Des millions d'Ukrainiens toujours privés de courant après des frappes russes

Par AFP | Publié le 24/11/2022 à 11:50 | Mis à jour le 25/11/2022 à 04:05

L'Ukraine, notamment sa capitale Kiev, était largement privée d'électricité et d'eau jeudi, au lendemain de nouvelles frappes russes massives qui ont spécifiquement visé les infrastructures énergétiques, une stratégie qualifiée de "crimes de guerre" par les alliés occidentaux au moment où l'hiver s'installe.

Selon le président Volodymyr Zelensky, une quinzaine de régions rencontraient des problèmes avec l'approvisionnement en eau et en courant. "La situation avec l'électricité reste difficile dans presque toutes les régions. Cependant, nous nous éloignons progressivement des coupures et chaque heure, nous rebranchons l'électricité pour de nouveaux consommateurs", a-t-il dit.

A Kiev, frappée par une pluie glaciale qui tombait sur la neige et des températures proches de zéro, environ 70% de la population restait privée d'électricité, tandis que l'approvisionnement en eau a été rétabli, selon la mairie.

De son côté, le ministère russe de la Défense a affirmé que les bombardements russes n'avaient pas pris pour cible la capitale, accusant la défense antiaérienne ukrainienne d'avoir été responsable des dommages à Kiev.

Le reste de l'Ukraine était également largement affecté par les coupures mais la reconnexion des infrastructures critiques au réseau se poursuivait graduellement.

A Kharkiv, la deuxième ville du pays, non loin de la frontière avec la Russie, l'approvisionnement a été rétabli après un travail "très difficile", a dit son maire Igor Terekhov.

Les bombardements russes se poursuivaient également, faisant quatre morts et dix blessés à Kherson (sud), d'où les troupes de Moscou se sont retirées il y a deux semaines, et six morts et 30 blessés à Vychgorod, près de Kiev.

"Nous avons résisté à neuf mois de guerre totale, et la Russie n'a pas trouvé le moyen de nous briser. Et elle ne le fera pas. Nous devons continuer à tenir bon", a assuré M. Zelensky dans son discours du soir.

- "Faire souffrir" -

"Ce ciblage systématique de la population à l'approche de l'hiver traduit une volonté claire de la Russie de faire souffrir le peuple ukrainien, de le priver d'eau, de chauffage et d'électricité pour saper sa résilience", a déclaré la diplomatie française. "Ces actes constituent à l'évidence des crimes de guerre".

Intervenant par visioconférence devant le Conseil de Sécurité de l'ONU, M. Zelensky avait dénoncé mercredi un "crime contre l'humanité".

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Trois centrales nucléaires sous contrôle de Kiev ont pu être reconnectées et devaient dans la soirée de nouveau alimenter les foyers privés de courant.

Selon le ministère de l'Energie, ces bombardements ont laissé mercredi sans électricité "la grande majorité des consommateurs" en Ukraine qui comptait environ 40 millions d'habitants avant le début de l'invasion russe le 24 février.

La Russie a tiré mercredi environ 70 missiles de croisière sur ce pays, dont 51 ont été abattus, selon Kiev. Ces frappes ont visé des infrastructures énergétiques-clés, déjà endommagées par plusieurs vagues de bombardements de ce type.

Au total, "huit installations énergétiques" ont été touchées, a affirmé le procureur général ukrainien Andriï Kostine, ajoutant que dix personnes avaient été tuées et 50 autres blessés.

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Sur le front, les coupures de courant se faisaient aussi sentir, obligeant les hôpitaux à travailler avec des générateurs de secours, tandis que les combats se poursuivent dans l'est.

"La façon dont ils combattent et ciblent les infrastructures civiles ne peut provoquer que de la fureur", a déclaré à l'AFP Oleksiï Iakovlenko, l'administrateur d'un hôpital de la ville de Kramatorsk.

"S'ils attendent de nous que nous tombions à genoux et que nous rampions vers eux, cela n'arrivera pas", a-t-il néanmoins assuré.

- Varsovie propose ses Patriot -

Dans ce contexte, le ministre polonais de la Défense a proposé que l'Allemagne transfère à l'Ukraine le système de défense antiaérienne Patriot qu'elle a offert à la Pologne.

La Russie a pour sa part intimé à l'Ukraine de céder à ses revendications.

"La direction de l'Ukraine (...) a la possibilité de régler la situation en satisfaisant toutes les exigences de la partie russe et de mettre fin aux possibles souffrances de la population civile", a répété jeudi le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov.

La Russie qui a justifié sa guerre par la nécessité de "dénazifier" et de "démilitariser" l'Ukraine qu'elle accuse de réprimer les populations russophones, a revendiqué fin septembre l'annexion de quatre régions ukrainiennes qui sont sous contrôle russe partiel.

Moscou a annoncé jeudi avoir distribué des passeports russes à plus de 80.000 habitants de ces quatre territoires ukrainiens, faisant d'eux des "citoyens de la Fédération de Russie".

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Le procureur général d'Ukraine a de son côté fait savoir que depuis la reconquête le 11 novembre du nord de la région méridionale de Kherson, "neuf sites de tortures" avaient été "découverts" ainsi que "les corps de 432 civils tués", sans dire comment ils étaient morts.

Les échanges de prisonniers entre les deux camps se sont aussi poursuivis jeudi avec 50 captifs libérés de chaque côté, après un échange de 35 personnes de chaque camp la veille, selon les représentants respectifs.

Autre conséquence directe des bombardements russes, la Moldavie, déjà en proie à d'importants problèmes énergétiques causés par le conflit en Ukraine, a également été mercredi la victime de vastes pannes d'électricité, mais la situation était largement revenue à la normale jeudi.

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