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Violences à l’étranger : quels recours pour les Français expatriés et leurs enfants en 2026 ?

Derrière l’image parfois idéalisée de l’expatriation, certaines familles françaises vivent des situations de violences conjugales ou intrafamiliales . Mais surtout sortir de l’emprise à l’étranger peut devenir un véritable parcours d’obstacles. Quel est le rôle des consulats ? Peut-on rentrer en France avec ses enfants ? Quels recours existent pour les mineurs ? À partir de témoignages, d’experts du droit international, d’associations et du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, lepetitjournal.com rassemble ici les informations essentielles à connaître en 2026. Vous n’êtes pas seuls.

les violences en expatriation sont courantes et ne doivent pas être isolées ou incomprises les violences en expatriation sont courantes et ne doivent pas être isolées ou incomprises
Écrit par Capucine Canonne
Publié le 9 octobre 2026

 

« quand on est sous emprise, on a toujours l’impression de marcher sur des œufs »

 

 

Quels peuvent être les signes d'emprise et de violences en expatriation ?

Dans la très grande majorité des cas, « la violence conjugale ne va pas naître pendant l’expatriation. Dans 98 % des cas que je vois, la violence a existé avant de partir à l’étranger » nous explique Sandrine Calhoun, juriste pour la plateforme Save You.

La difficulté centrale porte un nom : l’invisibilité. « Très souvent, la violence est psychologique ». Et c’est précisément ce caractère diffus qui rend les situations difficiles à repérer, y compris pour les proches. Certains signaux peuvent apparaître bien avant le départ. Il peut y avoir un déséquilibre dans la décision même de partir. Un autre signal est à prendre en compte : l’absence totale de projection sur la vie future à l’étranger. 

 

Expatriation sous emprise et violences intrafamiliales, le témoignage glaçant de Lara

 

Sur place, le contrôle coercitif s’installe. On parle de “micro-régulations”, “des petits contrôles, des petits bouts, des petits faits”, qui pris isolément semblent anodins. Sandrine évoque des situations très concrètes qui peuvent être observées par l’entourage : des vêtements couvrants systématiques ou encore des changements de comportement en présence du conjoint. 

« quand on est victime dans ce conjugal, qu’on est sous emprise, on a toujours l’impression de marcher sur des œufs ». Dans ce contexte, chaque interaction devient risquée, et l’objectif devient d’éviter les conflits, ne jamais faire de vagues. 

 

 

 

Quelles sont les violences encore trop méconnues en expatriation ? 

En expatriation, les violences ne se résument pas aux coups ou aux violences sexuelles. Le contrôle économique et administratif peut aussi devenir un outil d’emprise : empêcher son conjoint de travailler, contrôler ses ressources, retenir des documents, empêcher l’ouverture d’un compte bancaire ou rendre volontairement les démarches administratives impossibles peuvent contribuer à maintenir une victime dans une situation de dépendance.

 

Qu’est-ce que la violence économique en expatriation et comment s’en prémunir ?

Il y a une autre dimension à ne pas négliger en expatriation, ce sont les violences numériques. Géolocalisation, surveillance du téléphone, contrôle des comptes, mots de passe, messages ou communications peuvent prolonger l’emprise à distance et compliquer la recherche d’aide…

 

 

la solitude en expatriation

 

 

Que peut réellement faire un consulat français face à des violences ?

Selon la DFAE (Direction des Français à l'étranger et de l'administration consulaire), des agents référents sont mobilisés dans les consulats et les ambassades du monde. Les agents consulaires bénéficient d’une formation spécifique en matière d’affaires sociales avant leur départ en poste, afin d’être préparés à l’accueil des victimes de différentes formes de violences, notamment les violences intrafamiliales. Depuis 2025, 210 agents consulaires référents, spécialisés dans la lutte contre les violences faites aux femmes, ont par ailleurs été désignés dans 123 postes consulaires. Leur nombre doit continuer à évoluer selon une source diplomatique. 

