“Too Funky”, la collaboration futuriste entre Thierry Mugler et George Michael

Par Stéphane Germain | Publié le 28/01/2022 à 18:30 | Mis à jour le 28/01/2022 à 18:51
Photo : georgemichael - YouTube
Thierry Mugler george Michael too funky

Le 23 janvier, Thierry Mugler, illustre créateur français, nous quittait. En 1992, il avait collaboré avec George Michael pour réaliser et créer les costumes de son clip, Too Funky. En sa mémoire, retour sur cette rencontre de deux génies et esthètes.

 

Dimanche 23 janvier, le monde pleurait la mort de Manfred Thierry Mugler, âgé de 73 ans. Comme un rite de passage, un chemin initiatique vers le deuil, et surtout un hommage, revenons sur un clip qui a particulièrement marqué le Royaume-Uni dans les années 90.

 

Mugler et son alter-ego, culturistes et génies du beau

Immense créateur français, Thierry Mugler s’était illustré tel un pionnier avec ses créations futuristes, tout droit sorties du film La planète sauvage. Ses silhouettes tantôt robotiques, tantôt flamboyantes, souvent guerrières, ont profondément marqué la haute-couture et lui valent souvent le titre de Géant de la mode.

 

Il est connu, entre autres coups de génie, pour avoir fait des femmes qu’il habillait des superdivas, des combattantes intergalactiques, des amazones modernes. Mais pas question de réifier la femme qui était toujours “sujet” avant d’être “objet”, avait-il assuré au journal français Le Monde. Régnant sur la mode des années 80 à 90, il s’est imposé comme une icône de l’art et la manière française à travers la planète : certains de ses défilés ameutaient d’ailleurs plus de 6000 spectateurs. Mais Thierry Mugler signe aussi, au cours de sa carrière, la création d’un des parfums les plus vendus au monde : Angel. Un succès mondial retentissant donc pour ce grand solitaire strasbourgeois, passionné par ailleurs de spiritualité, de chirurgie esthétique, de yoga et de sport.

 

Ancien danseur à l’opéra du Rhin, Mugler acquiert durant ces quatorze années de ballet une rigueur et une adoration de l’esthétique. Culte du corps, du beau, du travail, le génie bodybuildé est un stakhanoviste que la scène et le monde du spectacle ont “libéré”, disait-il à L’Express. L’enfant de bonne famille strasbourgeoise, sauvé par la créativité et les mondes imaginaires qu’elle ouvre, finira finalement par tomber en désamour avec un milieu de la mode mâché par le marketing.

 

En 2002, après le rachat de sa maison en 1997 par Clarins, il s’éloigne pour se consacrer à ses deux autres passions : la photographie et la mise en scène. En 2013, il scinde son personnage en deux et crée son alter-ego : Manfred. Entité bicéphale, Manfred Thierry Mugler s’efface peu à peu de la scène mode pour s’épanouir vers d’autres horizons.

 

Too Funky”, coiffes à plumes, costumes en fer futuriste et bustier-moto 

Entre-temps, Mugler était aussi devenu une référence dans la pop-culture. Dans les années 90, il se rapproche déjà de la mise en scène en réalisant le clip et en créant les costumes de l’iconique “Too Funky” de George Michael.

 

1992. Thierry Mugler est au sommet de sa gloire. Adulé créateur français, il médite dans son appartement minimaliste aux Buttes-Chaumont bien plus qu’il ne transpire dans les fêtes parisiennes. Il accepte malgré tout de réaliser le clip du chanteur britannique George Michael, icône de la pop anglaise. Les bénéfices du morceau enregistré pour la compilation Hot+Dance sont reversés à la recherche sur le sida.

 

La distribution fait tourner les têtes, quelques-unes des plus belles femmes de la planète y figurent : Linda Evangelista, Tyra Banks, Nadja Auermann et Estelle Lefébure. Pendant quatre minutes, les backstage d’un défilé et le défilé lui-même se caricaturent, se surjouent dans ce clip co-réalisé par Mugler et Michael. Les mannequins, lascives mais caractérielles, en jettent à mort sur le podium malgré l’agitation qui règne dans les coulisses de cet ersatz de collection Mugler. Dans le clip défilent, entre autres, le fameux bustier motorcycle créé la même année, entre deux culottes en latex, pantalons de cow-boy et costumes lunaires en fer.

 

Des rumeurs racontent que George Michael et Thierry Mugler se seraient terriblement brouillés pendant la réalisation de ce clip. L’ambiance sur le lieu du tournage aurait été glaciale, aucun des deux génies n’acceptant d’abdiquer. Finalement, une version tronquée du clip aurait été révélée au grand public, les idées de Mugler, trop sexuelles et subversives, ayant été retoquées.

 

 

 
Stéphane Germain - Journaliste

Stéphane Germain

Rédactrice en chef Lepetitjournal.com Londres. Journaliste passionnée et inlassable curieuse.
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