La vie sexuelle des jeunes gays se forge dans la violence

Par Stéphane Germain | Publié le 12/06/2021 à 09:00 | Mis à jour le 12/06/2021 à 09:00
Photo : Christian Sterk - Unsplash
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Début 2021, en France, le #MeToo gay éclatait enfin. Phénomène complexe, les violences sexuelles chez les hommes homosexuels font rage, particulièrement à l’aube de leur vie intime.

 

Alors qu’une nouvelle année s’annonçait il y a quelques mois, la France était secouée de témoignages de violences sexuelles subies parmi les communautés LGBT. Dans le sillage de #MeToo inceste, des milliers de voix s’élevaient pour dénoncer ces violences systémiques subies en silence au sein des minorités. En 2017, le mouvement de libération de la parole avait concerné majoritairement les femmes. Aujourd’hui, plus visibles et moins contraints par la honte, les homosexuel.les prennent enfin la parole.

Lepetitjournal.com Londres est allé au devant de jeunes homosexuels, qui nous ont confié leurs débuts difficiles dans la séduction et la vie intime. Il semblerait que, pour une majorité des hommes homosexuels, la norme en matière de sexualité soit la violence sous toutes ses formes. Et ce, de l’enfance à l’âge adulte.

 

Les hommes gays sont surexposés aux violences sexuelles

Le phénomène des violences sexuelles chez les homosexuels demeure obscur. Et pour cause, les données manquent. Malgré tout, ces dernières années, la visibilité des minorités a poussé les organismes à s’intéresser à ce sujet. L’enquête VIRAGE, parue en France en novembre 2020, est un point de repère clé pour baliser l’étendue des dégâts.

Cette enquête affirme que les minorités sexuelles sont “surexposées aux violences sexuelles”. Selon l’enquête VIRAGE, un homme gay aurait trois fois plus de risques de subir des violences sexuelles dans l’espace public au cours de sa vie qu’un homme hétérosexuel (11,1% contre 4,1%). Les résultats de cette étude montrent également que les hommes gays sont près de huit fois plus exposés aux violences sexuelles intrafamiliales que les hommes hétérosexuels (5,4% contre 0.7%).

Outre-Manche, les résultats sont tout aussi peu glorieux. Selon GMFA, un projet caritatif britannique qui milite pour améliorer la santé des hommes gays, 63% des hommes gays du Royaume-Uni déclarent avoir été touchés dans un bar sans leur consentement. Cette même étude révèle qu’après l’envoi d’un questionnaire à plus de 1000 lecteurs, 30% d’entre eux admettent avoir été agressés sexuellement ou violés.

Une autre enquête de Human Rights Campaign, le plus gros groupe de défense des droits LGBT aux Etats-Unis, confirme une tendance générale : aux Etats-Unis, 40% des hommes gays ont subi des violences sexuelles (autres que le viol), contre 21% des hommes hétérosexuels.

Les enquêtes menées s’accordent à faire état de violences systémiques parmi la communauté gay. Pourtant, celles-ci sont subies dans l’ombre, résultat de nombreux processus solidement ancrés dans les mentalités : volonté de s’intégrer, méconnaissance de la possibilité d’être violé en tant qu’homme, normalisation de la violence…

 

Les sites de rencontre sont souvent le point de départ des violences sexuelles chez les gays

La violence sur les réseaux sociaux et les sites de rencontre est bien connue de tous. Elle est particulièrement subie par les femmes, qui y subissent chantage, harcèlement, humiliation, harcèlement et agressions. Les jeunes gays, qui découvrent ou tâtonnent souvent leur orientation sexuelle sur des sites de rencontres tels que Grindr ou Badoo, y rencontrent souvent leur première expérience traumatisante.

Sur ces applications de rencontre, les gays reçoivent des sollicitations non désirées telles que des relations sexuelles tarifées ou des pratiques sexuelles violentes. “Ça arrive beaucoup sur les réseaux, particulièrement Grindr, où il y a beaucoup d’hommes âgés qui proposent de l’argent contre un plan cul régulier, une relation cachée. Dans la vraie vie, je ne les vois pas ces gens là” précise Flavien, jeune étudiant en master de sciences sociales.