 

Guide des victimes françaises à l’étranger : l’édition 2026 enrichie

 

« Le parcours de la victime » fait partie des réflexions engagées par la DFAE. Les consulats peuvent orienter les victimes vers les structures locales, les associations, les professionnels du droit ou encore les dispositifs d’aide disponibles dans le pays. Les ambassades et consulats mettent à disposition des listes d'avocats et de médecins francophones. Exemples sur les sites de l’ambassade d’Allemagne , d’Irlande, de Côte d’Ivoire, d’Australie, ou du Brésil pour ne citer qu’eux. 

 

France Diplomatie a publié fin mars 2026 un annuaire d’aides locales, avec des contacts par pays. Nous avons recensé des associations locales par pays à contacter ici 

 

 

Les autorités françaises peuvent notamment solliciter les autorités locales lorsqu’elles craignent un danger imminent pour un ressortissant français

 

 

Peut-on quitter un pays étranger lorsqu'on est victime de violences ?

En juillet 2026, la DFAE nous confirme que les services consulaires peuvent délivrer des passeports d’urgence ou des laissez-passer dans des délais très courts, parfois le jour même ou en quelques heures, lorsqu’une ressortissante française est privée de son passeport parce qu’il a été perdu, volé ou détruit. Mais cette possibilité ne signifie pas pour autant qu’une victime peut automatiquement quitter le pays avec ses enfants.

 

Violences intrafamiliales à l’étranger : que peuvent vraiment faire les consulats ?

 

L’intervention des autorités françaises repose notamment sur la Convention de Vienne de 1963 sur les relations consulaires, qui encadre la protection consulaire des ressortissants à l’étranger. Les autorités françaises peuvent notamment solliciter les autorités locales lorsqu’elles craignent un danger imminent pour un ressortissant français, mais elles doivent toujours agir dans le respect du droit et de la justice du pays concerné.

Lorsqu’il existe un litige concernant des enfants, les services consulaires doivent notamment veiller à ne pas favoriser un déplacement illicite de mineurs, qui peut être pénalement sanctionné. Chaque situation est donc examinée au cas par cas, avec une approche qui se veut à la fois « humaine et réactive », mais dans le respect du droit local et des décisions de justice. 

 

 

fuir une situation de violence en expatriation


 

 

Pourquoi le droit local et international sont-ils importants à connaître en cas de violences commises à l’étranger ?

Lorsqu’une personne expatriée victime de violences souhaite rentrer en France avec ses enfants, le droit du pays de résidence et le droit international peuvent être déterminants. La justice française peut, dans certaines situations, poursuivre des infractions commises à l’étranger, notamment lorsque l’auteur ou la victime est français, mais les enquêtes et la collecte des preuves dépendent largement des autorités locales. 

 

Fuir la violence à l’étranger avec ses enfants : les pièges du droit international

 

Le droit international, notamment la Convention de La Haye, encadre quant à lui les déplacements d’enfants entre pays. Partir précipitamment avec ses enfants peut ainsi entraîner une procédure pour déplacement illicite ou enlèvement international d’enfant, même dans un contexte de violences. Les débats sur la future loi intégrale ont rappelé cette difficulté. 

La Convention prévoit toutefois une exception lorsque le retour exposerait l’enfant à un risque grave physique ou psychologique. C’est pourquoi connaître le droit local est essentiel avant d’organiser un départ. 

 

 

En 2025, 177 cas de violences intrafamiliales ont été signalés aux services consulaires français.

 

 

Quels recours pour un enfant victime de violences à l'étranger ?

Lorsqu’un enfant français est victime de violences à l’étranger, l’éloignement ne signifie pas l’absence de protection. Plusieurs dispositifs français, consulaires et internationaux permettent d’agir rapidement pour protéger le mineur et signaler les faits.

La première priorité consiste à mettre l’enfant en sécurité, recueillir sa parole, consulter un médecin afin d’obtenir des soins et d’éventuelles constatations médicales, puis contacter le consulat français le plus proche. 

 

Quels recours pour un enfant victime de violences à l’étranger ? 

