Impossible de fréquenter les grands rendez-vous franco-britanniques sans l’avoir croisé. Large sourire et énergie communicative, Henri Baissas, directeur de Business France UK & Ireland, s’est imposé en quelques mois comme l’un des visages de la relation économique entre la France et le Royaume-Uni. Mais où en est réellement Business France aujourd’hui ? Les V.I.E au Royaume-Uni sont-ils en progression ou en perte de vitesse ? Et surtout, comment se portent les relations franco-britanniques vues de l’intérieur ? Henri Baïssas a accepté de répondre à nos questions pour y voir plus clair.


Il est partout, lors des évènements francophones au Royaume-Uni. Depuis septembre 2024, Henri Baïssas dirige Business France UK & Ireland, une fonction qui ressemble presque à “une seconde saison” pour lui, quinze ans après une première expérience londonienne…

Pouvez-vous vous présenter et nous raconter votre parcours ?
Je suis directeur de Business France pour le Royaume-Uni et l’Irlande depuis septembre 2024. Pour ce qui est de mon parcours, j’ai travaillé pendant sept ans chez Disney lors de la création du parc parisien, qui ressemblait un peu à un Far West à cette période, puisqu’il fallait adapter un concept américain en Europe avec un management européen, ce qui a été très formateur. Puis, j’ai rejoint Orange via Wanadoo au moment de l’explosion d’Internet au début des années 2000, avec le développement du haut débit et des offres digitales, ce qui explique mon expérience axé marketing et commercial.
Cette expérience m’a conduit chez Business France, en 2010, où j’ai contribué à structurer une direction marketing et commerciale et à faire évoluer notre offre dans un modèle hybride visant à être à la fois le meilleur du public, en incarnant une politique de développement économique pour la France et le meilleur du privé, puisque nous facturons nos services, ce qui nous oblige à créer de la valeur.
Après avoir ouvert le bureau de Londres, j’ai rejoint la direction générale à Paris comme directeur adjoint, puis j’ai dirigé la zone Amérique du Nord avant de participer à la création de la Team France Export entre 2018 et 2024, une initiative qui a réuni les Chambres de commerce, Bpifrance et Business France pour constituer une véritable force de conseillers capables d’accompagner les entreprises sur le terrain et d’activer un tissu de 60.000 exportateurs souhaitant accélérer leur développement international.
Quelles sont les activités chez Business France ?
La première mission, ce sont les V.I.E, un levier très concret pour permettre aux entreprises françaises de se développer au Royaume-Uni. Ces talents renforcent la présence locale des entreprises et les aident à amorcer ou accélérer leur implantation sur un marché britannique très ouvert… mais aussi exigeant. Aujourd’hui, Business France gère environ 11.500 V.I.E dans le monde, le Royaume-Uni, lui, a beaucoup souffert du Brexit : nous étions proches de 900 V.I.E en 2019 et sommes tombés à 200 en 2022. Avec la récente levée des restrictions, notamment le retour des missions sur 2 ans, nous avons une vraie ambition pour 2026. Le potentiel est immense : 3.000 filiales françaises au Royaume-Uni, un fort besoin de talents internationaux et des secteurs clés comme le nucléaire ou l’industrie.
Ensuite, nous avons l’export qui concentre près de deux tiers de l’activité de nos équipes, puisque nous accompagnons près de 700 entreprises par an à travers des opérations collectives, avec une vingtaine de pavillons et missions collectives chaque année, mais aussi beaucoup de prestations construites à partir du besoin spécifique de chaque entreprise: conseil sur la stratégie d'accès au marché, mise en relation d'affaires avec des partenaires potentiels (distributeurs, importateurs,...), adaptation des outils de communication…

