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Olivier Guyonvarch : “Nous devons un service d’excellence à nos concitoyens”

Il est le nouveau consul général de France au Royaume-Uni et succède à Samer Melki : Olivier Guyonvarch. Fraîchement arrivé à Londres, le consul par intérim nous a ouvert les portes et raconté son parcours : de la pandémie de covid-19, qu’il a vécue en première ligne à Wuhan, à son passage à Kingston. Authentique et sincère, il nous parle de cette nouvelle mission à Londres, qu’il prend très à cœur : “Mon souhait, c’est que pour les Français, Londres soit un village et que le consulat soit à votre porte.”

Le Portrait Officiel - Olivier GuyonvarchLe Portrait Officiel - Olivier Guyonvarch
Le portrait officiel d'Olivier Guyonvarch
Écrit par Ewan Petris
Publié le 20 janvier 2026, mis à jour le 25 janvier 2026

*Cet entretien a été conduit en novembre 2025*

 

Parlez-nous de votre parcours et des étapes qui vous ont conduit jusqu'ici, à Londres ? 

 

Je suis entré au ministère il y a une trentaine d’années, après avoir réussi le concours de secrétaire de chancellerie, en catégorie B. J’ai commencé comme agent consulaire et effectué mon premier poste à Wuhan en tant que vice-consul, chargé des affaires consulaires. Par la suite, j’ai passé d’autres concours, ce qui m’a conduit à Paris, à la direction d’Asie, avant que je reparte à Pékin de 2005 à 2008 comme conseiller de presse et de communication. Ensuite, j’ai rejoint l’ambassade de France à Singapour en tant que numéro deux, où je suivais aussi, d’un peu plus loin, les affaires consulaires. 

 

De retour à Paris, j’ai eu ce que je considère comme le plus beau poste du Quai d’Orsay : sous-directeur du droit de la mer, du droit fluvial et des questions polaires, pendant quatre ans. J’ai ainsi développé deux spécialités au ministère : la Chine et l’Asie, d’une part, et le droit de la mer et les questions maritimes, d’autre part. Par la suite, je suis revenu à mes premiers amours à Wuhan, comme consul général, en 2017, où j’ai eu à gérer la crise du covid. J’y suis resté quatre ans avant de partir comme ambassadeur de France en Jamaïque, tout en étant représentant permanent auprès de l’Autorité internationale des fonds marins. Finalement, je suis rentré à Paris en septembre dernier. En attente d’affectation, le ministère m’a alors proposé de venir ici, à Londres. 

 

Vous étiez consul général à Wuhan lors du déclenchement de l’épidémie mondiale. Comment avez-vous vécu la crise du covid sur place ? 

 

Étrangement, quand la crise s’est déclenchée, je n’étais pas à Wuhan : j’étais à Paris, en séminaire. L’épidémie a été déclarée le 10 janvier. Ce jour-là, tous les vols pour Wuhan ont été annulés, et le 20 janvier, la ville a été complètement mise sous cloche. Je me suis immédiatement rapproché de la cellule de crise. Nous étions en visioconférence permanente avec mon équipe restée à Wuhan, où se trouvaient l’ensemble de mes collaborateurs. Le ministère a envoyé un avion spécial pour rapatrier les Français, et je suis rentré à Wuhan, dans cet avion, le 20 janvier, car ma place était là-bas. J’étais furieux d’être coincé à Paris ; je voulais être auprès de mon équipe. Je n’ai ensuite plus quitté Wuhan pendant deux ans à cause du confinement et parce qu’il était devenu extrêmement difficile de voyager en Chine. 

 

Nous avons organisé quatre vols spéciaux pour évacuer les Français et les Européens : 320 personnes au total. Chaque opération devenait plus compliquée, les autorités chinoises limitant les déplacements. Nous sommes finalement restés à quatre volontaires sur place. La veille du dernier vol, l’ambassadeur m’a appelé : “Vous êtes quatre, maintenant c’est fini. Si vous voulez, vous fermez le consulat et vous rentrez avec ce vol.” Je suis allé expliquer cela à mes collègues, qui m’ont répondu : “Mais tu es fou !” Je pensais la même chose. Pour nous, la France ne quitte pas ses amis dans la difficulté. Tant qu’il restait un seul Français à Wuhan, ma place était là. 

 

Qu’est-ce qui vous a motivé à accepter ce poste à Londres ? 

 

Le ministère m’a proposé Londres et j’ai accepté, avec joie, pour deux raisons. D’abord, l’envie de servir. Le service public et l’accompagnement de la communauté française donnent tout son sens à cette mission et finalement, à une vie professionnelle. Quand nous nous sentons utiles et que l’on fait quelque chose pour les autres, c’est un vrai bonheur. Je me réveille chaque matin en me disant que j’ai une chance incroyable. 

