L’édition 2026 du baromètre des dirigeants français ne respire ni l’euphorie, ni l’effondrement mais raconte une forme de lucidité contrainte, un volontarisme prudent pour éviter “une année blanche supplémentaire”. “La boussole tourne très vite” rappelle Sophie Sidos, Présidente des CCE.


Présentée lors d’un webinar réunissant les réseaux consulaires - CCI France, CCI France Internationale, CCE - le Baromètre des dirigeants 2026 synthétise les réponses de près de 1.000 dirigeants, interrogés de mi-novembre à fin décembre 2025. Un détail de calendrier qui a son importance, puisque les nouvelles géopolitiques les plus récentes - Iran, Ukraine ou encore l’enjeu du Groenland, ne faisaient pas encore partie du tableau. Non, les dirigeants ne sont pas aussi pessimistes que l’on pourrait croire, 51 % se déclarant neutres, confiants ou optimistes.
“Les dirigeants ne peuvent pas se permettre d’attendre”
Un état d’esprit moins sombre que l’ambiance médiatique
“J’ai été surpris des résultats qui détonnent un peu par rapport au pessimisme français ambiant”, reconnaît Frédéric Sanchez, Président de CCI France Internationale lors de la présentation du Baromètre le 21 janvier 2026. “Nos entrepreneurs à l’étranger et en France cherchent à tenir le cap malgré le contexte”, ajoute-t-il. Même tonalité pour Sophie Sidos, Présidente des Conseillers du commerce extérieur : “J’ai été étonnée par la positivité des Français.” Mais la confiance n’est pas la même dans tout. Si 65 % des entrepreneurs disent avoir confiance dans leur propre entreprise, seulement 12 % ont confiance dans l’économie française et 17 % dans l’économie mondiale.

Les priorités sont économiques en 2026
Un autre enseignement du baromètre est souligné : 83 % des dirigeants interrogés placent la rentabilité et la performance économique en tête de leurs priorités pour 2026. C’est 10 points de plus que l’année précédente. “La première chose que le dirigeant regarde, c’est la dernière ligne, celle du résultat”, rappelle d’ailleurs Sophie Sidos. Derrière viennent des priorités de ressources humaines (recrutement, fidélisation), surtout le développement international, cité par 56 % des dirigeants, en hausse de plus de 20 points en un an.
Il est apparu un nouvel élément, comme un nouveau driver de l’international : la capacité de dérisquer son activité

La stratégie à l’international est une question de survie
L’international serait donc un réflexe de survie ? 38 % des dirigeants envisagent une implantation dans un nouveau pays en 2026, contre 34 % l’an dernier. Parmi les zones privilégiées se trouvent l’Europe, l’Asie du Sud et Sud-Est et le Moyen Orient. Alain di Crescenzo, Président CCI France apporte un éclairage : “Il y a un retour à l’Europe, un grenier d’activité pour nous et de sécurité.” Il ajoute aussi observer des changements de stratégies des dirigeants : “Il est apparu un nouvel élément, comme un nouveau driver de l’international : la capacité de dérisquer son activité. Même les TPE se disent, “je ne veux pas avoir tous mes œufs dans le même panier.”
68 % jugent la souveraineté économique prioritaire et 34,5 % la jugent très prioritaire. La compétitivité est jugée favorable principalement aux Etats-Unis, en Italie et en Chine. “Les petites entreprises françaises installées en Chine ont des carnets de commandes pleins”, commente Sophie Sidos mais s’interroge : “Faut-il encore continuer de leur donner tous nos savoir-faire pour avoir une grosse rentabilité ?”. “Je m’attendais à voir l’Inde, une priorité géographique en 2026”, souligne de son côté Frédéric Sanchez à l’annonce des résultats.

Le baromètre des dirigeants 2026 à consulter ici
La géopolitique, le risque le plus important en 2026 pour les dirigeants
Le risque géopolitique est de plus en plus cité dans le baromètre. Près d’un dirigeant sur deux cite désormais le risque économique. À l’inverse, d’autres risques sont relégués en angles morts : les risques numériques et cyber et le risque climatique. Seul un dirigeant sur cinq voit dans le numérique une potentielle vulnérabilité. Ont-il raison de sous-estimer ces inconnues à l’équation 2026 ?
Les évènements géopolitiques peuvent être des sources de déstabilisation et remettre en cause un petit cette tendance optimiste qui se dégage

Tenir le cap en 2026, mais sans illusion ?
Reste ce paradoxe français, presque devenu une signature : les dirigeants sont confiants dans leur entreprise, méfiants envers leur pays et prudents sur le monde. Tenir le cap, oui, mais sans savoir très bien dans quelle direction souffle le vent. “Les dirigeants ne peuvent pas se permettre d’attendre”, confie Gilles Bonnenfant, Président d’Eurogroup company. “La crise en Iran, les difficultés à trouver un accord raisonnable à l’est de l’Europe, la tentation des Américains de mettre la main sur le Groenland, le Venezuela et le retour de la doctrine Monroe aux États-Unis…Tous ces évènements peuvent être sources de déstabilisation et remettre en cause un petit cette tendance optimiste qui se dégage”, rappelle le Président de la CCI France International. “La boussole tourne très vite”, le rejoint la Présidente des CCE.
Baromètre Odoxa 2026 : le moral économique des Français au plus bas depuis 2008

Et pendant que les dirigeants cherchent des relais de croissance, la réalité économique française continue de peser. Selon le baromètre Odoxa, publié en janvier 2026, le constat global est préoccupant. 82 % des Français se déclarent défiants quant à la situation économique du pays. Pour le dire autrement, les projections économiques des Français pour l’année 2026 apparaissent particulièrement pessimistes. Selon les estimations du cabinet Altares, le nombre total de cessations de paiements sur l’ensemble du territoire devrait dépasser les 69.000 en incluant les procédures de sauvegarde, “un record de défaillances”, rappelle Alain di Crescenzo. En 2026, les dirigeants français avancent… Ils n’ont plus le luxe de faire autre chose.
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