Édition internationale

Louis Margueritte : “Faire de Business France un acteur clé de l’international”

Nommé il y a un peu plus d’un mois à la tête de Business France, Louis Margueritte entame une prise de contact intensive avec les équipes en France et à l’international. Entre réorganisation interne, enjeux de financement, montée en puissance du V.I.E et compétition économique accrue, le nouveau directeur général dessine les premières lignes de sa feuille de route. Une vision qu’il résume par la volonté de “continuer à rendre Business France incontournable, comme outil majeur de soutien à l’internationalisation de l’économie française”.

Louis Margueritte, nouveau directeur général de Business FranceLouis Margueritte, nouveau directeur général de Business France
Louis Margueritte, le nouveau directeur général de Business France.
Écrit par Ewan Petris
Publié le 20 avril 2026

Après un mois et demi en poste, quelles sont vos premières impressions et constats ?

 

Évidemment, il s’agit d’un grand honneur pour moi. Cela fait un mois et demi que je suis en poste, et je continue à faire le tour de l’organisation : aux sièges à Paris et à Marseille, ainsi que dans les directions régionales. J’ai également effectué un tour des régions françaises, notamment à Lille, Dijon, Lyon...  

 

Enfin, j’ai commencé à visiter les sites à l’étranger, qui représentent pratiquement la moitié de nos effectifs, parmi les 1 400 collaborateurs et collaboratrices de Business France que j’ai l’honneur de diriger et d’animer aujourd’hui.

 

Équipe UK business france
Les équipes Business France UK

 

Quelles sont vos grandes priorités pour Business France ?

 

Dans un premier temps, faire un état des lieux, le plus rapidement possible, même si cette phase a été pilotée avec beaucoup de professionnalisme par Benoit Trivulce, qui a assuré l'intérim de la direction générale. L'objectif est de faire un état des lieux pour adresser un certain nombre de messages. Le premier est d'assurer une pérennité financière de l'agence. C'est le premier enjeu, parce que dans un moment où l'État doit montrer l'exemple, la question de notre subvention et de notre équilibre entre ressources propres et subventions doit être posée.

 

Le deuxième enjeu est de se renforcer où c'est pertinent. Je pense notamment au V.I.E, qui est un programme absolument central dans la présence de la France à l'international. Il a retrouvé beaucoup de couleurs ces dernières années et nous sentons qu'on atteint un palier au niveau mondial. L'objectif est que l’on puisse continuer à booster tous les endroits où il est envisageable, selon les entreprises et les géographies. Rappelons-le : Business France prend en charge l'intégralité ou la quasi-intégralité du fonctionnement du contrat avec le jeune diplômé accueilli dans l'entreprise. Nous gérons la couverture sociale, le transport et nous nous occupons de l’ensemble du dispositif.

 

Le troisième point est d’être présent et surtout incontournable. L’objectif est de faire de Business France un acteur clé sur l’ensemble des sujets où l’agence est attendue : l’accompagnement des entreprises dans des zones difficiles, le soutien aux PME (petite ou moyenne entreprise) innovantes sur certaines thématiques et géographies, l’anticipation des évolutions des flux d’affaires liées aux crises, notamment au Moyen-Orient… Business France est également attendue sur la protection du commerce européen, notamment face à la Chine. L’ensemble de ces priorités sera décliné dans une feuille de route que je partagerai avec les équipes, puis que je présenterai au conseil d’administration et aux ministères.

 

Votre parcours a été formé par l’administration et la politique. Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous motive dans ce poste plus entrepreneurial ?

 

Je suis un éternel optimiste et je fais partie de ceux qui aiment la France et qui continuent à penser qu’elle doit être dans le club des nations qui comptent, sur la scène mondiale, géostratégique, économique et diplomatique. Pour Business France, puisque nous occupons la scène économique, nous avons évidemment des sujets sur lesquels travailler.

 

J’ai eu l’immense honneur de servir mon pays, d’abord au ministère de l’Économie. Je l’ai également servi pendant la crise Covid, lorsque j’étais en charge, notamment au cœur de nombreuses difficultés. J’ai également servi en tant qu’élu de la République, pour un territoire qui m’est très cher, en Saône-et-Loire, pendant deux ans. Puis j’ai servi à Matignon auprès des Premiers ministres. J’y ai beaucoup travaillé sur les questions budgétaires, un travail d’influence et de négociation, utile pour le pays.

 

“Mon moteur, c’est faire rayonner la France : ce qu’elle est, ce qu’elle vend, ce qu’elle produit, ce qu’elle offre.”