 

La deuxième raison est l’exotisme… l’exotisme londonien. Je n’ai jamais travaillé dans un pays de l’Union européenne et j’ai toujours été très loin de ma base. Londres est donc dépaysante pour moi. Il s’agit d’une immense communauté, de 300.000 personnes, l’équivalent d’une grande ville comme Strasbourg, une  communauté exigeante, à juste titre. Nous devons un service d’excellence à nos concitoyens. Il s’agit d’un défi passionnant, d’autant que je travaille ici avec des équipes formidables, dirigées par des chefs de service jeunes. 

 

Le mandat “par intérim”, comment ça fonctionne ? 

Lorsqu’un chef de poste consulaire quitte ses fonctions avant la période des mouvements diplomatiques, qui ont lieu chaque été, il faut désigner un remplaçant pour assurer la continuité du service. C’est ce qu’on appelle un mandat par intérim. Concrètement, cela signifie que mon mandat a une durée limitée : je suis en poste jusqu’à l’été, au maximum. Mais je ne considère pas ce caractère provisoire comme une période d’attente. Je veux exercer pleinement comme un consul général, parce qu’il s’agit là de la seule manière d’offrir un service de qualité à la communauté et d’assurer la crédibilité de l’institution. 

 

Comment s’est déroulée la transition entre votre prédécesseur, Samer Melki et vous ? 

 

Elle s’est déroulée comme c’est souvent le cas : de manière peu formelle. Nous nous sommes appelés, et je lui ai demandé quels étaient les grands enjeux du poste, les points d’attention et les personnes importantes dans la communauté française, notamment les présidents d’associations. Tout s’est passé très bien, et je tiens vraiment à remercier Samer Melki. 

 

Il m’a transmis toutes les consignes et les rouages du consulat m'ont marqué. Il est en parfait ordre de marche. C’est une très belle machine, une véritable usine, même, qui fonctionne à des cadences industrielles. Cette année, nous ferons environ 6.000 actes d’état civil. Nous traitons 140.000 visas par an, environ 700 par jour. En 2024, nous avons délivré 16.700 cartes d’identité et 35.300 passeports. Selon les catégories, Londres se situe dans le trio de tête mondial avec Bruxelles et Genève, il ne faut donc pas se tromper ! 

 

Quels ont été vos premiers objectifs en arrivant à Londres ? 

 

Ma priorité a été d’observer et de poursuivre les initiatives déjà lancées, car mes prédécesseurs, notamment Samer Melki, ont fait un travail remarquable. Je veux approfondir la modernisation du service consulaire : avec les Consu’late, une ouverture des services du consulat de 17h à 19h pour accueillir ceux qui travaillent en journée ; les matinales et l’extension aux déclarations d’état civil, y compris le vendredi après-midi dédié aux déclarations de naissance. Londres fait partie des postes pilotes du ministère, ce qui nous permet de tester plusieurs innovations : le timbre fiscal électronique, puis l’identité numérique certifiée avec la nouvelle carte d’identité, qui facilite notamment le vote en ligne et les procurations. 

 

Enfin, nous allons lancer une nouvelle expérimentation du 9 au 19 décembre : les pré-demandes en ligne pour les cartes d’identité et les passeports. Les clients pourront saisir eux-mêmes leurs informations, payer leur timbre en ligne, télécharger leurs justificatifs, puis venir simplement pour la vérification. Un gain de temps et de précision, testé dans quatre postes : Londres, Paris, Genève, Bruxelles et Mexico. 

 

Quels enseignements retenez-vous de vos précédentes fonctions et en quoi peuvent-elles servir votre approche aujourd’hui au Royaume-Uni ? 

 

Mes expériences précédentes, consulaires, diplomatiques, de gestion de crise, mais aussi multilatérales auprès de l’Autorité internationale des fonds marins, me seront utiles ici, notamment dans ma capacité d’anticipation, d’aisance à l’oral, de défense des positions françaises, et du relai des préoccupations des élus des Français de l’étranger, que j’ai déjà rencontrés (députés, sénateurs, élus consulaires). 

 

À ce titre, je veux instaurer des relations d’étroite coopération avec les établissements et institutions françaises. Nous travaillons “le nez dans le guidon”, donc les associations sont essentielles pour nous alerter, proposer, signaler des difficultés. D’ici la fin du mois de novembre 2025, nous tenons d’ailleurs la réunion STAFE pour examiner les projets culturels, sociaux ou caritatifs. Dans un contexte budgétaire contraint, être présent et comprendre ces projets est indispensable pour mieux les défendre. D’autres associations comme le Dispensaire Français par exemple jouent un rôle clé dans l’action sociale. 

 

Quelle direction et quel message souhaitez-vous transmettre aux Français du Royaume-Uni à l’aube de votre mission ? 

 

Je souhaite que Londres devienne, pour les Français, un véritable village et que le consulat soit à leur portée : proche, disponible, accueillant et efficace.

Et évidemment, merci pour votre accueil. Avec les équipes du consulat, nous sommes pleinement à votre service et à votre écoute. La réussite est toujours collective, jamais individuelle. J’espère que la modernisation engagée permettra à chaque Français du Royaume-Uni de ressentir cette proximité et de faire du consulat un repère accessible au quotidien.

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