achevés, mais la Révolution française frappe et les voilà qui remontent en selle ; c’était sans compter sur l’arrivée au pouvoir de Napoléon, anglophobe par excellence, pour raviver les tensions et donner lieu au plus important rapport de force à ce jour entre les deux nations.

 

Stephen Clarke rappelle au passage que les deux pays sont en réalité diamétralement différents dans leur Histoire, donc fondamentalement pas faits pour s’entendre, « Nous nous sommes développés à côté, mais en prenant des directions totalement différentes d’un point de vue culturel, politique, social et historique. » Stephen Clarke explique cet irrépressible envie de mépriser son voisin par la situation géographique. Pour lui, les deux pays n’entretiennent ni plus ni moins qu’une relation classique de voisins : « Vous connaissez toujours bien les habitudes de votre voisin mais sans nécessairement l’apprécier et le considérer comme un ami. Et lorsqu’il est heureux ou qu’il organise une fête, vous pouvez être agacé, par son choix de musique par exemple. Mais en même temps, votre voisin sera toujours là pour vous prêter un tournevis, voire même vous protéger contre un cambriolage. »

 

L’alliance franco-britannique date d’un siècle seulement puisque c’est avec la Première Guerre mondiale et l’entente cordiale, accords d’alliance signés en 1904, que Français et Britanniques combattent pour la première fois côte à côte. Visiblement une alliance un peu forcée « parce que nous avions peur de l’Allemagne ». C’est donc un troisième ennemi, commun cette fois, qui aura rapproché les deux pays ennemis. Ouroboros.

 

Le Brexit a sapé des années de mésentente pacifique entre les deux pays

Malgré cette courte période d’accalmie, la rivalité entre la France et l’Angleterre continue toujours de polluer les relations diplomatiques. Même si à la suite de la Seconde Guerre mondiale, cette relation prend la tournure d’un comique de répétition, la crise de Suez et la construction européenne ont rappelé que les tensions sont vite ravivées.

 

Avec le Brexit, véritable coup de grâce où France et Royaume-Uni se livrent une bataille sans merci, l'hexagone a mis un point d’honneur à mener la fronde européenne. Le Brexit a été un réel tournant et semble avoir ôté sa légèreté à cette concurrence pourtant devenue plaisanterie. « Le Royaume-Uni a tourné le dos à la France et l’a déstabilisée par la même occasion. Les relations sont devenues très sérieuses à nouveau. On le voit dans le contrôle des frontières à Douvres et à Calais : il y avait parfois jusqu’à 27 kilomètres de queue pour traverser la Manche. La France nous montrait alors que le Brexit a créé une grave rupture dans l’amitié franco-britannique, » analyse l'auteur.

 

Ce bras de fer se poursuit aussi sur tous les plans de la politique actuelle. L’affaire des sous-marins AUKUS, excluant la France de l’alliance militaire entre l’Australie, les Etats-Unis et le Royaume-Uni, n’a pas manqué de remettre une pièce dans la machine, bien au contraire. Ce nouveau rebondissement aura au moins permis de rappeler combien les relations peuvent se tendre en un rien de temps. Les braises de la rivalité franco-anglaise ne cessent jamais vraiment de brûler, et le moindre coup de vent les ravive immédiatement.

 

« Nous adorons détester les Français, c’est avant tout amical, mais ils nous le rendent bien »

Pour la France du Moyen-âge, l’Angleterre n’était rien d’autre qu’une « perfide Albion » (Albion étant un terme ancien pour désigner la Grande-Bretagne). Depuis, peu de choses ont changé malgré une entente cordiale (quoique fragile, nous l’avons vu), entre les deux pays. Les clichés ont perduré, non sans se teinter d’humour, mais ressortent au moindre faux pas. George, un restaurateur anglais à Dublin, nous résume plutôt bien la situation : « Nous adorons détester les Français, c’est avant tout amical, mais ils nous le rendent bien. »

 

Il faut bien avouer que quand les Britanniques nous appellent les Frogs ou Froggy - comprendre, les grenouilles - nous ne sommes pas plus tendres avec les Rosbifs. Nous prenons aussi un malin plaisir à critiquer la Reine ou à mépriser leur gastronomie pendant qu’eux ne se gênent pas pour pointer notre caractère de cochon ou notre hygiène douteuse. Pire encore, la lâcheté anglaise s’invite dans nos expressions. On se rappellera notamment du célèbre « filer à l’anglaise » qui, en anglais, donne étrangement « take the French leave » ! Français et Anglais se renvoient donc la balle, aimant accuser l’autre des mêmes vices. Une logique de « je t’aime, moi non plus » qui cache sans doute un amour plus intense qu’on ne veut bien le faire croire.

Léonie Bayon journaliste stagiaire à Londres

Léonie Bayon

Etudiante à Sciences Po en stage à la rédaction. Passionnée et aspirante journaliste.
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