Exclusions, amendes pour les réseaux sociaux… Boris Johnson entend contrer le racisme

Par Marie Benhalassa-Bury | Publié le 15/07/2021 à 17:03 | Mis à jour le 15/07/2021 à 17:25
Photo : James Boye - Wikimedia Commons
Des joueuses de football posant un genou à terre, signe de lutte anti-raciste

Suite aux déferlements de haine envers Marcus Rashford, Jadon Sancho et Bukayo Saka, Boris Johnson a promulgué deux mesures pour combattre le racisme en ligne au sein de la sphère footballistique.

 

En effet, suite à la finale décevante de l’Euro 2021 ce dimanche 11 juillet, les tirs ratés de ces trois joueurs ont semblé procurer un faux-fuyant idéal à certains pour déverser une pluie de commentaires racistes par le biais des réseaux sociaux. Marcus Rashford avait déjà relaté d’événements similaires par le passé, par exemple après la défaite de Manchester United en mai dernier, qui décrochait alors la seconde place de la Premier League.

 

Une capture d'écran du tweet de Marcus Rashford en mai dernier
Marcus Rashford - Twitter

« Déjà pas moins de 70 injures raciales comptabilisées sur mes réseaux sociaux . Pour ceux qui s’attardent à me faire sentir plus mal que je ne le suis déjà, bonne chance en essayant »

 

En réaction aux polémiques ressuscitées par cette finale italienne, Boris Johnson a annoncé l’ajout d’amendements à la loi relative aux évictions des fauteurs de trouble dans les stades de football. À l’heure actuelle, le texte prévoit de telles sanctions pour les délinquants violents, ajoutant que « sa visée dissuasive ne saurait être sous-estimée ». Seulement, un vide juridique subsiste en ce qui concerne les délits perpétrées par des supporters en ligne. Les internautes acteurs de violences racistes devraient donc bientôt faire face à condamnations semblables.
 

Aussi, le premier ministre a déclaré en session parlementaire : « Suite aux violences racistes que nos joueurs subissent depuis dimanche soir, nous prenons des mesures drastiques. Au-delà notre plan pour les exclure des matchs, j’ai rencontré hier soir des représentants de Facebook, Tik Tok, Twitter, Snapchat et Instagram. J’ai exprimé très clairement que nous allions légiférer contre ce problème. Ainsi, s’ils n’éradiquent pas le racisme et la haine de leurs plateformes, ils encourront des amendes, à hauteur de 10% de leurs revenus globaux. Et nous savons tous qu’ils détiennent la technologie nécessaire pour ce faire ! ».
Le premier ministre ferait peut-être ici référence aux prouesses technologiques déployées par ces médias sociaux pour, par exemple, lutter contre la désinformation. Le parallèle a d’ores et déjà été effectué par beaucoup d’internautes qui ont épinglé ce double-standard en partageant la « story » de l’influenceuse Caroline Hirons, au lendemain du match, concernant l’affichage automatique d’un renvoi vers la liste des « faits établis sur le Covid-19 et les vaccins » facebookienne, dès lors qu’une publication comporte un mot semblant s’y relater.

 

Une capture d'écran du post de Caroline Hirons
Instagram - Caroline Hirons

« Si Instagram peut instantanément faire apparaître un avertissement sur quoique ce soit en rapport avec le Covid et les vaccins, qu’est-ce qui les empêche d’avoir recours à cette même technologie pour contrer les injures raciales, homophobes ou misogynes ? ».
 

Il semblerait donc bel et bien que les avancées techniques largement maîtrisées par ces plateformes pourraient permettre une lutte sensiblement accrue contre les commentaires racistes et, plus globalement, haineux qui se propagent viralement. Une supposition qu’a du moins relevé Boris Johnson lors de son intervention.

D’aucuns estiment que cette annonce semble impulsée sous pression, celle-là même exercée par le parti travailliste sur le blond platine, accusé d’avoir défendu à tort Priti Patel. La ministre avait en effet plaider le droit des supporters à huer les sportifs posant un genou à terre au début des matchs, un symbole anti-raciste. En réalité, la mise en place de ces amendes équivalant à 10% du chiffre d’affaire de ces multinationales semblait prévue par l’exécutif, en guise de réponse supposée à une pétition du 5 mai dernier visant à rendre obligatoire l’authentification via une carte d’identité, ce afin d’éviter les inscriptions anonymes de « trolls » offensifs sur les réseaux sociaux. Les ministres avaient répondu qu’une telle mesure mettrait à risque la liberté d’expression, et avaient alors introduit cette pénalisation du non-respect de l’obligation de diligence par ces puissantes entreprises.
 

Quoiqu’il en soit, nous ne pouvons qu’espérer de cette incisive qu’elle encourage les réseaux sociaux concernés à œuvrer pour la protection des victimes racisées.

 

Marie Benhalassa - Journaliste Londres

Marie Benhalassa-Bury

Etudiante à Sciences Po Aix, curieuse de tout, ancienne expatriée à Brighton avant de rejoindre l'équipe de rédaction de Londres
0 Commentaire (s) Réagir

Soutenez la rédaction Londres !

En contribuant, vous participez à garantir sa qualité et son indépendance.

Je soutiens !

Merci !

De la part de toutes les équipes de Lepetitjournal.com

À lire sur votre édition locale
À lire sur votre édition internationale