Attirer le Royaume-Uni sur le marché français fait aussi partie de votre mission ?
La mission Invest consiste à attirer les investissements britanniques en France. Elle a pris encore plus d’importance depuis le Brexit, car pour accéder au marché européen, il faut désormais y être implanté, et la France est le premier voisin naturel des Britanniques. En 2025, le Royaume-Uni est devenu le 3ᵉ investisseur en France par le nombre de projets, derrière l’Allemagne et les États-Unis, avec 184 projets, dont 151 détectés et accompagnés par Business France, soit près des trois quarts du total. Cela montre que notre action est totalement déterminante pour le bilan des investissements britanniques.
Nous suivons particulièrement les projets de production, qui sont stratégiques pour la souveraineté et la réindustrialisation : en 2025, ils sont 33, soit 20 % de plus qu’en 2024. Pour soutenir cette dynamique, nous organisons des événements comme Choose France, qui aura lieu le 1er juin à Versailles, (édition record l'an dernier avec 19 entreprises britanniques présentes, 5 annonces et 1,7 milliard d'euros d'investissements) et son edition UK, qui aura lieu à la Résidence de France.

Comment cette mission se traduit-elle sur le terrain aujourd’hui ?
Ce qui anime les équipes, c’est vraiment de faire réussir les entreprises françaises. Cela se manifeste par des opérations collectives visibles, mais aussi par un travail de fond beaucoup moins apparent. Par exemple, nous avons des actions dans le secteur viticole, comme le rassemblement de vins français à Londres, ou encore notre présence sur des événements comme le BETT, dans le domaine des EdTech, où nous accompagnons des délégations importantes.
Nous allons prochainement intervenir dans le domaine spatial aussi avec les French Space Days, par exemple. Notre ambition est de couvrir l’ensemble des secteurs : la tech, l’énergie, l’art de vivre, et nous préparons également une très belle opération autour de l’artisanat d’art avec le French Craft Collective. Cette initiative permettra de valoriser les métiers d’art et de mettre en avant les savoir-faire français. Avec ces différents projets, nous voulons créer des moments forts qui valorisent à la fois les savoir-faire hérités de la tradition et ceux qui s’inscrivent dans la création contemporaine.
Quels sont aujourd’hui les secteurs ou profils français qui ont le plus d’opportunités au Royaume-Uni ?
Sur un marché aussi mature que le Royaume-Uni, il est difficile de désigner un secteur unique, car c’est un marché extrêmement ouvert à la concurrence et donc très concurrentiel. La clé réside davantage dans le type d’entreprise que dans le secteur lui-même, et ce sont surtout les entreprises véritablement innovantes capables de répondre à des besoins très spécifiques qui réussissent, ce qui explique pourquoi nous accompagnons de plus en plus d’entreprises issues de France 2030 dans des domaines comme la décarbonation, l’énergie ou encore l’agroéquipement, avec un point commun qui est l’innovation et la capacité à se différencier.

Comment décririez-vous la relation actuelle avec les entreprises britanniques ?
Les Britanniques ont une approche très pragmatique et transactionnelle du business héritée de la culture anglo-saxonne et américaine, ce qui signifie que nous avons à apprendre d’eux en matière de clarté et de proposition de valeur, tandis que de leur côté ils ont une grande ouverture à ce qui peut leur apporter de la valeur.
Nous observons avec attention les perspectives de rapprochement réglementaire avec l’Union européenne, notamment sur les normes phytosanitaires, car un alignement d’ici 2027 pourrait supprimer certains contrôles, réduire la complexité logistique et les coûts, et donc fluidifier à nouveau les échanges, ce qui représenterait une opportunité majeure, notamment pour l’agroalimentaire, dans un contexte où les effets du Brexit sur les chaînes d’approvisionnement et l’inflation sont toujours très visibles…
Comment voyez-vous l’avenir de Business France sur les cinq à dix prochaines années ?
La grande force de Business France a toujours été sa capacité à se réinventer et cette capacité devra s’accélérer face aux transformations à venir, qu’il s’agisse des contraintes budgétaires, de la nécessité de monétiser davantage nos services ou encore de l’impact de l’intelligence artificielle qui va profondément transformer nos métiers. Notre ADN est justement de savoir évoluer tous les trois à cinq ans pour capter ces changements et nous adapter car comme sur une bicyclette, on ne peut pas arrêter de pédaler sans risquer de tomber !
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