Nouveau directeur général de Business France, Louis Margueritte entame ses premières semaines à la tête de l’agence chargée d’accompagner les entreprises françaises à l’international et d’attirer les investisseurs étrangers. De passage à Barcelone pour l’une de ses premières visites de terrain, il revient pour Lepetitjournal.com sur son parcours, les priorités de l’agence et le rôle stratégique de la France dans l’économie mondiale. Rencontre.


Je crois profondément au rayonnement de la France.
Vous venez de prendre la direction générale de Business France. Pouvez-vous revenir sur votre parcours et ce qui vous a conduit à cette fonction ?
J’ai 41 ans et je suis fonctionnaire de formation. J’ai passé plusieurs années au ministère de l’Économie et des Finances. J’ai commencé à l’Inspection générale des finances, puis j’ai travaillé à la Banque de France et à la Direction générale du Trésor.
Tout au long de mon parcours, j’ai occupé des fonctions en lien avec le soutien de l’État aux entreprises. J’ai notamment dirigé le CIRI, une structure qui accompagne les entreprises en difficulté. J’ai aussi travaillé en cabinet ministériel, notamment auprès des ministres chargés des PME en 2021 et 2022, au sein de l’équipe de Bruno Le Maire.
En 2022, je me suis présenté aux élections législatives dans un magnifique département : la Saône-et-Loire. J’ai eu l’honneur de représenter ce territoire pendant deux ans, jusqu’en juin 2024. Ensuite, fin décembre 2024, j’ai été appelé par François Bayrou puis par Sébastien Lecornu pour devenir directeur adjoint de leur cabinet. Je me suis occupé des politiques économiques et sociales, notamment des questions budgétaires, mais aussi de sujets liés à la santé ou aux politiques sociales. Et cela jusqu’à la mi-février.
Je suis quelqu’un de profondément attaché à l’action publique.
Je suis quelqu’un de profondément attaché à l’action publique. J’ai eu la chance, au fil de mes fonctions, de côtoyer plusieurs univers : l’administration, le monde politique, mais aussi l’économie. Et surtout, je fais partie de ceux qui pensent que la France est un pays extraordinaire, capable de rayonner partout dans le monde.
Business France est précisément l’un des outils majeurs de ce rayonnement, dans les deux sens : pour aider les entreprises françaises à se développer à l’international et pour attirer des investisseurs étrangers en France. C’est un grand honneur pour moi d’avoir été nommé à ce poste et de rejoindre les équipes.
Justement, parlons de Business France. Quelles sont aujourd’hui les priorités stratégiques pour accompagner les entreprises françaises à l’international ?
Elles sont de plusieurs ordres. La première priorité, c’est d’être au plus près du terrain, en France comme à l’étranger, pour accompagner les entreprises dans leurs projets d’export. Il s’agit de continuer à soutenir les entreprises dans les secteurs où la France est déjà reconnue, mais aussi dans ceux où elle peut encore renforcer sa présence. Et cela, dans les différentes géographies où nos entreprises peuvent se développer.
Je viens moi-même d’un département très industriel, et il y en a des dizaines, voire des centaines en France. Il est donc essentiel de continuer à accompagner les entreprises de ces territoires. Les équipes de Business France font déjà un travail remarquable. Notre objectif est de poursuivre et de renforcer cet accompagnement. Ici, à Barcelone, nous avons par exemple un pavillon France particulièrement visible. C’est une vitrine très forte de ce que peut être l’action de Business France : une marque reconnue, qui permet de réunir des entreprises de toutes tailles — des jeunes pousses comme des entreprises plus expérimentées — et de leur offrir un cadre pour se présenter à l’international.
Les témoignages que j’ai entendus sont très clairs : beaucoup d’entreprises nous disent qu’elles n’auraient pas pu être présentes ici sans l’accompagnement de Business France.
Notre priorité est simple : être là où les entreprises ont besoin de nous, dans les secteurs et les régions du monde où la France peut faire rayonner ses savoir-faire, ses biens et ses services.
Il ne faut pas oublier non plus la seconde grande mission de Business France : attirer les investissements étrangers en France. Avec l’événement Choose France, qui se tient à Versailles, nous disposons aujourd’hui d’un rendez-vous incontournable à l’échelle internationale. Les grandes entreprises étrangères souhaitent y participer. Cela demande en amont un important travail d’identification et d’accompagnement, qui mobilise toute l’expertise des équipes de Business France.
Comment adaptez-vous cet accompagnement à la diversité des entreprises, entre PME et ETI ?
Bien sûr, l’accompagnement est très différent selon les profils. À Barcelone, par exemple, nous avons des équipes spécialisées dans différents domaines : l’art de vivre, la cosmétique, le luxe… tout ce qui participe aussi à ce que j’appellerais une certaine idée de l’art de vivre à la française. Nous avons également des équipes très mobilisées sur la tech, notamment dans le cadre de ce salon.