Parfois, l’insistance va plus loin et se transforme en agression avec l’envoi de “dick pics” (des photos de pénis) ou en harcèlement. Thomas, jeune étudiant, raconte : “Il y a deux ans, j’étais sur Grindr et deux personnes m’ont pris en photo alors que j’étais chez moi. Un homme, hétéro, m’a aussi dit qu’il savait ou j’habitais et qu’il viendrait toquer à ma porte, en sachant que j’avais pourtant refusé ses avances. Il est allé jusqu’à m’envoyer une photo de moi alors que j’étais chez moi. J’ai fini par déménager”.

Benjamin, étudiant en école de commerce, ajoute que “Ce n’est pas seulement sur Grindr, c’est sur les réseaux sociaux aussi, comme Facebook ou Instagram par exemple (...) Très jeune, on reçoit des messages super glauques du genre : “Je sais où tu habites, je sais que t’es en manque d’argent, si tu veux on fait un plan cam. Ce sont souvent des mecs sans photos, sans nom, sans âge affiché sur leur profil. Au début de ma sexualité, plus j’en parlais autour de moi, plus je voyais que c’était tout le temps, pour tout le monde.”

Pour Benjamin et Flavien, un effet “grande ville” se fait aussi sentir sur les applications et les réseaux sociaux. Tous deux anciennement résidents dans des villes de taille moyenne, ils ont déménagé pour les études dans des grandes métropoles françaises. Ils observent y recevoir systématiquement “trois dickpics en un quart d’heure”, ou des messages inconvenants plus qu’à l’habitude : “A l’approche des grandes villes, ça arrive beaucoup plus souvent : des messages de relations sexuelles payées, des demandes incongrues du genre “insulte-moi” contre de l’argent…

La sollicitation de prestations sexuelles rémunérées est courante pour nos témoins, qui racontent : “En vrai, ça ne m’est jamais arrivé, mais sur les réseaux sociaux, c’est tout le temps. Ça va de l’envoi du sigle “€” en se présentant, à stipuler son budget du genre : “j’ai 800 euros, mais il faut que je te chie dessus”. Thomas raconte, lui : “Je couchais avec quelqu’un et quand on a eu fini il m'a glissé 30 euros, alors que je n’avais rien demandé. Il devait avoir 35 ans.” Un profil classique pour Benjamin, qui raconte que ce sont “Souvent des hommes hétéro mariés avec des enfants et des moyens financiers, des postes hauts placés. On m’a déjà proposé des plans pour se retrouver tard le soir dans le garage du domicile d’un monsieur, par exemple”.

Une entrée difficile dans la sexualité pour ces jeunes gays, qui font face très tôt et de manière récurrente à des agressions en tout genre, en toute impunité. “C’est déjà compliqué de se construire sexuellement en tant qu’homosexuel, mais quand sur 4 échanges que tu as par jour, il y en a 3 avec des photos de bite, des propositions d’actes sexuels dégradants rémunérés, c’est d’autant plus difficile”, abonde Benjamin.

 

“Il ne faut pas se taire, il n’y a rien de normal dans tout ça”

Les histoires de harcèlement suite à un contact sur les réseaux sociaux semblent être monnaie courante parmi la communauté gay. Pour Flavien, sa rencontre avec un homme sur Grindr s’est soldée en viol, un traumatisme qu’il a mis des années à qualifier comme tel tant la violence était “normalisée” selon lui dans la communauté gay. “Je discutais avec un mec sur Grindr, il avait 26 ans. Il a fini par me demander où je vivais, et m’a proposé de venir chez lui parce qu’il avait un grand lit et que, donc, on pouvait prétendument dormir sans avoir à se toucher. J’arrive chez lui et la première chose qu'il fait, c’est de fermer la porte à clé. Il m’emmène dans la chambre, me balance sur le lit et me monte dessus. Il était bien plus grand et plus fort que moi. Je me suis dit que je ne pouvais pas dire non parce que je ne savais pas ce qu’il allait me faire et que la porte était fermée. Alors je me suis juste tu. C’était horrible. Il a fini par s’endormir à côté de moi en me prenant dans ses bras, donc je ne pouvais toujours pas m’échapper. Il pensait clairement qu’on était dans un porno. Je n’ai rien dit par peur de me faire frapper ou violer à nouveau.” Aujourd’hui, Flavien réalise que la norme dans la sexualité n’est pas la violence et milite aujourd’hui pour la protection des personnes LGBT. “Il ne faut pas se taire, il n’y a rien de normal dans tout ça”.

