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Leakhéna des Pallières raconte Pour un Sourire d’Enfant

Par Célia Cazale | Publié le 03/04/2018 à 17:47 | Mis à jour le 03/04/2018 à 18:31
Photo : Dans le documentaire "Les Pépites", Leakhéna se rappelle son enfance sur la décharge.
Pour un sourire d'enfant Leakhéna des Pallières Les pépites Association Hong Kong

De la décharge aux bancs de l’école. L’association Pour un Sourire d’Enfant est l’oeuvre d’un couple de Français aux coeurs assez larges pour y accueillir des milliers de petits Cambodgiens. 

 

Depuis 20 ans les enfants du Cambodge retrouvent le sourire. Un petit miracle que l’on doit à la générosité et au dévouement de Marie-France et Christian des Pallières. Ce couple de Français a permis à des milliers de jeunes de sortir de la misère et de s’épanouir, via leur association Pour un Sourire d’Enfant.  

"La rencontre sur la décharge avec papa a été compliquée parce qu’on ne parlait pas la même langue. Impressionné par ce qu’il voyait sur place, il nous a demandé ce qu’il pouvait faire pour nous. On a tous répondu qu’on souhaitait un repas par jour", se souvient avec émotion Leakhéna des Pallières, une Cambodgienne que le couple a adoptée après l’abandon de sa mère biologique. "À l’époque je ne croyais plus en personne, mais petit à petit leur manière de faire m’a montré que je pouvais leur faire confiance", s’émeut-elle. 

 

Pour un sourire d'enfant
Marie-France et Christian entourés d'enfants de PSE.

 

Pour ces petits démunis, l’arrivée de ceux qu’ils surnomment papy et mamie les a sauvés. "On ne croyait pas au début qu’ils pouvaient s’intéresser à nous. Puis après la nourriture on a demandé d’aller à l’école", continue Leakhéna. À six ans, alors qu’elle travaillait comme nombre d’enfants sur cette décharge, elle assiste aux premiers pas de l’action de ce qui deviendra plus tard PSE. 

Cette belle aventure est racontée dans le documentaire Les Pépites. Sorti en 2016, le film a été largement applaudit en France.  

 

 

À travers ces images, ces témoignages, le spectateur assiste à l’évolution de la principale association du Cambodge. Car s’ils ont commencé par apporter des repas et donner des cours à une vingtaine d’enfants sur une décharge, PSE est aujourd’hui une oeuvre caritative au service de 6.000 écoliers répartis dans trois centres et encadrés par 600 professionnels locaux.  

Un pensionnat accueille également 75 filles et 78 garçons sous protection pour cause de violence dans leur foyer ou d’abandon. 300 étudiants, à partir de 16 ans, bénéficient d’une place en internat s’ils habitent trop loin.  

"Les 38 programmes que nous avons mis en place répondent aux demandes des familles. Ça a toujours été notre politique", affirme celle qui a fait "tout son parcours chez PSE" jusqu’à en devenir la responsable du pôle social. Parmi ces services il y a la garderie, pour permettre aux parents de travailler, le FLIP une formation express qui aide les parents à se reconvertir, ou encore les compensations aux familles sous forme de riz, pour pallier à l’absence de revenus que provoque la scolarisation de l’enfant.  

 

Pour un sourire d'enfant formations
18 parcours professionnels sont proposés après le baccalauréat.

 

Une fois l’éducation poussée jusqu’au baccalauréat, l’association a dû faire face au chômage de ses premiers diplômés. "Mes parents ont donc entrepris de développer des formations professionnalisantes pour les étudiants", explique la trentenaire. Hôtellerie, Business School, Mécanique et Bâtiment, Coiffure et Spa, et Cinéma sont les principales filières proposées. Chacune d’elles bénéficie d’une entreprise reconnue comme référent. L’école ESSEC, l’école de Lausanne, Norauto et Schneider Electric, offrent leurs techniques et expertises en formant les professeurs de PSE.  

