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Jacky Deromedi : « Les Français à l’étranger sont des proies faciles »

Par Selma Djebbar | Publié le 27/11/2019 à 04:00 | Mis à jour le 04/12/2019 à 21:23
Photo : ©Sénat/Sonia Kerlidou
Jacky Deromedi

La sénatrice Les Républicains, Jacky Deromedi a accepté de nous accorder un entretien, dans lequel elle revient sur le rôle des conseillers consulaires, l'enseignement français et les discriminations que subissent les Français à l’étranger.

 

lepetitjournal.com : Qu'attendez-vous du moratoire et de l'étude d'impact qui ont été adoptés le 16 octobre dernier par l'Assemblée nationale ?

Jacky Deromedi : Un des points que je trouve discriminatoire est la différenciation qui est faite entre les résidents de l'UE et les résidents hors-UE par rapport à la CSG-CRDS. Ceux qui résident à l'intérieur de l'UE ont eu la possibilité de recourir à la Cour de Justice de l’Union européenne et ont eu gain de cause. En revanche, les résidents en dehors de l'UE, ne peuvent recourir qu’au Conseil Constitutionnel qui n'a pas jugé cette distinction discriminatoire.

Il paraît compliqué de discuter ces points avec un Ministre qui cache la réalité de cette contribution sociale en prétendant qu'il s'agit d'un impôt. Les Français résidant en dehors de l'UE ne devraient pas payer 17,20% de prélèvements en plus des 20% prélevés à la source, cela risque de modifier considérablement le train de vie de certains retraités.

Ce moratoire, reporte d'un an la mise en place de ces mesures préjudiciables, le temps que tout le monde oublie et que les tensions se calment. Au bout d'un an, les gens oublient !

Pensez-vous que les Français à l'étranger sont les mal-aimés du gouvernement ?

Je ne crois pas qu'ils sont mal-aimés, je crois qu'ils sont des proies faciles. En France, quand une profession se sent attaquée elle s'organise et a les moyens de protester et de se faire entendre. Pour un Français à l'étranger, il peut ne pas être d'accord et ça s'arrêtera là... Son seul recours étant d'avoir des élus qui portent sa voix à condition de pouvoir discuter avec toutes les parties.

En ce moment, il n'est pas simple de s'opposer à un projet ou une proposition de loi émanant de la majorité. Les votes se font en bloc, j'ignore si c'est dû à une forme de pression mais c'est dangereux. Nous travaillons des mois sur des propositions de loi avec la certitude qu'elles seront retoquées à l'Assemblée Nationale. Cela donne l'impression de travailler pour rien.

 

Il faudra faire preuve de prudence et s'assurer de la qualité de l'enseignement.

La réforme de l'AEFE prévoit désormais d'ouvrir l'enseignement à l'investissement privé étranger. Assistons-nous à une privatisation ?

C'est positif que notre réseau soit assez attractif pour que des investisseurs étrangers s'y intéressent. Pour que ces investisseurs obtiennent une homologation, les critères de sélection ont été réduits de dix à six. C'est peut-être suffisant, mais il faudra faire preuve de prudence et s'assurer de la qualité de l'enseignement.

Il faudrait également s'assurer que l'investisseur ne fasse pas du dumping pour concurrencer les établissements français, ou qu'il ne décide pas sans préavis de mettre la clé sous le paillasson parce que l'établissement n'est pas assez rentable. Il faudrait une charte éthique, un contrat moral auquel l'investisseur souscrirait. Cela dit, la volonté de faire rayonner l'enseignement français, de doubler le nombre d'élèves, je trouve cela très bien.

Une table ronde a été consacrée à l'école inclusive lors de la Semaine des Lycées Français, c'est une question qui vous tient à cœur, où en est le réseau AEFE ?

Les parents qui ont des enfants à besoins particuliers et qui n'ont pas les moyens d'inscrire leurs enfants dans un établissement français sont confrontés à un double problème. Ils devront inscrire leur enfant dans un établissement local et perdent leur droit à bénéficier d'une bourse.

Si l'enfant ne peut pas être inscrit dans un établissement français parce que l'établissement n'est pas en capacité de l'accueillir, l'enfant devrait pouvoir continuer à bénéficier de la bourse.

En France aussi, il faudrait construire plus d'établissements de ce genre. Il y a des familles qui s'expatrient pour une meilleure prise en charge de leurs enfants, notamment en Belgique où j’ai d’ailleurs effectué un déplacement sur ce thème en septembre. Rendre les établissements français inclusifs serait une opportunité de créer des emplois et de permettre aux familles d’éviter bien des désagréments.

Le statut du Conseiller consulaire mérite d'être plus clair.

Dans votre Proposition de loi relative aux Français établis hors de France, vous insistez sur un changement de statut des « Conseillers consulaires », pouvez-vous nous en dire plus ?

Le statut du Conseiller consulaire mérite d'être plus clair. Ils sont souvent confondus avec le personnel du Consulat. Encore aujourd'hui, alors que le dispositif existe depuis cinq ans, on me demande ce qu'est un conseiller consulaire, quelle est sa mission ? Je rappelle à chacun de mes déplacements qu'ils sont les premiers interlocuteurs des Français de l'étranger.

Je propose donc de remplacer l’expression « conseillers consulaires » par « conseillers des Français de l’étranger » Ces élus sont en effet « conseillers » à un double titre, « conseillers » parce qu’élus du suffrage universel direct à part entière tout comme les conseillers des collectivités territoriales, « conseillers » également parce que leur rôle principal auprès de leurs électeurs consiste effectivement à aider nos compatriotes expatriés qui les sollicitent dans leurs diverses démarches.

Quelle est la stratégie du groupe Les Républicains pour les élections consulaires ?

Notre stratégie est la même que pour les autres élections à venir. Nous souhaitons avoir des candidats dans toutes les circonscriptions et réinstaurer un climat de confiance avec notre parti.

Une partie des Français est désabusée de la politique, une tendance à mettre tout le monde dans le même sac et à se tourner vers les extrêmes. C'est là que je trouve la politique du Président Macron dangereuse, car finalement il ne laisse de place à aucune alternative politique à part Marine Le Pen. On se rend compte que plus ça va, plus le Rassemblement National se renforce.

Les partis traditionnels comme le Parti Socialiste, la Droite républicaine, le mouvement écolo devraient toujours exister et jouissent encore d'une représentativité. Les faire disparaître, c'est conduire à choisir entre le moins pire des deux. Jusqu'à présent, le moins pire est La REM mais la colère commence à gronder et il n'est pas exclu que certains succombent au vote radical.

En ce qui concerne Les Républicains, il faudrait éviter de recourir à des primaires et faire en sorte, et ce sera notre travail pour les deux ans et demi à venir, de se coaliser autour d'un seul candidat-e. capable de porter le programme d'une droite républicaine et sociale.

Pour consulter la PPL : PPL - Français à l'étranger

Selma Djebbar Journaliste

Selma Djebbar

Traductrice de formation, diplomate spécialisée dans les pays d'Europe du Sud et aujourd'hui stagiaire en Journalisme - ESJ Paris -
1 Commentaire (s)Réagir
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romain ven 06/12/2019 - 05:34

elle met les ecolos dans la case parti normal ?

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