Vendredi 28 janvier 2022
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Qu’est-ce que le mouvement Reclaim the Night ? Nous étions à la marche ce samedi

Par Lili Auriat | Publié le 29/11/2021 à 17:39 | Mis à jour le 30/11/2021 à 12:45
Photo : Lili Auriat
Reclaim the Night

Samedi 27 novembre, quelques centaines de femmes se sont rassemblées près de Marble Arch pour marcher ensemble contre les violences faites aux femmes et réclamer des rues plus sûres. Notre rédaction a été à la rencontre de Bella, membre de l’association London Feminist Network, qui organisait cette marche.

 

A 18 heures samedi, malgré le froid et les grèves de transports, entre 200 et 300 femmes sont parties de Marble Arch pour 2 heures de manifestation contre les violences faîtes aux femmes. Si cette marche a pris place le 27 novembre, c’est parce qu’il s’agit là du samedi le plus proche de la journée internationale de lutte contre la violence à l'égard des femmes, le 25 novembre.

 

Une marche qui existe depuis 1970

La première marche portant le nom de ce mouvement « Reclaim the Night » a eu lieu dans les années 1970 au Royaume-Uni, après que la police britannique ait invité les femmes à rester chez elle pour être en sécurité suite à une série de féminicides. « Le message est le même qu’aujourd’hui : ce n’est pas aux femmes d’arrêter de sortir, c’est aux hommes d’arrêter de tuer » témoigne Bella. Depuis 2006, c’est l’association London Feminist Network qui a repris le flambeau et qui organise cette marche annuellement. « Aucune des volontaires n’est employée à plein temps » explique Bella « nous sommes juste six femmes dévouées, investies et solidaires ». Ce sont ces six femmes qui se chargent de toute l’organisation du mouvement Reclaim the Night.

Les discussions commencent dès l’été et « cette année, elles ont été particulières puisque nous ne savions pas si nous allions pouvoir faire l'événement en vrai ou si nous allions devoir organiser cela sur Zoom comme l’année dernière » raconte Bella. Pour ce qui est du trajet, les organisatrices ont elles-mêmes fait une « pré-marche » pour définir le meilleur chemin à suivre. « Ce qu’on voulait, c’était être vue. C’est pour cela qu’on a décidé de passer par Oxford Street et Regent Street. On a demandé à la police de bloquer la route, ce qui n’est pas un souci puisqu’on a toujours eu de bonnes relations avec la mairie de Londres et la marche a toujours été pacifique ».

 

What do we want? Safe streets ! When do we want them? Now!

Cette marche possède un but très clair, à l’heure où de plus en plus de femmes se sentent en danger la nuit, les manifestantes réclament des rues sûres. « Nous n’arrêterons pas de marcher tant que les femmes ne pourront pas rentrer chez elles seules la nuit sans avoir peur de se faire violer » affirme Bella, « nous ne baisserons pas les bras, nous n’arrêterons pas de dire non à l’augmentation des violences ». « Avec les confinements, les violences contre les femmes n’ont fait qu’augmenter » ajoute-t-elle « Depuis le début de l’année plus de 200 femmes sont mortes sous les coups d’un homme. Nous marchons aussi en souvenir de ces femmes-là, pour ne pas oublier nos sœurs ».

Cette marche est un événement non-inclusif qui ne réunit donc que des femmes. « La symbolique de ce mouvement c’est justement que les femmes seules se réapproprient la rue. Nous ne voulons pas avoir besoin d’hommes pour marcher sereinement la nuit. » explique Bella. C’est aussi pour cette raison symbolique que la marche ne se déroule qu’à partir de 18 heures. « Mais les alliés du mouvement sont bien-sûr invités à nous rejoindre au point d’arrivée de la marche » affirme-t-elle.

 

Rendre leurs voix aux femmes

Les slogans qu’on entend tout au long de la marche et les multiples pancartes font passer le message, « le corps des femmes n’est pas à vendre », « pas d’excuses pour les hommes violents », « nous voulons des rues sûres dès maintenant », « nous méritons de nous sentir en sécurité », « nous ne resterons pas silencieuses ». Cette marche veut rendre leur voix aux femmes. « Une autre marche similaire, organisée par une association jumelle, aura lieu le 6 mars 2022, à quelques jours de la journée internationale des droits de la femme ».


Le travail que nous fournissons en tant que volontaires vaut vraiment la peine quand on entend les retours. » témoigne Bella, « Je me rappelle d’une femme de 60 ans qui était venue me voir à la fin de la marche en me disant que c’était la première fois qu’elle osait s’exprimer ainsi dans la rue. Un groupe de jeunes filles étaient aussi venues me dire que cette marche leur avait permis de s’accepter et de renoncer à des opérations de chirurgie esthétique au niveau de leurs poitrines. C’est un sentiment très puissant ».

 

Un mouvement féministe international

Si cette marche se déroule à Londres, « nous avons aussi beaucoup de soutien à travers tout le pays » nous confie Bella. Mais cette marche ne se limite pas à une manifestation britannique. Des mouvements similaires ont pris place dans toute la France. 80 000 personnes ont manifesté dans plus de 50 marches les 20, 21, 25 et 27 novembre.

Du côté de Londres, la marche s’est déroulée dans le calme et la sororité, les marcheuses étant accompagnées d’une fanfare et encadrées de quelques policiers à vélo mais surtout de beaucoup de supporters filmant et encourageant les manifestantes sur le côté. En revanche, les français abordant différemment l’art de manifester étaient, certes bien plus nombreux que les britanniques, mais malheureusement de nombreux débordements ont été regrettés. Un groupuscule d’extrême droite s’en est notamment pris aux manifestants samedi 20 novembre à Paris. Un comble lors d’une manifestation contre les violences faites aux femmes qui montre qu’il reste beaucoup de progrès à faire…

 

Lili Auriat - Journaliste Londres

Lili Auriat

Lili Auriat, étudiante à Sciences Po Aix, parisienne et passionnée de sport et de voyage.
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