Vendredi 3 juillet 2020
Édition Internationale
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Olivier Brochet - « La solidarité nationale s’exprime aujourd’hui »

Par Damien Bouhours | Publié le 25/05/2020 à 18:00 | Mis à jour le 30/05/2020 à 05:15
olivier brochet aefe

Suite à l’annonce du plan de soutien au réseau d’enseignement français à l’étranger, le directeur de l’AEFE, Olivier Brochet, revient avec nous dans cette interview exclusive sur la situation des lycées français du monde ainsi que les aides accordées aux établissements et aux familles.

 

Nous avions évoqué ensemble  il y a quelques semaines la situation des établissements français à l’étranger et notamment la question de la continuité pédagogique. Quel état des lieux faites-vous aujourd’hui ?

Olivier Brochet : Les chefs d’établissement et les équipes pédagogiques se sont mobilisés partout dans le réseau pour relever le défi de l’enseignement à distance, né de la fermeture physique des établissements,  et permettre aux élèves de poursuivre malgré tout leur scolarité. Je veux les en remercier et les féliciter. Je veux aussi remercier tous les parents, qui se sont mobilisés derrière leurs enfants pour les aider dans cet apprentissage. Je sais que c’est difficile pour eux dans le cadre du confinement. Nous avons tous pu constater, si besoin en était,  à quel point la relation directe entre les enseignants et leurs élèves, dans la classe, était aussi précieuse qu’indispensable.

Face à cette situation inédite, l’AEFE a fait de l’aide à la mise en œuvre et à l’amélioration permanente de l’enseignement à distance sa priorité afin que tous les établissements du réseau, quel que soit leur statut, quelle que soit leur taille, puisse établir et développer un dispositif de continuité pédagogique solide, cohérent, qui tienne dans la longue durée.

Les équipes d’inspection et des enseignants formateurs ont mené depuis février plus de 45.000 actions de formation et d’accompagnement. Nous constatons aujourd’hui les bons résultats globaux en termes pédagogiques, avec un bémol concernant la maternelle compte tenu de l’âge des enfants, malgré le travail extraordinaire accompli par les enseignants.

Mais cette période est aussi particulièrement dure pour les familles, touchées pour un grand nombre dans leurs revenus, toutes inquiètes pour leur avenir. Et par voie de conséquence, c’est une période de grande incertitude voire d’inquiétude pour tous les gestionnaires d’établissements scolaires à l’étranger.

Face à ces problématiques, l’AEFE travaille depuis des semaines aux côtés du ministère de l’Europe et des affaires étrangères à élaborer la réponse publique globale à cette crise majeure. Je comprends que les parents d’élèves aient  pu avoir le sentiment que nous tardions à apporter des réponses précises aux nombreuses problématiques soulevées. Mais nous avons veillé, dans les établissements en gestion directe de l’agence comme dans les établissements conventionnés ou partenaires, à ne mettre durant cette période aucune famille en difficulté. Les droits de scolarité ont été maintenus car sinon c’est la pérennité des établissements qui serait menacée. Mais la situation des familles a été prise en compte partout  et, dans l’attente de solutions adaptées et finançables pour tous les établissements, toutes celles qui rencontraient des difficultés se sont vu proposer des échéanciers et des reports.

Aujourd’hui, grâce au soutien accordé par l’Etat, conformément aux annonces faites par le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, M. Le Drian, nous pouvons passer à une nouvelle phase : celle du soutien direct à toutes les familles en difficulté, du soutien à tous les établissements et de la préparation de la rentrée 2020.

 

Dans la tempête, le réseau de l’enseignement français à l’étranger est soutenu par l’Etat

 

Comment les annonces du 30 avril se concrétisent-elles ?

Le ministre M. Le Drian, avec le Secrétaire d’Etat, M. Lemoyne et avec le ministre de l’action et des comptes publics, M. Darmanin, a effectivement annoncé le 30 avril le financement à hauteur de 150 millions d’euros d’un plan de soutien exceptionnel au réseau de l’enseignement  français à l’étranger. C’est non seulement considérable ; c’est aussi unique. Pas un réseau d’écoles internationales ne bénéficie d’un soutien public de cette nature et je crois qu’il faut le souligner avec force. La solidarité nationale s’exprime aujourd’hui, sans distinction de nationalité,  pour soutenir les familles qui font confiance à l’enseignement français. Dans la tempête, le réseau de l’enseignement français à l’étranger est soutenu par l’Etat qui a demandé à son opérateur public, l’AEFE  de venir en aide à tous les établissements, quel que soit leur statut.