Outre la normalisation de la violence, résultat hybride du porno gay et de la domination masculine, le “sexe par politesse”, selon les termes de Flavien, semble récurrent parmi les témoignages que nous avons recueilli. Benjamin a lui aussi vécu des violences sexuelles, et raconte s’être “senti obligé” de performer différents actes pour se sortir d’une situation estimée comme dangereuse. “J’étais en boite, un mec m’accoste, me complimente. J’avais 21 ans, lui environ 35 ou 40. Il me dit qu’il est policier et qu’il peut me raccompagner. Je refuse, il force, je finis par céder. On arrive chez lui et il commence à être plus entreprenant alors je dis stop, je lui dis que je veux rentrer chez moi. Là, il insiste fortement et commence à insister physiquement. Je refuse toujours. Il est à la limite de m’étrangler. Je me dégage, j’appelle un taxi en étant à moitié nu dehors. Il me menace en me disant qu’il est policier, qu’il va me retrouver et faire de ma vie un enfer, qu’il va me prendre mon visa… (Benjamin était en Australie à cette époque, ndlr) Le lendemain, j’avais des bleus sur les bras et les cuisses. Et ça, ce n’est pas une mésaventure isolée. Ca m’est déjà arrivé en boite de refuser des avances et de se faire agripper violemment le bras. C’est régulier comme situation. Ce qui m’arrive aussi souvent, c’est d’arriver chez un mec et qu’il force. Verbalement ou physiquement. Il m’est souvent arrivé de me sentir obligé d’embrasser un mec.”

Le sexe par politesse revient finalement à de l’instinct de survie pour ces jeunes hommes qui n’ont déjà que trop connu la violence et se méfient désormais lors de leurs rencontres amoureuses : “Souvent, parce qu’ils sont plus vieux, ils me disent “je sais que t’as envie d’être dominé” ou “je sais que t’as envie que je sois ton petit papa”. J’en étais arrivé à un point de méfiance que je refusais de prendre un verre chez les hommes avec qui je rentrais, de peur d’être drogué”, regrette Benjamin.

 

Une pédophilie à peine dissimulée

La communauté gay serait, selon nos témoins, gangrenée par une pédophilie rampante et assumée. Du porno jusqu’à la sphère privée, il n’est pas rare pour un homme homosexuel de sentir les avances s’amenuiser à mesure que leur âge avance.

Benjamin le confirme : “J’ai été sur les sites de rencontre gay assez jeune, autour de 14 ans, et c’est vraiment l’âge où j’étais le plus sollicité. Des hommes entre 40 et 60 ans visent clairement les très jeunes, fin collège ou début lycée.” Passé la vingtaine, le jeune étudiant confirme avoir reçu de moins en moins de dickpics non sollicitées, de moins en moins de propositions tarifées… Pour Flavien, cette logique nauséabonde fait sens dans la mesure où “les personnes plus âgées sont moins vulnérables”. Au-delà du fantasme du petit garçon ou du rapport père-fils, un sentiment de domination et de toute-puissance serait également partie intégrante de ces rapports d’âge déséquilibrés.

Parfois, les avances n’en sont plus et deviennent de véritables agressions traumatisantes. “Je discutais avec un homme qui me disait qu’il aimait les jeunes, les très très jeunes. J’arrête de répondre à ce moment-là. Et là, il m’envoie des images pédo-pornographiques. Je ne pourrais jamais effacer ça de ma mémoire. Ce monsieur m’a aussi envoyé des photos de moi quand j'avais 15 ans qu’il avait gardées, alors que j’en avais 21 à l’époque.”, confie Thomas.

Cette fascination pour les corps jeunes et frêles, la “viande fraîche” (c’est une expression qui est souvent revenue au cours de nos entretiens), pourrait trouver une partie de ses racines dans le porno gay selon plusieurs de nos témoins.

 

Le porno gay : “quand tu rencontres quelqu’un, tu te sens obligé de faire du sale”

La question de la pornographie est épineuse, qu’elle mette en scène des relations hétérosexuelles ou homosexuelles. Pour autant, la construction de l’identité et de la sexualité, pour les homosexuels, se fait dans une sphère uniquement privée du fait d’un manque de représentation dans la sphère publique. De fait, la pornographie reste une voie royale d’apprentissage pour les jeunes, et un socle de référence bien ancré. Ce, malgré des représentations erronées, pédophiles et violentes des relations sexuelles entre hommes.

