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Comment la police londonienne perd la confiance de ses concitoyens

Par Lili Auriat | Publié le 04/10/2021 à 17:02 | Mis à jour le 05/10/2021 à 11:13
La Met Police devant Big Ben

Le manque de confiance grandit entre la population et les forces de l’ordre au Royaume-Uni. Longtemps perçue comme irréprochable, l’image de la Met Police se dégrade à mesure que se révèlent les nombreuses bavures de ses membres.

 

Un officier inculpé pour viol

David Carrick, 46 ans, exerçant dans la même unité que Wayne Couzens, l’assassin de Sarah Everard, a récemment été accusé de viol. Il a été arrêté par la police du Hertfordshire dimanche et a été suspendu de la Met Police le même jour. Sept mois après le meurtre et le viol de Sarah Everard, et quelques jours après que son collègue, le coupable, ait écopé d’une condamnation à perpétuité, cette accusation ne passe pas inaperçue. L’officier a comparu donc par liaison vidéo ce matin devant le tribunal d’instance de Hatfield.

Alors que les appels au renvoi de la commissaire de la Metropolitan Police, Cressida Dick, continuent, celle-ci a déclaré : « Je suis profondément inquiète d’apprendre aujourd’hui qu’un officier du commandement de la protection parlementaire et diplomatique du Met a été arrêté et maintenant inculpé de cette infraction grave. »

En plus des inculpations et condamnations de ses membres, la Met Police fait également l’objet d’une enquête du Bureau indépendant pour la conduite de la police sur des « messages discriminatoires » qu’auraient échangés cinq officiers encore en service avec Wayne Couzens sur WhatsApp.

 

Une confiance en la police fragilisée

Depuis le meurtre de Sarah Everard, les critiques ne cessent de pleuvoir sur la Met Police, d’autant plus après la violence dont celle-ci a fait preuve lors de manifestations en hommage à la jeune femme en mars dernier. Des manifestantes pacifistes venues se recueillir se sont alors retrouvées menottées, plaquées au sol brutalement.

La situation s’est aggravée quand les détails de l’arrestation de Sarah Everard par Wayne Couzens ont été diffusés la semaine dernière. L’officier avait ainsi fait usage de son insigne, de ses menottes et de sa ceinture de police afin d’arrêter et de maitriser la jeune femme. La population a été choquée par ces précisions, d’autant que Philip Allott, commissaire dans la police, a déclaré précédemment que Sarah Everard n’aurait jamais dû « se soumettre » à cette fausse arrestation. Bien qu’il se soit excusé de ses propos, l’image de la police reste entachée.

Pour ne rien arranger, des conseils émis par les forces de l’ordre jeudi suggéraient aux femmes approchées par un officier en civil solitaire d’exiger une preuve de son identité, voire de « crier à un passant à côté, courir dans une maison, frapper à une porte, faire signe à un bus de descendre ou appeler le 999 ». Ces déclarations, "presque risibles si elles n'étaient pas si dégoûtantes » selon Patsy Stevenson, arrêtée lors de la veillée pour Mme Everard, témoignent bien de la méfiance que ressentent les femmes envers la police britannique.

 

Qu’en dit le gouvernement ?

Boris Johnson a réaffirmé sa confiance dans la police londonienne, assurant qu'elle faisait "un travail merveilleux", mais a été contraint de reconnaître qu’il y avait un problème avec la gestion des violences faites aux femmes. Cependant, la seule mesure qui ait été proposée à ce jour est un effort pour raccourcir les délais entre une plainte déposée par une femme et la comparution de l’affaire devant le tribunal. Or, comme a prévenu l’ancien Lord Chancelier Falconer, « À moins qu'il n'y ait des changements visibles et massifs aussi rapidement que possible, la confiance ne s’arrêtera pas de reculer. »

Pour tenter de renchérir sur les propos de Boris Johnson, le ministre de la police Kit Malthouse a rappelé que la législation était faite de manière à ce que les zones locales puissent « concevoir leurs propres stratégies contre la violence qui les affecte », des déclarations considérées comme une « insulte » pour la porte-parole du Parti travailliste, Jess Phillips. De l’autre côté du spectre politique, Gabby Bertin, membre conservatrice de la Chambre des Lords a également réagi en déclarant que, bien que les mesures doivent être prises localement, « la violence contre les femmes et les filles est une priorité partout, et la prévenir et y répondre devrait être un devoir partout. »

Le Premier ministre écossais Nicola Sturgeon a, lui, été choqué par les « conseils » de la Met Police. Il a réagi sur Twitter en écrivant : « Ce n'est pas aux femmes de régler ça. Ce n'est pas elles qui doivent changer. Le problème, c’est la violence masculine, pas l’« échec » des femmes à trouver des moyens toujours plus inventifs de s’en protéger. »

Lili Auriat - Journaliste Londres

Lili Auriat

Lili Auriat, étudiante à Sciences Po Aix, parisienne et passionnée de sport et de voyage.
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