Vis-à-vis des familles françaises en difficulté, l’enveloppe des bourses est accrue de 50 millions d’euros ce qui permet de les aider dès ce trimestre et pour la prochaine année scolaire. Une avance de 100 millions d’euros sera accordée par ailleurs à l’AEFE par l’agence France Trésor avec laquelle les discussions sont engagées. Ceci doit permettre à l’AEFE de soutenir en trésorerie rapidement tous les établissements dans cette période particulièrement difficile, ce qui pourra leur permettre notamment de venir en aide aux familles étrangères en difficulté et de préparer la prochaine rentrée.

 

Comment cela va-t-il se traduire pour les familles des élèves scolarisés dans les lycées français à l’étranger ?

Les familles françaises en difficulté ont été informées depuis la fin avril de la possibilité de demander une bourse, y compris pour ce trimestre en cours si leurs revenus ont connu une dégradation importante en 2020. Elles peuvent également en demander une pour l’année scolaire 2020-2021, sur la base de critères qui ont été exceptionnellement modifiés et qui intègrent la prise en compte de leur situation en 2020. Dans les deux cas, les familles qui ne l’auraient pas fait doivent prendre contact très rapidement avec le service consulaire et/ou l’établissement pour que les dossiers puissent être pris en compte avant la fin du mois. Les services de l’Agence et les services consulaires travaillent de concert pour instruire rapidement les demandes de recours gracieux.

Pour les élèves étrangers, dans les EGD et les établissements conventionnés, les familles doivent contacter le chef d’établissement qui va examiner comment les aider au-delà des délais de paiement déjà accordés. L’AEFE sera à leurs côtés.

 

Nous sommes dans la mobilisation d’instruments d’urgence

 

Comment allez-vous aider les établissements en difficulté ?

L’Agence travaille dans le cadre qui lui a été fixé, celui d’une avance de trésorerie, avec les instruments juridiques à sa disposition.  Les réponses à cette crise complexe se mettent en place et pour le moment, nous sommes dans la mobilisation d’instruments d’urgence. Tout le monde aura bien perçu, notamment dans les dernières déclarations du ministre de l’Europe et des affaires étrangères, la détermination de l’Etat à soutenir le réseau en prenant en compte les difficultés des familles.

Le conseil d’administration de l’AEFE examine en ce moment les modalités de soutien aux établissements. Pendant ce temps, en lien avec les postes diplomatiques, nous poursuivons notre analyse des besoins de chaque établissement pour être très vite en mesure de les aider. 

 

A ce jour, plus de 80 établissements sur 522 ont rouvert

 

Actuellement certains établissements à l’étranger ont entamé un processus de réouverture partielle ou totale ? Pouvez-vous nous expliquer comment se passent ces réouvertures ?

De la même façon que nous avons soutenu les établissements dans la mise en œuvre de la continuité pédagogique, nous sommes aujourd’hui pleinement mobilisés avec les ambassades de France dans l’accompagnement de la réouverture des établissements quand les autorités locales l’autorisent. Avec deux priorités : la sécurité des élèves et des équipes ; la qualité de l’accompagnement du retour à une vie scolaire normale. Des protocoles stricts permettant une réouverture en toute sécurité pour les élèves et les personnels ont été élaborés. A ce jour, plus de 80 établissements sur 522 ont rouvert et je suis très heureux de constater que ça se passe bien partout.

 

Les diplômes seront bien décernés cette année

 

Concernant la scolarité, comment vont se dérouler les examens ? Quelles adaptations sont prévues pour les lycées français à l’étranger ?

Depuis de nombreuses semaines le service pédagogique de l’AEFE dialogue de manière quasi permanente avec les services centraux du ministère de l’Education nationale et de la Jeunesse (MENJ) et avec les académies partenaires, en charge des examens. Le MENJ a été très attentif aux particularités de l’enseignement français à l’étranger. Le cadre général est celui du contrôle continu. Mais il fallait aussi prendre en compte les spécificités des différentes zones. Les calendriers et les modalités sont adaptés à notre initiative, pour bien prendre en compte les problématiques de zone, dans un dialogue confiant et de grande qualité avec les académies partenaires. J’invite les familles qui se poseraient encore des questions à s’adresser à leur établissement. Les diplômes seront bien décernés cette année, en ayant pleinement à l’esprit le calendrier universitaire international. Et je suis certain que nos élèves vont encore briller.

 

Je veux les assurer tous de la mobilisation totale de l’Agence

 

Avez-vous un dernier message à faire passer ?

