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Les "Deux Sessions" à Pékin, l'avenir de la Chine en question

Par Patricia Herau-Yang | Publié le 13/03/2022 à 13:23 | Mis à jour le 14/03/2022 à 03:31
Photo : A un jet de pierre du Palais du Peuple, la Cité Interdite photo@Creative Commons Zero
Point détape Deux Sessions 2022 Pékin

Alors que les sessions des 13èmes Assemblée Nationale Populaire et de la Conférence Consultative Politique du Peuple Chinois se sont déroulées respectivement du 5 au 11 et du 4 au 10 mars à Pékin, voici un point d'étape sur les enjeux et décisions.

Un pays, Deux Sessions

A l’agenda des Deux Sessions cette année, on trouve bien sûr un bilan sur le travail du gouvernement, un rapport sur le plan élaboré en 2021 et un plan de développement économique et social 2022, des échanges budgétaires et l'élection des parlementaires. Certains groupes de travail se sont concentré aussi sur certains sujets : travail de la Cour Suprême, par exemple, ou plus proche de nous, focus sur Hong Kong et Macao.

Les enjeux cette année pour la direction chinoise incluaient la confirmation d’un troisième mandat pour Xi Jinping, au congrès du Parti prévu en octobre 2022 (il a lieu tous les 5 ans). Pour cela, il faut que le bilan politique, mais aussi économique et social, apparaissent positif.

En effet le contexte est très tendu, entre bilan économique contrasté, tensions sociales sur fond de recrudescence très importante du Covid, alignement géopolitique avec la Russie aux JO juste avant l’offensive en Ukraine (qui semble très impopulaire en Chine), et bien sûr opposition frontale avec l’Amérique.

La direction a donc eu beaucoup de chats à fouetter. Savoir s’ils sont blancs ou noirs ne gênait pas DENG Xiaoping tant qu’ils attrapaient les souris. Mais attrapent-ils bien les souris dans la Chine de XI ?

Un budget militaire en hausse en Chine

La sécurité des frontières est une priorité en Chine, pays qui a 14 pays voisins et une frontière terrestre record mondial de 22,117 kms. Dès samedi, le PM LI Keqiang a annoncé que le budget militaire serait augmenté de 7.1% jusqu’à 230 milliards USD. C’est plus que la croissance économique visée, à 5.5% annuel. Cela en fait le deuxième budget militaire au monde derrière les USA.

La sécurité nationale est ainsi au cœur des discussions, et XI Jinping, dans son rôle de chef des armées, va définir ses priorités.

On pense bien sûr à Taiwan (dont on lit souvent des comparaisons avec l’Ukraine) mais aussi à l’Inde (des tensions militaires fortes en Himalaya ont eu lieu à plusieurs reprises) et à la mer de Chine (la Chine y revendique la majorité des mers et a militarisé ces dernières années de nombreux ilots artificiels).

Le budget officiel, déjà très impressionnant, est, d’après la plupart des analystes, très largement sous-estimé. La porosité entre les budgets des armées et du Parti permet en effet de grandes libertés. Des tests chinois récents de missiles balistiques intercontinentaux et les déclarations belligérantes des plus hauts dirigeants ne sont pas là pour rassurer.

Des orientations sécuritaires anti-américaines

L’ennemi public No1 est bien sûr le président Biden. Tout est bon pour critiquer la politique américaine, et ZHANG Yesui, porte-parole de l’ANP (et ancien Ambassadeur chinois aux USA), a commencé par condamner le America Competes Act (350 milliards USD) comme de la « diplomatie à la petite semelle qui met en péril les intérêts américains ». Cet Act, voté au Parlement américain en février, vise à mettre « les fabricants, l’innovation, l’économie, américaines sur un pied d’égalité avec toute nation ». Comprenez : la Chine.

Côté Union Européenne, le même ZHANG Yesui s’est exprimé en conférence de presse sur le dossier monté par l’Union contre la Chine et ses mesures coercitives face à l’Etat membre qui a irrité Pékin : la Lithuanie.

