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FLE - Devenir professeur de français, pourquoi ? Comment ?

Par Lepetitjournal.com International | Publié le 01/09/2016 à 19:00 | Mis à jour le 16/02/2018 à 11:38
Devenir prof de FLE pourquoi comment expatriation

Vous aimez les rencontres ? Vous avez envie de transmettre la langue française ? L'enseignement du FLE (Français langue étrangère) est un métier pour lequel il est possible de se former lorsque l'on réside à l'étranger, par le biais des Alliances Françaises, du CNED, ou en suivant une formation universitaire à distance. Cela demande du travail, de l'énergie, de la discipline, mais il y a à la clé de belles satisfactions

"Être professeur est un métier qui s'apprend, il faut passer des diplômes et ce n'est pas parce que vous êtes de nationalité française que vous savez enseigner le subjonctif !", estime Michèle, qui vit au Mexique. "De nombreux Français pensent qu'à l'étranger ils vont pouvoir donner des cours de français... Détrompez-vous ! A chacun son métier... Je suis prof de Fle mais je ne pourrais pas être menuisier..."


Ça tombe bien, se former pour devenir professeur de Français Langue Etrangère (par opposition au Français Langue maternelle) est possible lorsque l'on réside à l'étranger. Isabelle, de Hong Kong, s'est reconvertie : "J'ai repris mes études car je me sentais démunie: je ne savais pas comment enseigner, tenir une classe et comment transmettre ma langue et ma culture. Ce fut un plaisir de me remettre à étudier parce que les formations que j'ai suivies par distance ont répondu à mes attentes et m'ont donné beaucoup de confiance en moi. Et puis, c'est tout simplement stimulant. J'ai eu la chance de rencontrer d'autres étudiantes dans mon cas et nous avons travaillé ensemble, nous nous sommes soutenues lors de nos examens. Aujourd'hui,  je ne regrette pas d'avoir repris mes études, car cela m'a permis de trouver facilement un emploi. Sans diplôme, on n'enseigne plus le français à l'étranger, c'est une réalité".

Les diplômes qui permettent l'enseignement du FLE :

- Le DAEFLE (Diplôme d'aptitude à l'enseignement du Français Langue Etrangère)

Cette formation est le résultat d'un partenariat entre l'Alliance Française Paris Ile-de-France et le Centre National d'Enseignement à Distance (CNED). Elle peut être suivie où que vous soyez dans le monde si vous avez le niveau Bac et après un test obligatoire de français à l'Alliance Française. Le coût ? A partir de 1.288 ?. La préparation complète nécessite de 10 mois à quatre ans maximum.

La formation se compose de 6 modules (4 obligatoires, 2 facultatifs, totalisant 480 heures d'apprentissage) et de deux épreuves transversales. Une session d'examen est organisée en novembre et en juin.  L'examen final est possible dans une centaine de centres d'examen dans le monde.

Nathalie, de Bangkok, a toujours fait de l'alphabétisation, notamment auprès des réfugiés. Elle a obtenu ce diplôme il y a quelques mois. ?En travaillant régulièrement 3 à 4 heures par jour, hors vacances scolaires, j'ai passé 7 modules en deux ans. J'ai trouvé le DAEFLE abordable, très faisable lorsque l'on a des enfants scolarisés.? Maria Teresa habite au Brésil depuis plus de 30 ans : "Lorsque mes enfants ont quitté la maison, j'en ai profité pour travailler. Je ne suis pas de langue française, ma langue maternelle est l'espagnol, mais le français est la langue que nous parlons en famille. J'ai appris à travailler le FLE à L'Alliance Française de São Paulo. Pendant plusieurs années j'ai été très heureuse d'avoir pris cette décision. En effet, mon français s'est enrichi, j'ai appris à manier la grammaire et je me suis épanouie merveilleusement dans ce métier".

Anne s'est reconvertie avec bonheur lors d'un séjour en Suède, après plusieurs années en banque et sur les marchés financiers. Elle a trouvé le DAEFLE "pratique, pragmatique, un super diplôme". Attention, il nécessite tout de même beaucoup de rigueur. ?On se retrouve seul avec des cartons de documents pesant 3 à 4 kilos, il faut une discipline d'enfer. Les devoirs sont à rendre régulièrement, on reçoit des corrigés avec des annotations, des pistes de progrès". Il existe également un accompagnement par un tutorat en ligne.

Les contenus de la formation sont orientés vers la pratique de classe : les cours alternent entre des lectures théoriques, des activités sur des documents et des exercices d'application. Le diplôme permet de travailler dans des écoles de langues.