Depuis le début de cette crise, la mobilisation de tous les acteurs du réseau est exemplaire. Plus que jamais, avec tous mes collègues que je remercie, je reste très attentif à la situation de chaque établissement, de tous les élèves et de leurs familles, et bien entendu des équipes qui font un travail extraordinaire. Je veux les assurer tous de la mobilisation totale de l’Agence, à leurs côtés, dans un dialogue de qualité avec chacune et chacun, pour que nous surmontions tous ensemble cette crise avec deux préoccupations majeures à l’esprit : la sécurité de tous et la réussite des élèves.

Damien Bouhours

Damien Bouhours

Diplômé de sociologie à l'Université de Nantes et Tromsø (Norvège), il a vécu plus d'une décennie en Asie du Sud-Est (Laos et Thaïlande). Il a rejoint lepetitjournal.com en 2008 dont il est directeur éditorial et partenariats.
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KRISS mar 26/05/2020 - 15:24

"Le plus petit grain de poussière est solidaire de notre système solaire tout entier (Bergson)"....Effectivement on a donc Jupiter mais on semble oublier le "système solaire" qui gravite autour. Il est donc bon de reprendre les éléments causes et conséquences de la SOLIDARITE d’une manière compréhensible pour chacun! Le Peuple... ah ben ouai ça commence mal, désolé mais ça existe ce truc là! Par nécessité d’une manière ou d’une autre, le Peuple va donc payer ce pactole jupito-européen dont vous vous félicitez d'un cœur léger et que vous distribuez à votre environnement électoral avec moult ronds de jambe "légère" évidement! Bien pour votre prochaine élection ou mal pour celle de votre adversaire, désolé la question n’est pas même là ! C'est plus haut, c'est l’argent des impôts du Peuple qui sort et jusque là tout le monde le comprendra ! Or cette SOLIDARITE NATIONALE dont vous parlez comme un livre, c'est 67 millions de solidarités individuelles en France ! Pour le peuple c'est donc durement compréhensible, il paiera tout! Mais pour vous? Cela semble devenir déjà moins palpable pour la politicaillerie générale française et elle-même addition de politicailles individuelles, elle semble l’ignorer totalement! On distribue donc et on attend louanges personnelles et basta! Je m’explique : Le Peuple ce porte-monnaie populiste « imposé » (sic) par l’Etat et son système solaire, va donc individuellement puis en famille devoir obligatoirement « s’imposer » (re-sic) des restrictions drastiques sinon chacun du Peuple sait qu'il ne s’en sortira pas! Ainsi contrairement à vous ici, qui ne faîtes que les comptes « SORTIES » pour quelques milliers d'individus seulement sur votre territoire électif, toutes les familles françaises vont devoir faire au plus juste les comptes de famille «ENTRÉES-SORTIES»!! Ben ouai les 2 mon Général et donc la solidarité c'est donc aussi les 2 mon Général, à la guerre comme à la guerre c'est comme ça ! Ben ouai à l'Etat Major on oublie! Conséquences alors pour les familles sur le champ de bataille: on s’apercevra que la retraite de la grand-mère devra payer les études de la grande fille, le grand-père oubliant ses rhumatismes bêchera les légumes du jardin, maman changera mi-temps pour plein temps, papa ira au boulot à vélo et le petit frère ne fera plus de tennis mais du jogging etc..etc.. Ben ouai, le « populisme » c’est ça au quotidien cher monsieur ! C’est ce "ça", cette gueuse surmultiplication de millions de fois, qui fait les budgets que vous vous prévalez de distribuer généreusement en Dieu créateur de petits pains tombés d'un ciel qui a les pieds citoyens sur terre ! Dieu Peuple telle est encore la Démocratie ne vous déplaise! Ainsi je vous propose donc ici, de changer l'optique démocratique qui peut vous rester et voir les 2 mon général! Voir si vous avez la décence de vous apercevoir que de nombreuses familles vont devoir ainsi dans un anonymat citoyen surmultiplié, se serrer la ceinture au niveau d'un nombril que d'autres utilisent pour se faire valoir! Oui, vous-mêmes, vos sbires et vos collègues de la grande famille solidaire des nantis , vous personnellement homme public et tous ceux qui « distribuent » l’argent des autres, vous et autres beaux parleurs, oui! Quand nous indiquerez-vous à part discourir ce vous faîtes VOUS pour la SOLIDARITE NATIONALE ? Ben ouai, en Dieu élu, vous distribuez les petits pains à vos électeurs certes mais notre populisme à nous, commence à en avoir marre que vous marchiez aussi sur l’eau pour noyer les poissons ! Ainsi ne serait-il souhaitable que vous tous hauts intervenants " distributeurs » dans le sens le plus large: caste de politicards, diplomates et enseignants du monde français expatriés, nous indiquiez par fonctions vos revenus ENTREES , inclus avantages en nature et frais et qu'elles SORTIES vous faites individuellement pour participer à cette « solidarité » dont vous avez plein la bouche. Ainsi seulement nous saurons que vous prenez conscience que d’autres, les populistes hommes femmes enfants vont avoir faim pendant que vous parlez la bouche pleine chaque mois, gavés quand vos émoluments tombent toujours payés par nous! N'est-ce claire Démocratie ? Ce média expat me semble habilité pour cette diffusion ! Alors courage, allez-y pour une fois! On attend donc avec impatience votre liste, vos chiffres IN/OUT pour donc juger qui est « solidaire » et qui ne l’est pas ! Voilà l’important qui importe aujourd'hui pas votre distribution de bons points et d'images! Cessez de communiquer les fanfreluches, aujourd'hui la surmultiplication OUT des bavards incompétents submerge la surmultiplication IN des citoyens payeurs , ils sont problèmes en France et pas d'autres ! Ainsi vite vite détrompez-nous!