Pour nos témoins, le porno gay jouerait un rôle plus ou moins décisif dans la violence qui caractérise une partie de leurs relations sexuelles. “Quand tu rencontres quelqu’un, tu te sens obligé de faire du sale”, assure Benjamin. “Les pornos gays, c’est le petit minet passif qui s’en prend plein le cul, qui est laissé à moitié pour mort dans le lit. J'entends très souvent, lors de mes rencontres, : “Je vais te remplir, je vais te péter le cul, je vais te briser en deux”... il y a peu de douceur” poursuit-il, précisant que “quand on est jeune, la proie est plus facile. La question de la vulnérabilité est centrale”. De nouveau, la toile d’araignée qui constitue les raisons des violences sexuelles chez les gays se révèle. Les logiques de domination, qu’il s’agisse de l’âge ou de l’inspiration pornographique, s’entrecroisent et peuvent difficilement se lire indépendamment les unes des autres.

Pour Flavien cependant, “le problème ne vient pas forcément du porno”. Selon l’étudiant en sciences humaines et sociales, la violence dans les rapports sexuels découle plutôt d’une frustration : “Vu qu’on ne peut pas être ce qu’on est vraiment dans la sphère publique, toute la sexualité dans la sphère privée, mais aussi l’alcool et la drogue sont exacerbés”. Autrement dit, ne pouvant pas découvrir leur sexualité et expérimenter leurs rapports de séduction au grand jour, un effet rebond se produit dans le domaine du privé.

Dépourvus de modèle positifs, et parfois contraints à cacher leur orientation, les jeunes gays découvrent souvent leur sexualité dans des bars ou des boîtes gays. Dans des cercles fermés, en somme. Dans ces milieux, l’alcool, la drogue et les actes sexuels extrêmes sont courants. Une étude britannique de 2012 révèle par exemple que les hommes gays et bisexuels sont 7 fois plus susceptibles de consommer des drogues illégales que les hommes hétérosexuels. “Je pensais que c’était un cliché du monde gay”, reconnaît Flavien, qui regrette à l’instar de Benjamin que l’entrée dans la vie sexuelle des hommes gays se fasse de manière aussi polarisée, violente, et calquée sur le porno, faute d’alternative dans les représentations.

Pour beaucoup de jeunes homosexuels, la remise en question de ces pratiques et de ces consommations est délicate. La participation et l’acceptation tacite de cette violence serait une condition pour être accepté dans la communauté. L’apprentissage est délicat pour les jeunes gays. Il se fait à tâtons, souvent par imitation. Pour des jeunes dont l’orientation sexuelle peut déjà être une difficulté en elle-même, la recherche d’une communauté, d’un sentiment d’appartenance, est compréhensible. Pourtant, elle force parfois à naviguer à contre-courant de ses valeurs et envies. Il peut être difficile de fixer ses propres limites dans un milieu où les codes sont difficiles à cerner.

 

“Pouvoir parler, c’est un processus. C’est rendu possible aujourd’hui parce que la violence est nommée.”

Pour mieux comprendre les mécanismes qui produisent une telle normalisation des violences sexuelles parmi la communauté gay, Lepetitjournal.com Londres s’est entretenu avec Christèle Fraïssé, maître de conférence en psychologie sociale à l’Université de Bretagne.

Pour la chercheuse, une des explications au fait que les violence sexuelles chez les gays aient été si longtemps tues est que, pour que des violences soient dénoncées, il faut qu’elles soient acceptées comme telles. “Ce type de violence peut être évoqué dans la continuité des violences sexuelles envers les femmes”, estime-t-elle, “mais celles qui sont à l’intérieur de la communauté sont beaucoup plus complexes parce qu’elles impliquent de penser un autre type de domination”.

Effectivement, Flavien rapporte par exemple avoir eu des difficultés à nommer les violences qu’il a subies : “Souvent, on associe les questions de viol aux femmes. Donc mentalement, on se pose la question : “vu que je suis un homme, est-ce je peux moi aussi avoir été violé ?” Cette difficulté à s’approprier la notion de violence systémique, et de l’appliquer à une communauté minoritaire a retardé le #MeToo gay, pourtant si nécessaire. “Pouvoir parler, c’est un processus. C’est rendu possible aujourd’hui parce que la violence est nommée. Avant, on ne considérait pas ça comme une violence”, confirme Christèle Fraïssé.