- Les diplômes universitaires

L'organisation des cursus FLE dans les universités s'inscrit dans le schéma LMD : licence (bac + 3) master (bac + 4 ou + 5), doctorat (bac + 8). Il est possible d'intégrer ce cursus avec des équivalences. Un certain nombre d'universités françaises proposent des formations à distance en FLE, et notamment l'université Stendhal-Grenoble III (cours et tutorat en ligne).

Il n'existe pas de licence FLE à part entière mais un parcours FLE d'environ 120 heures d'enseignement optionnel qui complète une licence de lettres modernes, de sciences du langage ou de langues, littératures et civilisations étrangères. L'obtention de ce parcours est obligatoire pour s'inscrire en master FLE.

Dans les départements de français des Universités, les Alliances Françaises, les Instituts Français, les lycées bilingues, les conditions de recrutement sont très variables mais le diplôme minimum requis est le plus souvent la maîtrise FLE (master 1) pour travailler sous contrat local. De même, pour enseigner le FLE en France, le Master est un gros atout.

Nathalie a pourtant renoncé, trouvant les cours trop théoriques : "j'avais vraiment l'impression que c'était du chinois, pourtant j'utilisais mon dico de linguistique. J'ai fini par laisser tomber". "C'est vrai qu'il faut s'accrocher", reconnaît Anne, qui travaille maintenant à l'obtention de son master 2. "Il y a des dossiers à rendre, beaucoup de travail, c'est prenant. Mais les cours sont excellents. Le dialogue en ligne est possible avec les professeurs comme avec les autres étudiants, il existe des forums très actifs. La spécialisation permet de construire des cours encore plus adaptés aux élèves, de mieux analyser leur niveau, voire même d'ouvrir sa propre école et créer sa méthode. C'est passionnant".


Le FLE, vrai métier ou job d'appoint ?
Le marché de l'emploi pour les profs de FLE est très disparate. Londres, par exemple, attire de nombreux professeurs de FLE qui désirent enseigner dans des écoles de langues ou à l'université. La concurrence est donc rude même si les opportunités sont nombreuses (voir l'encadré). Difficile très souvent de trouver des jobs à plein temps bien rémunérés. Nathalie travaille à Bangkok dans une école anglophone, 3 matinées par semaine : "je n'étais pas sure que j'allais aimer enseigner, en fait, j'adore ! C'est une façon simple d'entrer en relation avec des gens, de partager quelque chose, c'est très excitant. Il faut de l'énergie et de l'imagination pour susciter leur intérêt. Quelques fois on ne comprend pas ce qui pose problème. Quand on finit par résoudre la difficulté, c'est très gratifiant".  Sur un plan personnel, "après des années d'expatriation où je ne pouvais pas exercer mon métier, je suis heureuse d'avoir repris une vie active, je me sens plus recentrée, plus efficace, sans pour autant chambouler l'équilibre familial".

Une vraie galère pour certains...
Pour Aurélie, "le FLE est bouché, on crève la dalle, on est vacataire à vie, on aura jamais de maison ou de caisse, ni de famille vu ce qu'on gagne. On ira bientôt bosser pour 150 euros le mois à Hong Kong alors que le niveau de vie est super élevé là-bas et que les centres eux-mêmes te préviennent après les entretiens que le salaire ne couvre même pas 50% des frais de la vie quotidienne malgré les 40h de boulot, que les "gentils centres" qui nous autorisent à bosser pour d'autres le font parce qu'ils nous filent deux heures par semaine voire rien certains mois, nous débauchent à chaque période de vacances. Je signale par ailleurs que les AF ne recrutent même pas les gens diplômés de leur DAEFLE, conçu exprès pour les vaches à lait mères au foyer qui raquent au CNED car elles ont l'illusion qu'elles «peuvent étudier avec des enfants à la maison ». Le pré-requis est le BAC ! Et comment rattraper le niveau en phonétique, linguistique, didactique, langue étrangère, etc. ? S'il faut 4 ans minimum d'études à la fac, ce n'est pas pour rien. Plein de profs sont embauchés sans diplômes corrects dans les lycées français, les AF, les Instituts, les écoles publiques ou privées, parce qu' untel connait untel, que la « maman de pif ou pouf n'a pas de travail, oh la pauvre, on va la prendre comme prof de français », etc."