 

Et du côté des établissements scolaires ? Depuis la rentrée 2023, l’AEFE a mis en place un dispositif de signalement en matière de sécurité et de protection des enfants. Le formulaire RISP (remontée d’incidents ou de situations préoccupantes), accessible sur l’intranet ORION, permet aux chefs d’établissement d’alerter immédiatement l’Agence, de manière sécurisée, en cas d’incident ou de situation préoccupante. Une demande de bilan a été faite par la Sénatrice des Français de l’étranger, Évelyne Renaud-Garabedian, le 24 septembre 2026, en attente de réponse du ministère. 

 

Lepetitjournal.com vous liste, continent par continent, quelques contacts utiles à connaître pour demander de l'aide sur place. 

 


 

la violence envers les enfants

 

 

 

Quelles aides existent pour les Français victimes à l'étranger ?

En 2025, 177 cas de violences intrafamiliales ont été signalés aux services consulaires français. Un chiffre que la Direction des Français de l’étranger et de l’administration consulaire (DFAE) estime très probablement inférieur à la réalité.  

 

Quelles portes d’entrée sûres pour les femmes victimes de violences à l’étranger ?

 

Face à ces difficultés, plusieurs « portes d’entrée sûres » tentent de se développer. À Singapour, un dispositif créé par l’avocate Chloé Vialard propose des consultations gratuites, bilingues et confidentielles afin d’aider les victimes à comprendre leurs droits et à naviguer entre le droit français et le droit local. Cette initiative est présentée comme un modèle pouvant inspirer d’autres pays.

 

Singapour: un dispositif pour les Françaises victimes de violences à déployer partout

 

La protection des victimes repose aussi sur la société civile. Lors des débats sur la loi intégrale, le député Christopher Weissberg mentionne - entre autres - SOS French in Texas, le réseau Main dans la main en Californie et Women For Women à New York. Il existe aussi par exemple au Québec, la Maison des femmes de Québec, LaMaison à Toronto, ou encore au Portugal l’association francophone WOMEN’S WLPT LISBOA pour ne citer qu’eux. 

 

 

Est-il possible de porter plainte suite à des violences subies à l’étranger ? 

France Diplomatie rappelle que, pour les infractions les plus graves commises à l’étranger, une victime française peut déposer plainte en France auprès des forces de l’ordre de son domicile si elle dispose d’une résidence en France. Lorsqu’elle n’a pas de résidence en France, la juridiction compétente est Paris, sous certaines conditions. La nationalité française de la victime doit notamment être établie à la date des faits.

Cette possibilité ne signifie toutefois pas que la justice française se substitue automatiquement à la justice du pays où les faits ont été commis : les règles de compétence pénale et la coopération judiciaire internationale restent déterminantes.

 

Des groupes d’entraide entre anciennes expatriées permettent de rompre l’isolement et d’échanger des conseils

 

 

etre seule en expatriation


 

 

Vers qui se tourner en retour d’expatriation suite à des violences ? 

Le retour en France ne marque pas toujours la fin des violences ni des difficultés pour les victimes… Au-delà du cadre judiciaire, des associations et réseaux de soutien jouent un rôle essentiel. Des groupes d’entraide entre anciennes expatriées permettent de rompre l’isolement et d’échanger des conseils. Les Maisons des femmes, présentes dans plusieurs régions françaises, proposent quant à elles un accompagnement global réunissant soins médicaux, soutien psychologique, aide sociale et accompagnement juridique au même endroit.

Les autorités françaises peuvent également orienter les personnes de retour. La Direction des Français à l’étranger et de l’administration consulaire (DFAE) travaille avec des associations comme France Victimes pour faciliter l’hébergement d’urgence, l’accompagnement administratif et l’accès aux dispositifs adaptés. 

 

Des acteurs privés agissent aussi. C’est le cas de CareXpat. Début octobre, le comparateur d'assurance santé lance une association Odyssée. L’organisme propose alors une couverture de santé immédiate avec la possibilité d’un suivi psychologique et un accompagnement social. 

 

L'expatriation ne crée pas forcément les violences. Mais elle peut les rendre plus difficiles à identifier, dénoncer et surtout à fuir. Des solutions existent, à condition de ne pas rester isolé et de solliciter rapidement les dispositifs d'accompagnement adaptés.

 

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