 

Louis Margueritte : « Business France crée ou préserve 60.000 emplois par an »

 

Aujourd’hui, quelle vision avez-vous de la France dans l’économie mondiale ?

 

Je pense que la France a toujours été une puissance d’équilibre et ce qui est vrai au niveau diplomatique et géostratégique doit aussi l’être d’un point de vue économique. Nous avons toujours été, dans toutes les négociations mondiales, partisans du multilatéralisme, et plus largement du multilatéralisme économique. Nous avons également souvent été précurseurs au sein de l’Union européenne et nous avons aussi joué un rôle de porte-parole de l’Union européenne au niveau mondial.

 

Nous sommes évidemment pleinement favorables à l’économie de marché, car elle crée de la valeur, mais à une économie de marché qui a aussi ses règles, qui tend vers un monde plus décarboné, un monde en transition. Cela doit se faire de façon intelligente et raisonnée. Enfin, nous sommes aussi attachés aux règles que nous nous sommes collectivement fixées.

 

Dans tous les cas, je pense que ce rôle de modération économique est essentiel. C’est aussi pour cela que nous faisons valoir nos atouts. Nous voulons continuer à créer de l’emploi et de la valeur en France, je pense notamment aux emplois industriels, qui sont extrêmement importants. Business France doit prendre sa part très concrète pour continuer à soutenir l’emploi industriel et le fait d’avoir des équipes ici à Londres et ailleurs dans le monde sert aussi à maintenir cet emploi industriel en France.

 

Henri Baissas & Louis Margueritte Business france
Henri Baissas & Louis Margueritte - Business France

 

À ce titre, parlons des relations économiques entre le Royaume-Uni et la France. Quel est leur état aujourd’hui ?

 

Le Royaume-Uni est l’un des tout premiers partenaires économiques de la France. Business France doit prendre toute sa part dans le soutien à l’internationalisation de l’économie française. Je l’ai beaucoup observé dans les entretiens que j’ai pu mener avec des dirigeants, mais aussi ceux qui animent la communauté française ici à Londres : l’économie britannique et l’économie française sont moins liées par des accords globaux, ou des structures rigides, que par des relations interpersonnelles, des relations de terrain et des relations plus micro-économiques.

 

On le voit par exemple dans le secteur de la défense ; la coopération se fait très concrètement par la voie de la sous-traitance et de la subvention sur les sujets industriels et de défense. Mais il y a un “mais” et ce qui est vrai en France doit aussi être vrai au Royaume-Uni : il existe des chaînes de sous-traitance dans lesquelles des P.M.E et des ETI (entreprise de taille intermédiaire) françaises peuvent utilement s’insérer. C’est précisément ce que nous cherchons à faire. Ce qui est vrai dans l’industrie de la défense doit probablement s’appliquer à d’autres secteurs de l’économie.

 

Nous observons ainsi plusieurs secteurs stratégiques : l’énergie, la santé, et bien sûr la tech.  Nous devons être présents sur tous les terrains où nous pouvons apporter une valeur ajoutée : la puissance publique, la force d’un drapeau, la force d’une nation, mais aussi et c’est tout aussi important, la connaissance fine de l’ensemble des acteurs économiques capables de renforcer l’internationalisation de l’économie française.

 

Avec les freins que l’on connaît sur place, quelle place va occuper le Royaume-Uni dans la stratégie de Business France ?

 

La place qui permet le meilleur positionnement possible, c’est-à-dire celle qui permet, d’une part, à un maximum d’entreprises françaises d’exporter vers le territoire britannique, et d’une autre, à un maximum d’investisseurs britanniques d’investir en France, puisque c’est notre mission.

 

Il y a évidemment des pays dont l’actualité résonne davantage à certains moments, je pense notamment à notre équipe à Dubaï, à l’équipe aux États-Unis, à l’équipe en Asie, au Japon ou en Corée, avec laquelle j’étais encore il y a une dizaine de jours avec le Président de la République. Toutes les équipes sont évidemment extrêmement importantes et je vois les 14 directeurs de zone très régulièrement. Au fond, la matière économique est une matière d’audace et d’ambition et pour que les entreprises françaises soient audacieuses, alors soyons-le aussi.

 

Louis Margueritte discussion Britanniques

 

Quels sont aujourd’hui les secteurs qui offrent les meilleures opportunités pour les entreprises françaises au Royaume-Uni ?