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... et une belle satisfaction pour d'autres
Isabelle travaille aujourd'hui à l'Alliance Française : "Ça me plait car je rencontre les Hongkongais et j'ai l'impression de ne pas vivre isolée dans mon coin ou ma microsociété. Je peux échanger. Mes étudiants m'apprennent beaucoup sur leur culture eux aussi. De plus, l'Alliance me donne les moyens de me former aux nouvelles pédagogies et technologies et d'enseigner à différents groupes d'âges, dans ses locaux comme dans certaines entreprises. Elle me permet d'enseigner la langue, mais plus encore la culture avec laquelle je dois rester à l'écoute, moi qui vis depuis de nombreuses années loin de la France. Depuis deux ans, je travaille aussi dans une école qui accueille des jeunes filles qui ne parlent pas chinois pour la plupart. Elles sont nées  à Hong Kong, mais elles sont pakistanaises, indiennes, népalaises ou autres. Elles n'ont pas toujours beaucoup de moyens financiers, mais l'école leur offre la possibilité d'être éduquées et de se préparer à une vie professionnelle. C'est une autre réalité de Hongkong à laquelle j'aime être impliquée. Aujourd'hui, je ne m'imagine pas ne pas travailler. J'aime mon nouveau métier".

Almadhi était orthophoniste. En allant vivre dans un pays arabe, elle ne pouvait plus exercer sa profession. "Etre professeur de FLE donne l'impression de faire quelque chose d'utile et de redécouvrir sa propre langue. En général, les personnes étrangères auxquelles j'enseigne sont très motivées, ce qui est d'autant plus agréable. Le principal problème me semble le choix de la méthode. Il y en a beaucoup mais aucune ne m'a vraiment satisfaite, elles sont imparfaites et mal adaptées à l'environnement dans lequel on les utilise. On a l'impression que les personnes qui les réalisent cherchent à transmettre une culture avant de transmettre une langue et c'est très préjudiciable à l'enseignement. Même si culture et langue sont liées, enseigner une langue ce n'est pas imposer une culture."

Quant à Anne, elle a toujours trouvé du travail dans l'enseignement, des plus petits aux adultes, de l'Allemagne à Pékin, en passant par la Bulgarie. "Avec mon Master, j'ai tout de suite eu des pistes en contactant des centres de représentations français. Il faut savoir que dans les écoles internationales, on demande des natifs pour enseigner leur langue maternelle. Aujourd'hui, je suis responsable du département français d'une école thaïlandaise. J'aime faire s'exprimer les élèves, les mettre en situation, les mettre en confiance. Je me mets en quatre pour les intéresser. En plus on dispose d'un matériel extraordinaire grâce à Internet. Les profs de FLE dans le monde partagent leurs expériences, s'entraident". Des contraintes ? "Je dois impérativement porter une jupe et avoir les épaules couvertes. Mais surtout, je dois assurer 45 heures de présence à l'école chaque semaine. Le calendrier scolaire thaï ne coïncide pas avec celui de l'école française, où sont scolarisés mes enfants. Mais  je m'éclate, j'ai vraiment la sensation d'avoir trouvé ma voie. Je me sens une ambassadrice de la langue française".

MPP (www.lepetitjournal.com) jeudi 19 septembre 2013 (réédition) 

Voir tous les articles de notre rubrique Cours de Français avec le FLE

Lire aussi notre dossier :

TEMOIGNAGES ? Diantre, pourquoi suis-je devenu prof de FLE ?

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De notre partenaire Femmexpat.com : Témoignage de Christine qui réside dans la baie de San Francisco

Site utiles :
Liste des formations universitaires en FLE - masters professionnels et masters recherche :http://www.ciep.fr/carnetadFLE/formation/univer.php
CNED : http://www.cned.fr/vie-active/formation-professionnelle/fle.aspx
Alliance Française : http://www.alliancefr.org/enseignants-fle
Agence de promotion du FLE : http://www.fle.fr/index-page-formations.html
TV5 Monde : Enseigner le français
Le point du FLE : http://www.lepointdufle.net/formation_fle_emploi_fle.htm
 

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1 Commentaire (s)Réagir
Commentaire avatar

annie lun 02/07/2018 - 15:35

Bonjour, je jongle avec l’idée de faire le DAEFLE à distance. Je travaille à temps plein dans une université et je donne des cours de tutorat français à raison de 3 heures par semaine (plus une petite heure en tout pour la préparation). J’ai aussi des activités sportives qui sont essentielles à mon bien-être physique et mental. Je me demandais si au vu de votre expérience vous me conseilleriez de faire le tout en 10 mois ou de privilégier les modules. Je suis une personne qui organise bien son temps mais j’ai peur d’être débordée et dépassée par la charge de travail en faisant le DAEFLE intensivement. J’attends de vos nouvelles !! Merci

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