Si la parole se lève enfin, les gagnants de ce système de violence ne semblent pas prêts à en démordre pour autant : “Les violences sont produites par un système de domination, et parler des violences implique que, pour qu’elles s’arrêtent, il faut que ce système arrive à sa fin. Or, ceux qui sont en position de domination n’ont pas envie que ça s’arrête. Il y a toute une structure qui empêche la parole pour éviter que les choses ne changent”, assure la chercheuse.

 

Une logique de domination en lien avec le féminin

S’il est si complexe d’analyser la violence sexuelle dans la communauté gay, c’est parce qu’elle ne répond pas à des logiques hétéronormées. Les rapports de domination habituellement rencontrés entre hommes et femmes seraient censés, ici, ne pas exister. “Dans les couples homos, il n’y a a priori plus ce qui constitue la dynamique des violences sexuelles. Elle n’aurait pas lieu d’être. Sauf qu’évidemment, il y a d’autres systèmes de domination qui peuvent produire des violences”, analyse Christèle Fraïssé. Jérôme Courduriès, dans son ouvrage Etre en couple (gay). Conjugalité et homosexualité masculine en France, relève par exemple des mécanismes de domination en lien avec le statut social ou le niveau de revenus.

Aussi, pour la chercheuse, les violences faites aux jeunes gays pourrait tenir du fait qu’ils soient considérés, aux yeux du système dans lequel nous vivons, comme des femmes. Avec le statut qui leur est inhérent : celui de dominé. “Ces jeunes hommes sont mis dans une position similaire à la position sociale féminine. C’est une position sociale dont il s’agit là, plutôt que du genre”, précise-t-elle. Cette analyse est partagée par Gabriel Girard et Mathieu Trachman, qui, interrogés par le Huffington Post, expliquent que “l’expression d’une “féminité” chez de jeunes garçons peut servir de prétexte à ces violences sexuelles”.

Dans une logique globale de domination masculine, les violences sexuelles s’expliqueraient donc de la même manière dans le cadre de relations hétérosexuelles qu’homosexuelles. Si les leviers d’action sont différents dans les communautés minoritaires, les mécanismes restent les mêmes, et s’appuient sur un même présupposé : le mépris du féminin, dominé par nature.

Ainsi, les mêmes logiques de domination masculine s’appliquent chez les gays : attrait pour les personnes vulnérables (les jeunes, les précaires…), violence verbale et physique, désir masculin irrépressible qui justifierait les agressions, sentiment d’impunité… Il s’agit en fait d’un “système de domination classique” pour Christèle Fraïssé, qui ajoute que “reconnaître les violences comme systémique dans la communauté LGBT est encore un travail à l'œuvre. Tant que ça ne sera pas acquis, il sera difficile d’en parler.

 

Des violences gardées secrètes pour ne pas accabler sa propre communauté

Une des clés de la perpétuation de ce système de violences sexuelles chez les minorités est aussi l’auto-censure par peur d’étriller une communauté déjà cible de beaucoup d’attaques.

Les homosexuels auraient des difficultés à dénoncer les torts qui leur sont faits au sein de leur propre communauté dans la mesure où celle-ci souffre déjà de trop nombreux stéréotypes. Admettre sa propre violence reviendrait, pour la communauté gay, à tendre le bâton entre les mains de ses détracteurs. “C’est déjà difficile pour les gays de porter plainte quand ils se font attaquer, c’est d’autant plus complexe pour toutes les autres formes de violence au sein de leurs groupes”, confirme Christèle Fraïssé.

Sébastien Chauvin, chercheur et auteur de Sociologie de l’homosexualité, révèle ce même mécanisme dans son ouvrage : “on ne dénonce pas ces actes car il y a une volonté de ne pas nuire à la communauté et d’y être intégré”. Autrement dit, “les violences au sein des groupes minoritaires sont souvent tues pour pouvoir revendiquer une valorisation”, selon la chercheuse de l’Université de Bretagne.

Par peur d’entacher leur communauté et d’en être exclus, beaucoup d’homosexuels subissent donc encore en silence des violences sexuelles. Aujourd’hui, les langues se délient et disent enfin l’indicible.

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Stéphane Germain - Journaliste

Stéphane Germain

Rédactrice en chef associée LPJ Londres. Journaliste passionnée et inlassable curieuse.
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