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EL BAHRI mar 26/05/2020 - 13:57

En réalité, la qualité est bien médiocre de l'enseignement en ligne d'autant plus que le volume horaire (2heures/jour) est très insuffisant. En conséquence, les factures doivent obéir au rapport qualité prix.

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OlivierBCN mar 26/05/2020 - 11:44

Comme de nombreux parents, nous ne demandons pas d'aides. Nous souhaitons juste payer le service rendu. Nous ne demandons pas de l'argent pour nous aider à payer. Nous refusons juste de payer 100% de la facture et l'augmentation pour 2020/2021. Economiquement, c'est ideal, non ? Je ne sais pas ce que vous ne comprenez pas dans notre démarche cher Monsieur. Il est de plus inadmisible de nous demander d'éplucher nos relevés bancaires pour savoir si nous trichons ou pas. Arrêtez de nous prendre pour des enfants. Baisser le montant de la facture est juste et équitable pour tout le monde. Oú sont passés les sacro.saintes LIBERTÉ ÉGALITÉ FRATERNITÉ ??? Nous avons accepté le fait que nous n'allons pas faire de chiffre d'affaire durant ce drame sanitaire. Pourquoi l'AEFE n'en ferai pas de même ? Nous sommes tous dans la même tourmente, non ? Bien à vous.

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KRISS mer 27/05/2020 - 22:53

Je n’arrive vraiment pas à croire une telle innocence dans notre pays de 20 siècles d’expérience? D’un coté vous, vous dîtes perdre des revenus et de l’autre lui et les siens …baignent dans un processus politique qu’ils ont mis au point pour ne JAMAIS perdre PERSONNELLEMENT quoi qu’ils fassent et quoi qu’il arrive! Tous les mois ça tombe grâce à vous! En plus ce n’est pas vous mais eux qui définissent les règles, comment les appliquer et à qui ! La nature humaine , vous connaissez? Vous lisez un peu ? Reste la conscience alors ! Si on la ressent avec plaisir dans votre commentaire, eux aujourd’hui n’ont plus même l’idée de la moralité, de l’éthique, de la conscience citoyenne etc etc ...Pour eux c’est du passé ringard ces trucs là ! Quand allez-vous ouvrir les yeux sur le monde où nous vivons ? Non nous ne sommes pas tous EGAUX dans la même tourmente ! Coupables de cette situation pas eux donc mais vous qui fermez les yeux et vos enfants eux paieront votre aveuglement ! Vraiment désolé d’être si rude!

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Pierre mar 26/05/2020 - 09:04

Très vite on se rend compte que cette continuité pédagogique ne peut se faire sans l’aide des parents, qu’elle est chronophage pour les équipes pédagogiques et pour les parents. Ces derniers sont devenus des supplétifs indispensables d’un système mal ficelé, imposé par l’urgence. Tout le monde le reconnaît au bout de cinq mois : • cet enseignement à distance ne remplacera jamais l’enseignement présentiel, • la situation est anxiogène pour tous, enseignants et familles, elle ne peut s’inscrire dans la durée, • l’absence de stratégie sur le numérique à l’école ne nous a pas permit d’anticiper et de faire la bascule sur l’enseignement à distance, • le manque de formation de nos enseignants aux outils numériques nous a pénalisé fortement, • le manque d’investissements dans des outils numériques pour nos élèves et nos enseignants, a limité grandement notre temps de réaction, et surtout à empêcher toute anticipation quand l’extension de la pandémie a gagné le reste du monde. Quand au concept de solidarité imposée par Mr Brochet, chapeau! En revanche, il n'a pas expliqué comment les expatriés, les résidents, ainsi que les personnels de l'AEFE en France comptaient participer à cette solidarité. Bizarre?

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