Lundi 29 novembre 2021
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Les knocker uppers, ce métier bizarre qui réveillait les travailleurs britanniques

Par Judith Chouzenoux | Publié le 11/10/2021 à 17:42 | Mis à jour le 12/10/2021 à 11:05
vieil homme à sa fenêtre

Je me pose souvent des questions idiotes. Parfois, elles portent sur les lois les plus absurdes que tout le monde a oubliées, et d’autres fois elles concernent le transit intestinal des salariés anglais. Mais aujourd’hui, ma quête de savoir m’a menée vers une question d’utilité publique. Comment les gens arrivaient-ils à l’heure au travail, lorsque les réveils et autres alarmes de smartphone n’existaient pas ? Le chant du coq était-il si fiable qu’il vous réveillait chaque matin à la bonne heure ? Spoiler : le coq est un emblème bien trop français pour les britanniques, qui préféraient engager des knocker-upper.

 

Jusque dans les années 1970, de nombreux travailleurs, résidants dans les villes industrielles du nord du pays ou à Londres, étaient réveillés par le bruit d’un objet tapant à la fenêtre de leur chambre. Les responsables de ce grabuge étaient les knocker-uppers, des personnes payées pour réveiller les dormeurs au petit matin. L’activité s'est rapidement répandue dans tout le pays, en particulier dans les régions où les travailleurs mal payés devaient travailler par roulement mais n’avaient pas les moyens de s’offrir un réveil.

 

Un long bâton en bambou

Dans un témoignage accordé à BBC News, Paul Stafford, un artiste de 59 ans élevé au-dessus d'un magasin à Oldham, se rappelle de ces drôles de personnages « descendant la rue avec leurs grandes et longues perches ». Ces derniers tapaient trois ou quatre coups, puis partaient.

 

L’outil de travail de ces travailleurs singuliers prenait généralement l’aspect d’un long bâton en bambou, ressemblant à une canne à pêche. L’enjeu était double : il fallait frapper assez fort pour réveiller le client qui avait payé pour - et pas tout le quartier - sans briser les carreaux de la fenêtre.

 

Cependant, une question persiste à propos de ces étranges personnages : si les knocker-uppers avaient la lourde tâche de réveiller tout le village, comment étaient-ils eux-mêmes réveillés ? Richard Jones, un historien londonien, nous prodigue la réponse en expliquant que ces réveils humains étaient « des oiseaux de nuit » qui « dormaient plutôt pendant la journée, se réveillant vers quatre heures de l’après-midi ».

 

dame

 

Des personnages typiques du folklore britannique

Ancrés dans la culture populaire anglaise, les knockers apparaissent dans Les Grandes Espérances de l’écrivain Charles Dickens. Leur fonction est également évoquée dans les rapports qui composent les histoires de meurtres commis par Jack l'Éventreur dans l'est de la capitale. Robert Paul, l'homme qui a découvert le corps de la première victime de l'Éventreur - Mary Nichols, a tenté d’informer un policier qui complétait ses fins de mois en jouant les knocker uppers, mais ce dernier l’a ignoré.

 

Le métier était généralement exercé par des femmes ou des vieillards et remplaçait parfaitement les réveils. Payé quelques pence, le métier pouvait même se pratiquer en famille.

 

Mary Smith, l’une des dernières knocker uppers

Mary Smith fût une knocker upper bien connue de l’est de Londres, et sa fille, également prénommée Mary, a suivi ses traces. Selon le professeur Jones, cette dernière aurait été l'un des derniers réveil humain de la ville.

 

Les trentes glorieuses ont apporté avec elles des évolutions - l’électricité et des réveils plus abordables - qui signeront la mort progressive du métier de knocker-upper. La pratique s’est officiellement éteinte dans les années 1970, alors qu’elle persistait encore dans certaines régions de l’Angleterre industrielle.

 

Malgré tout, l’histoire de cette pratique a été immortalisée dans les musiques folk de Mike Canavan qui chante « Through cobbled streets, cold and damp, the knocker-upper man is creeping. Tap, tapping on each window pane, to keep the world from sleeping… »

 

 

 

Judith Chouzenoux - Journaliste Londres

Judith Chouzenoux

Etudiante à Sciences Po Aix, spécialiste de pas grand chose, curieuse d’à-peu-près tout.
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