Entre la réintroduction de castors à l'ouest et l'objectif de rendre 30 % de Londres à la nature d'ici 2030, la capitale britannique semble amorcer un tournant écologique. Mais derrière cet élan, de nombreux espaces verts restent sous pression face à la construction immobilière. Gautier Houel, fondateur de The Green Londoner, nous explique la réalité du réensauvagement à Londres.


Entre la réintroduction des castors dans l'Ouest londonien et l'objectif municipal de renaturer 30 % de la capitale d'ici 2030, la nature semble gagner du terrain à Londres. À Ealing, les signes du changement sont déjà visibles. Des barrages, des petites mares, des libellules. Autant de transformations liées à la réintroduction récente de castors, absents de Londres depuis près de 400 ans. Leur retour s’inscrit dans une démarche de réensauvagement, avec une intervention humaine minimale.
Pour Gautier Houel, fondateur de The Green Londoner, leur impact est immédiat. “Le castor est ce qu'on appelle une keystone species, une espèce clé de voûte”, raconte-t-il. “En quelques mois, ils ont déjà commencé à modifier le paysage. Leurs barrages filtrent l'eau, créent des mares qui deviennent des nurseries pour les libellules et les grenouilles. C'est fascinant de voir à quelle vitesse la vie reprend ses droits quand on lui laisse un peu d'espace.”
Le réensauvagement, une nouvelle approche
Longtemps, la nature à Londres a été gérée de manière très contrôlée. Aujourd’hui, cette vision évolue. “On a longtemps entretenu les espaces verts comme des jardins parfaitement rangés. Mais on comprend désormais que laisser des herbes hautes, du bois mort ou des zones humides, c'est vital. Ce n'est pas de la négligence, mais de l'ingénierie écologique."
Cette approche est désormais soutenue par la mairie de Londres. Dans sa stratégie de restauration de la nature, la ville vise à protéger et restaurer 30 % de ses terres d’ici 2030, en s’appuyant notamment sur plus de 1 600 sites déjà identifiés pour leur importance écologique. Un enjeu crucial, alors que l’abondance des espèces en Angleterre a chuté d’environ 32 % depuis 1970.
Les plans de la mairie sont excellents sur le papier, mais le défi reste conséquent.
Le rapport de la Rewilding Taskforce précise que pour être efficace, ce réensauvagement doit viser des sites de grande taille, souvent de plus de 10 hectares. L’idée est de relier ces espaces entre eux pour que les animaux puissent se déplacer d'un parc à l'autre sans tomber sur une autoroute. Gautier Houel nuance cependant le projet. “Les plans de la mairie sont excellents sur le papier, mais le défi reste conséquent. Nous ne pouvons pas nous contenter de petits îlots de nature. Il faut que les 33 arrondissements travaillent ensemble pour que ces corridors existent vraiment.”
La pression de l’urbanisation
Un terrain dégradé, c'est précisément l'endroit idéal pour faire du réensauvagement.
En parallèle, d’autres dynamiques viennent fragiliser ces avancées. Un rapport récent de la CPRE London met en évidence plusieurs dizaines de sites naturels soumis à une forte pression immobilière. En toile de fond, le concept de “Grey Belt”, actuellement débattu au Royaume-Uni, vise à autoriser la construction sur des terrains jugés de faible valeur écologique.
Les promoteurs immobiliers achètent des terrains pour construire des logements ou des bureaux, qu'ils revendent ou louent ensuite. Ils s'occupent du financement, des permis de construire et du suivi des chantiers.
Mais le rapport dénonce surtout une forme de commercialisation de ces espaces, parfois transformés en parkings ou en centres logistiques. “Un terrain dégradé, c'est précisément l'endroit idéal pour faire du réensauvagement. Si on bétonne ces zones, on perd définitivement la chance de créer des zones de protection contre les inondations ou les grosses chaleurs en été”, nous explique Gautier. Des zones comme Bromley ou Enfield sont particulièrement concernées.
Aider la nature, à son échelle
Le réensauvagement ne se joue pas uniquement à l’échelle des politiques publiques. "Il n’y a pas besoin d’être expert pour agir", rappelle Gautier Houel. À Londres, des milliers d’habitants participent déjà à cet effort via des applications comme iNaturalist, en recensant les espèces qu’ils observent au quotidien. Un héron le long d’un canal, un bourdon dans un jardin, une fleur sauvage sur un trottoir : chaque observation contribue à mieux comprendre et protéger la biodiversité locale.
Dans cette dynamique, The Green Londoner lance une campagne du 24 au 27 avril dans le cadre du City Nature Challenge, un défi mondial qui invite les citoyens à documenter la nature autour d’eux via l’application iNaturalist. L’objectif : mobiliser 1 000 Londoniens pour recenser un maximum d’espèces ( plantes, insectes, oiseaux ou champignons) et contribuer directement à la recherche scientifique.
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Accessible à tous, l’initiative encourage chacun à explorer son quartier, ses parcs ou même son jardin, smartphone en main, pour participer à une cartographie collective de la biodiversité urbaine. Cette démarche rappelle d'ailleurs comment certains citoyens transforment déjà des terrains abandonnés en jardins partagés.
Quand les citoyens transforment des terrains abandonnés en jardin à Londres
Une ville entre ambition et contradictions
Première ville au monde à avoir obtenu le statut de National Park City, Londres affiche une ambition forte en matière de nature en ville. Mais une tension demeure. Entre la nécessité de construire des logements et celle de préserver les écosystèmes, l’équilibre reste fragile. "La nature est déjà là, autour de nous. Elle travaille gratuitement pour nous protéger. Il suffit de lui laisser un peu de place", conclut Gautier Houel.
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