 

Je vous dirais qu’il y a d’abord la retail tech, tout ce qui touche à la tech et à ses différentes déclinaisons. Il y a aussi la sport tech, notamment autour du départ du Tour de France depuis l’Écosse en 2027. Il s’agit-là d’un autre exemple très concret du rôle que nous avons chez Business France : faire le lien entre les grands événements, la puissance publique et la réalité économique de ce que cela signifie.

 

Il y a aussi les sujets quantiques, dont on a beaucoup parlé en Asie, mais qui sont tout aussi présents dans l’écosystème londonien, ainsi que la cybersécurité, l’énergie, et bien sûr la santé. J’insiste d’ailleurs sur l’agroalimentaire. Nous avons, historiquement chez Business France, une véritable appétence pour ce secteur et une forte expertise. Cela nous permet de continuer à accompagner et à trouver des débouchés pour les entreprises françaises. Enfin, je terminerai par le “last but not least” : la tapisserie de Bayeux, un événement phare, qui sera une étape clé dans l’amitié franco-britannique, dans une période qui sort de l’ère du Brexit.

 

Quels sont les freins pour les entreprises françaises ici au Royaume-Uni ?

 

Il y a notamment la question du V.I.E. Nous pouvons aller actuellement jusqu’à deux ans. Ce n’était pas évident à acquérir, avec le droit anglais, et je crois qu’il reste encore quelques sujets d’ajustement. Cela nécessite donc que les équipes travaillent très étroitement avec les autorités britanniques, notamment sur les sujets de droit social et de droit du travail.

 

Le V.I.E au Royaume-Uni est officiellement étendu à deux ans

D’autre part, s’engager, prospecter et étudier le marché britannique n’est peut-être pas si simple d’un point de vue “communication”. Certes, on parle anglais, qui est la langue internationale, mais il existe des codes, des usages, des façons de transmettre les messages.  Business France représente 220 millions d’euros de budget, répartis entre environ 90 millions d’euros de subventions et 130 millions d’euros de ressources propres, issues des prestations et des conseils que nous délivrons aux entreprises françaises. Si cela n’était pas utile, nous n’aurions pas ces résultats.

 

D’un point de vue plus international : quels sont les atouts que vous souhaitez mettre en avant auprès des investisseurs étrangers ?

 

Le premier atout majeur est la question de l’énergie. La France dispose d’un coût de l’énergie parmi les plus bas d’Europe. C'était déjà vrai avant la crise ukrainienne, avant la pénurie du Covid et avant la crise au Proche et au Moyen-Orient que nous connaissons aujourd’hui. Il s’agit d’une énergie abondante, puisque cela fait des mois que nous sommes exportateurs d’énergie. Nous sommes un pays décarboné, qui poursuit sa trajectoire, je pense notamment à la programmation énergétique engagée par le Premier ministre, adoptée il y a un mois. Nous avons une trajectoire qui repose sur un bon mix énergétique, avec une prédominance du nucléaire, une technologie que nous maîtrisons de A à Z, complétée par les renouvelables, afin d’assurer la transition et de garantir de bonnes connexions au réseau.

 

Ce que pensent les dirigeants français de 2026 : “tenir le cap”, malgré tout

 

Le deuxième atout est la qualité du ‘génie français’. Nous avons des ingénieurs et des ouvriers créatifs, capables de repousser les limites. Cela repose sur de bonnes universités, de bonnes formations, et des écosystèmes solides dans les différentes régions de France. Nous savons faire entrer les entreprises dans les universités et désormais même dans les lycées. Ce mouvement est réel, même s’il n’est pas encore généralisé, mais il est très fort.

 

Et enfin, un troisième atout majeur : la stabilité et la lisibilité fiscale et réglementaire jusqu’à l’été 2027, période qui nous sépare de l’échéance présidentielle. Nous avons maintenu la fiscalité sans hausse d’impôts sur les entreprises, tout en conservant les principaux outils de compétitivité de l’économie française : crédits d’impôt recherche, allègements généraux de charges, et différents dispositifs de soutien à la production…

Alors, je crois que nous avons des atouts, et que nous continuons à bénéficier de la confiance, non seulement des investisseurs et des marchés, mais aussi de ceux qui souhaitent investir dans le pays.

 

Enfin, votre ambition pour Business France, comment peut-on la résumer ?

 

L’objectif est de continuer à rendre Business France incontournable comme outil majeur de soutien à l’internationalisation de l’économie française. Cela se décline dans notre activité, et dans notre capacité à proposer également aux décideurs politiques des options. Il faut être mobile et c’est ce que je dis souvent aux équipes : nous-mêmes devons être mobiles, parce que les entreprises le sont.

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.