Dans d’autres pays ou sur d’autres événements, ce seront d’autres expertises sectorielles qui seront mises en avant. Barcelone est un bon exemple de cette capacité d’adaptation et de cette souplesse de Business France. C’est d’ailleurs pour cela que je tenais à ce que cette ville fasse partie de mes premières visites de terrain.
Une grande partie de notre action se concentre sur les PME et les ETI, qui ont souvent davantage besoin d’accompagnement pour se développer à l’international. Et évidemment, tout dépend du secteur d’activité. Vendre du vin n’est pas la même chose que vendre de l’intelligence artificielle. L’approche doit être adaptée à chaque entreprise, à sa maturité et à son marché.
Parlons de l’attractivité de la France. Quel regard portez-vous sur cette dynamique et sur le rôle que joue Business France pour la renforcer ?
Je pense qu’il y a plusieurs dimensions dans l’attractivité de la France. La première tient à ce que représente la France elle-même : son histoire, sa culture, son patrimoine. Cela reste un élément très fort de notre image à l’international.
La deuxième dimension concerne le cadre économique : la fiscalité, la réglementation, le climat des affaires. J’ai pu entendre certaines inquiétudes ces derniers mois, notamment parce que l’adoption du budget a pris un peu plus de temps que d’habitude. Mais la réalité est simple : nous avons aujourd’hui un budget, et la fiscalité des entreprises n’a pas changé entre 2025 et 2026. C’est un point important, car il apporte de la visibilité jusqu’en 2027. À mes yeux, l’attractivité de la France n’a donc pas été remise en cause.
Enfin, il y a un troisième facteur, qui est souvent sous-estimé : le facteur humain. Très souvent, le premier contact d’un investisseur étranger avec la France passe par Business France. C’est un appel, un échange avec un collaborateur de l’agence qui va orienter, accompagner, mettre en relation.
En 2025, près de 1.800 projets d’investissement étrangers ont été recensés en France, dont environ 1.100 ont été accompagnés par nos équipes. Cela signifie que, dans de nombreux cas, un ou plusieurs collaborateurs de Business France ont joué un rôle pour connecter les investisseurs aux bons interlocuteurs et faciliter leur projet. Et cela peut faire toute la différence.
Notre rôle est justement d’aider les investisseurs à s’installer : comprendre les démarches administratives, les questions fiscales, l’accès à l’énergie, les implantations possibles… Au fond, l’attractivité repose aussi beaucoup sur cette capacité d’accueil et d’accompagnement. Et la ressource humaine est évidemment centrale dans la mission qui m’a été confiée.
Quelle est votre feuille de route pour 2026 ?
D’abord, il faut le dire très simplement : ma priorité est de prendre pleinement mes fonctions. Dans les prochaines semaines et les prochains mois, je présenterai une feuille de route plus structurée, nourrie par les constats que je suis en train de faire sur le terrain.
Mais certaines priorités sont déjà très claires. La première, c’est bien sûr de réussir Choose France, qui est devenu un événement central pour l’attractivité de notre pays. C’est un rendez-vous international majeur, qui attire chaque année de grands investisseurs étrangers.
La deuxième priorité concerne la trajectoire financière de l’agence. Business France fonctionne aujourd’hui avec un modèle qui repose à la fois sur des financements publics et sur des ressources propres issues des prestations que nous proposons aux entreprises. Ces ressources propres représentent désormais une part majoritaire de notre financement. Il est donc essentiel de consolider cet équilibre et de continuer à développer nos services auprès des entreprises.
Enfin, j’ai fixé une autre priorité importante : le travail avec les régions. Les présidents et présidentes de région, mais aussi les préfets et préfètes de région, sont des acteurs économiques essentiels. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si trois présidents de région siègent au conseil d’administration de Business France.
L’objectif est donc de renforcer le dialogue direct avec eux pour voir comment nous pouvons continuer à travailler ensemble. Beaucoup de choses existent déjà, mais il y a encore des marges de progression. Les régions jouent un rôle clé pour identifier les projets industriels, accompagner les entreprises et faciliter les implantations. C’est donc un partenariat stratégique. Si je résume, cela constitue déjà une feuille de route solide pour les mois à venir.
Pour conclure, quel est selon vous l’impact concret de l’action de Business France ?
C’est une question qui revient souvent : quel est l’impact réel de ce que nous faisons ? On peut bien sûr citer plusieurs chiffres. Chaque année, Business France accompagne environ 11.000 projets d’entreprises. Et au total, nous travaillons avec près de 60.000 entreprises françaises. Mais il y a un chiffre que je trouve particulièrement parlant.
Nous interrogeons régulièrement les entreprises et les investisseurs que nous accompagnons, pour savoir si leurs projets ont conduit à la création ou à la sauvegarde d’emplois.
Lorsque l’on additionne l’ensemble de ces réponses, on arrive à une moyenne d’environ 60. 000 emplois créés ou maintenus chaque année grâce à l’action de Business France. Une dynamique qui rappelle que, derrière la diplomatie économique, il y a avant tout des entreprises, des territoires et des emplois bien réels.
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