Une présence toujours aussi vitale 

La décharge accueillant le premier centre PSE a fermé, mais le phénomène des enfants chiffoniers subsiste sur des décharges plus éloignées. PSE se tourne aussi vers les enfants qui ont d’autres travaux difficiles, comme les tailleurs de pierres et les cueilleurs de liserons d’eau. "On s’occupe aussi des familles extrêmement pauvres, celles sujettes à la violence, au trafic d’enfants etc…", énumère tristement Leakhéna qui voit chaque année des milliers de familles frapper à sa porte.  

Pourtant les places sont limitées: "C’est là la pire facette de mon travail. Nous avons un nombre de places défini chaque année par la direction. Donc on monte des dossiers de demandes et on est obligé de classer par rapport aux priorités", concède-t-elle. Aucun refus cependant. Les familles sont mises sur liste d’attente. PSE accueille ainsi près de 1.000 nouveaux écoliers par an. 

PSE peut être amenée à travailler ponctuellement avec le gouvernement cambodgien et son Ministère Social. Mais parmi ses actions, celles qui consistent à identifier les situations difficiles sont menées en partenariat avec d’autres ONG locales. "Nous sommes dans une relation de complémentarité, expose la cadre. Nous échangeons nos services et nos dossiers".  

Une lente mais profonde amélioration 

Le Cambodge a vu près de 3.000 étudiants sortir des formations de PSE et qui, comme Leakhéna, s’investissent pour le faire évoluer. "Ils participent à l’amélioration des conditions de vie, constate-t-elle. Leurs enfants sont scolarisés. Il y a une priorité mise dans l’éducation donc la nouvelle génération est différente que ce que nous étions à l’époque".  

La violence qu’elle a connue se fait également plus rare. "À l’époque, mon père (cf. Christian des Pallières) sortait trois fois par nuit pour récupérer les enfants et femmes battus et les emmener à l’hôpital, se remémore l’assistante sociale. Aujourd’hui c’est une fois tous les trois mois".  

Mais le combat n’est pas pour autant terminé pour Leakhéna qui fait face à de nombreuses familles en attente d’aides. "Les conditions de vie sont différentes certes, mais ce n’est pas forcément mieux", insiste-t-elle. PSE reste confrontée à la violence et des interventions dont l’une a abouti à l’inculpation d’un père qui maltraitait sa famille. "On a une bonne relation maintenant avec les autorités locales qui interviennent quand il y en a besoin", se félicite-t-elle.  

 

 

Véritable moteur pour le Cambodge, l’association tire sa force du parrainage. Via des tournées annuelles en France et ailleurs, PSE souhaitent sensibiliser à la cause de ces enfants. "À 75 ans, ma mère vient de repartir pour sillonner les routes françaises pendant trois mois", s’amuse Leakhéna. Compter sur plusieurs petits donateurs est une politique choisie par Christian afin d’assurer la pérennité de leur action. "Le parrainage est anonyme, global. Il prend en charge la scolarité d’un enfant jusqu’au bout", détaille-t-elle en précisant que quatre lettres d’information sont envoyés dans l’année pour montrer l’évolution des centres. 

"Il reste toujours beaucoup de demandes. Donc on a besoin que les gens continuent à soutenir l’association pour que l’on puisse prendre en charge ces enfants et familles", conclue avec détermination la petite fille qui "souhaite donner à son tour ce qu’elle a reçu". 

 

Informations pratiques : 

  • L’approche de PSE vis-à-vis des enfants repose sur un parrainage non nominatif. Le parrain contribue, de façon régulière, à la prise en charge d’un enfant (ou de plusieurs), il est libre du montant de sa contribution, et de sa périodicité. 

  • L’assocation est présente à Hong Kong par le biais de son antenne locale PSE Hong Kong. Sa mission consiste à mobiliser localement, à communiquer sur l’association, ses résultats et à rassembler avec des initiatives grand public comme des concerts « Let The Children Bloom » en partenriat avec Mayaa Nepal et un festival de Théâtre.

 

Pour un sourire d'enfant
Chaque année 1.000 nouveaux élèves rejoignent les bancs de PSE.
Celia Cazales

Célia Cazale

Passée par Le Huffington Post, Var-Matin et La Dépêche du Midi, Célia Cazale, journaliste diplômée par la faculté de Droit et Sciences Politiques d’Aix-en-Provence, contribue à la rédaction du petitjournal.com
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