L’allié, mais jusqu’à quel point ? La Russie de Vladimir Poutine avec qui le président XI Jinping s’est entretenu pendant les JO et a signé un « partenariat stratégique sans limite » juste avant l’offensive en Ukraine. Les Deux Sessions se déroulent ainsi sur fond de prises de positions de la diplomatie chinoise, anti-américaines (la guerre est la faute des Américains), qui laissent rêveur.

Les menaces sur l'économie chinoise

Retour en Chine sur fond de ralentissement de l’économie chinoise. WANG Yang, Chairman du CPPCC et No4 du gouvernement, a reconnu que la pandémie et l’évolution du modèle économique chinois posait des difficultés aux entreprises privées chinoises, tout en qualifiant ces difficultés de « à court terme ».

Le secteur privé se sent en effet bien mal-aimé en Chine, entre un support en temps de Covid très léger, voire inexistant et des contraintes règlementaires imprévisibles (tech, tutoring). Ces entreprises, souvent petites, subissent une vague de faillites. Elles seraient 4.37 millions à avoir mis la clé sous la porte entre janvier et novembre 2021. Or le secteur privé représente 80% des emplois citadins en Chine, et le chômage est devenu tel qu’il fait partie du focus des Deux Sessions de 2022.

Le débat sur le rôle du secteur privé ne date pas d’hier. Un rapport d’expert datant de 2018 avait fait couler beaucoup d’encre en annonçant que le secteur privé avait « accompli sa mission historique » et devait « disparaître ».

Le taux de croissance visé s’affiche à un prudent 5.5%, que beaucoup jugent déjà très ambitieux. Les annonces du Premier Ministre LI Keqiang sur un plafonnement de l'imposition des entreprises privées arrivent à point nommé pour relancer la machine.

Point détape Deux Sessions 2022 Pékin
Le logo de la CPPCC

La politique de Zéro-Covid, jusqu’à quand ?

Alors que la Chine reste le seul pays à poursuivre une politique de Zéro-Covid, le monde relâche à son rythme les mesures de distanciation et autres passes sanitaires. Pourtant, à commencer par Hong Kong, et malgré des mesures très strictes, Omicron circule aujourd’hui en Chine. De nombreuses villes ont repris des confinements stricts, et les frontières sont plus que jamais fermées, les JO ayant été l’exception plutôt que la règle.

À la veille des Deux Sessions, nombreux ont été les appels à une uniformisation au niveau national des standards de contrôle sanitaire. Les règles sont en effet locales, ce qui pose de multiples difficultés pour chaque déplacement en Chine. WANG Yu, membre du CPPCC, évoquait ainsi l’incompatibilité des codes QR, qui sont « devenus des barrières aux déplacements et empêchent un retour à une économie normale ». La National Health Commission avait appelé dès décembre 2020 à une compatibilité, qui peine à se concrétiser. Les provinces sont aujourd’hui jugées sur leur succès dans la politique Zéro-Covid, ce qui entraîne beaucoup de surenchère et, sans doute aussi, des chiffres sous-estimés.

Si l’opinion publique est difficile à cerner en Chine (pas d’enquête d’opinion), des voix se sont élevés autour des Deux Sessions évoquant « dans l’avenir proche, au bon moment, une feuille de route pour un vivre avec le Covid à la chinoise » (ZENG Guang, Chief scientist au CDC, équivalent du CHP hongkongais). L’économiste renommé XU Hongcai, de la China Association of Policy Science, évoquait, lui, les coûts exorbitants de la politique Zéro-Covid en Chine.

Alors que Hong Kong s’est retrouvée sous les feux de la rampe sur le sujet Covid, des rumeurs persistantes évoquent une liste de villes chinoises désignées pour commencer à vivre avec le Covid dès cet été.

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Patricia Herau-Yang

Patricia a passé de nombreuses années en Chine, exercé le métier de traductrice français-chinois. Depuis son arrivée à Hong Kong, elle s'est mise au cantonais et à la randonnée. Elle contribue à Lepetitjournal.com sur le volet culturel, entre autres...
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Didier Pujol

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