Vous voyez cette affiche partout dernièrement à Londres : Nouvelle Vague, le film de Richard Linklater est disponible au Royaume-Uni. Pour l’occasion, l’Institut français, à Londres, a convié Guillaume Marbeck, ou plutôt, le nouveau Jean-Luc Godard lors d’une foire aux questions exclusive, l’occasion pour nous de vous en faire découvrir plus sur le monde de la nouvelle vague et les années révolutionnaires de 1950 à 1960, pour le cinéma mondial.


À l’Institut français du Royaume-Uni, Guillaume Marbeck a ressuscité Jean-Luc Godard l’espace de quelques minutes, sous de mystérieuses lunettes noires. Au Ciné Lumière, le film de Richard Linklater vient d’être projeté. Noir et blanc, cinéma dans le cinéma, Nouvelle Vague en gestation.
Quelques secondes plus tard, Guillaume Marbeck se retrouve sur scène, reçoit les félicitations avec une forme de retenue, quasi godardienne. Jean-Luc Godard n’est ni une imitation forcée ni une caricature. Il apparaît comme un homme encore en construction : parfois drôle, souvent hésitant, avec un parcours singulier
Nouvelle Vague, vers un nouveau succès français outre-Manche ?
Nouvelle Vague, signé par l’Américain Richard Linklater, arrive sur les écrans britanniques et est littéralement affiché partout dans le métro de Londres. La projection suivie d’une Q&A à l’Institut français du Royaume-Uni s’inscrit ainsi dans un moment particulier : celui d’un film qui, tout en racontant la naissance de la Nouvelle Vague et de Jean-Luc Godard, trouve un écho de l’autre côté de la Manche, porté par la curiosité des cinéphiles !

Richard Linklater et la fin du mythe de l’improvisation
Si la thématique du film tourne autour de Jean-Luc Godard et de son processus créatif en continuelle gestation, Richard Linklater, lui, n’a rien laissé à l’improvisation. Bien au contraire, Guillaume Marbeck soutient que le tournage a été extrêmement préparé, dans la minutie : “Godard ne donnait pas de scénario à ses acteurs. Parfois, il ne tournait même pas ses films. Nous, on allait faire exactement l’inverse.”
Ainsi, recréer l’année 1959 “demandait une organisation lourde”. Là où Godard travaillait avec une équipe très réduite, une dizaine de personnes, le film de Richard Linklater mobilise entre cinquante et soixante-dix membres d’équipe, avec décors, costumes, effets visuels et contraintes techniques contemporaines. Le défi était donc simple pour Guillaume : travailler sa spontanéité et conserver une impression de liberté à l’écran, fidèle à l’esprit de la Nouvelle Vague.
Guillaume Marbeck : un parcours atypique, de la réalisation au jeu
À l’origine, Guillaume Marbeck ne se destinait pas à devenir acteur. Il voulait être réalisateur et a cherché à comprendre le cinéma de l’intérieur en passant par plusieurs postes : “montage, image, production, distribution.” Une façon, selon lui, de mieux saisir un milieu qu’il trouvait complexe et parfois difficile à décrypter : “Mais le jeu d’acteur restait cependant ce qui me faisait le plus peur, être devant la caméra, c’est accepter d’être jugé.”
Lors d’une année d’études aux États-Unis, il réalise également qu’il a beaucoup de mal à diriger des acteurs : “Diriger un plateau revient à guider un cheval. Tu veux qu’il aille à droite, tu tires à gauche, et il t’éjecte.” Ce n’était pas un problème de langue ou de culture, mais de logique car selon ses mots, “le travail d’acteur fonctionne différemment de celui du réalisateur.” De retour en France, il commence donc des cours de théâtre pour comprendre ce langage et ce qui devait être une simple étape devient progressivement une véritable envie de jouer.
L’audition improbable pour incarner le mythe Jean-Luc Godard
Lorsqu’on le contacte pour lui proposer une audition pour jouer Jean-Luc Godard dans un film de Richard Linklater, Guillaume Marbeck pense d’abord à une arnaque. Le projet lui semble irréaliste, d’autant plus que la première audition se déroule de manière assez étrange : seul avec un homme et une petite caméra, dans un entrepôt.
Six mois plus tard, il est rappelé. Richard Linklater est à Paris et souhaite le rencontrer : “Je dois apprendre vingt-cinq pages de texte en trois jours”. Un détail devient crucial : les lunettes de Jean-Luc Godard. Mais Guillaume les perd le jour de l’audition… Il arrive alors en retard, mais au moins il a une monture. Une femme lui reproche son retard, il explique la situation et quelques heures plus tard, cette même femme lui remet un scénario : “Je lui ai demandé si elle avait le droit de me le donner, elle m’a répondu : ‘Oui, je suis la productrice du film’”.

Préparer Godard, sans le connaître réellement
Pour travailler son rôle, Guillaume Marbeck lit et regarde tout ce qui concerne Godard, mais s’arrête volontairement après “À bout de souffle” : “Je ne voulais pas que le personnage sache ce qui allait lui arriver.”
Mais comment devenir Godard ? Pour la voix, Marbeck retranscrit des interviews, note les répétitions, les hésitations, les expressions récurrentes. Il s’enregistre, se réécoute, corrige : “Au début, c’était très mauvais. Progressivement, il ne s’agit plus seulement d’imiter une voix, mais de comprendre un mot, une phrase, une séquence. Une fois cette logique intégrée, je réponds quasi naturellement aux situations.” Mais l’enjeu est de ne surtout pas tomber dans la parodie, car le caractère inaccessible de l’acteur principal de la nouvelle vague est “en partie une construction médiatique.” Selon Guillaume, le film se rapproche davantage de la réalité de l’homme : “Beaucoup de gens m’ont dit : ‘On retrouve vraiment Godard.’”
Un film pensé pour dire ‘oui, au cinéma’
Finalement, Guillaume Marbeck insiste sur l’esprit de groupe institué par Richard Linklater. Avant le tournage, l’équipe a passé un mois à lire et retravailler le texte ensemble. Les idées venaient de tous côtés, et Linklater n’hésitait pas à intégrer celles qui fonctionnaient : “On faisait le film avec lui, pas pour lui.”
À la fin de cette Q&A, Marbeck a tenu à résumer sa vision du cinéma : “Un film, c’est comme une invitation. On te propose une aventure. Tu dis oui ou tu restes chez toi. Moi, j’ai envie de dire oui.” Et si le tournage lui a donné l’impression de vivre en 1959 pendant plusieurs semaines, entouré de voitures d’époque, de costumes, sans téléphone ni distractions modernes, le retour au présent s’est fait plus brusquement : “J’ai dû regarder des photos pour me convaincre que ça avait vraiment existé.”
Nouvelle Vague a été nommé à Cannes en 2025, a reçu 10 nominations aux César 2026, 5 nominations aux Lumière, ainsi qu’une nomination au Golden Globe du meilleur film. Le film a déjà remporté deux Lumière Awards : meilleur réalisateur pour Richard Linklater et meilleure révélation masculine pour Guillaume Marbeck.
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