Antonin JN : « Traverser l’océan à la force du vent est un sentiment indescriptible » premium

Par Natacha Marbot | Publié le 08/06/2022 à 18:00 | Mis à jour le 08/06/2022 à 18:01
Photo : © Antonin Jean
Antonin JN sur un voilier pendant son tour du monde

Qui n’a jamais rêvé de parcourir le monde et ses océans d’une façon tout à fait unique ? Antonin Jean, jeune Nantais et réalisateur de la chaîne YouTube Antonin JN est parti en novembre 2021 pour un tour du monde en bateau-stop d’au moins trois ans. Un voyage aussi agité que les océans qu'il a pu parcourir et qu'il partage avec brio aux plus jeunes générations pour participer à son échelle "à la sauvegarde de notre planète". 

 

Quel est l’itinéraire de votre tour du monde ?

Faire le tour du monde : hier, c'était un exploit, aujourd’hui on le boucle en quelques dizaines d'heures d'avion, d'hôtels climatisés en palaces. Mais que voyons-nous ? Je voulais connaître les Hommes et comprendre le monde qui m'entoure. 

Pour cela j'ai décidé de réaliser un tour du monde en stop, le long des routes et des océans. Un défi pour lequel je me suis fixé 3 ans au minimum. Je suis parti en novembre dernier de Nantes. Je suis descendu jusqu’à Cadix au sud de l'Espagne puis j'ai rejoint les Îles Canaries en ferry. Ensuite j'ai trouvé un voilier pour me rendre en Martinique en passant par le Cap vert ! Après avoir passé deux mois là-bas nous avons trouvé un voilier anglais avec lequel nous avons traversé le sud des Caraïbes. Aujourd'hui nous sommes à Sainte Lucie en direction de la Colombie ! 

 

En montrant la beauté et la fragilité de notre planète, les enfants prennent conscience de notre nécessité absolue de la préserver.

Quelles sont les origines de votre chaîne YouTube et de votre association ?

L'idée du projet est de partager mon vécu avec toutes les générations, je raconte mon aventure sur ma chaîne YouTube "Antonin JN", c'est un véritable projet audiovisuel car mon objectif est d'en vivre ! Mon envie de transmission s’adresse particulièrement aux jeunes générations : 5 écoles primaires françaises suivent le voyage. Je parle des différents endroits du monde et cultures que je rencontre pour faire découvrir aux élèves la diversité qui existe sur la Terre. Je fais cela afin de leur donner le goût de l'aventure, et de la découverte de l'autre.

 

 

Le projet en est déjà à sa première année et les résultats sont remarquables ! En montrant la beauté et la fragilité de notre planète, ces élèves prennent conscience de notre nécessité absolue de la préserver. La moyenne d'âge est de 8 ans, c’est un moment charnière dans la construction des idées et des futurs réflexes. C'est pourquoi cette mission me tient tant à cœur. A mon échelle, je veux essayer de participer à la sauvegarde de notre planète.

 

Antonin Jean faisant du stop autour du monde
© Antonin Jean 

 

Quel a été le déclic pour votre moyen de transport particulier, le bateau-stop ?

Je ne parlerais pas d'un déclic pour le bateau-stop mais d'un déclic pour faire du stop de manière générale ! J'ai compris son importance quand j'avais encore 16 ans, je voulais rejoindre un ami en vacances et je n'avais pas de moyen de transport… alors j'ai fait du stop pour la première fois ! À cette époque je pensais que l'avantage était purement économique et pratique. J'ai vite compris que les rencontres et les opportunités engendrées par le stop en était le principal atout ! 

Je suis très vite tombé amoureux du co-voyage et j'ai enchaîné les voyages en stop : tour d'Islande, Nantes-Budapest, Nantes-chamonix aller-retour etc..

Après quelques années, l'idée de faire le tour de la planète en stop est venu comme une évidence.. c'est en lisant le livre de Ludovic Hubler Le monde en stop que j'ai appris l'existence du bateau stop et de la possibilité de faire le tour de la Terre intégralement et sans avion ! Je croyais que le stop était de l'ordre du terrestre. Je me suis alors lancé dans cette aventure folle sans trop m'y connaître en quoi que ce soit.

 

Côte des Caraïbes
© Antonin Jean 

 

L’aspect écologique est-il déterminant dans votre manière de faire le tour du monde ?

Le côté écologique est très important dans cette démarche. L'avion est de loin le moyen de transport le plus polluant. 5% du réchauffement climatique est provoqué par le secteur aérien.. 

J'ai d'ailleurs créé une association "Sur les sentiers de la connaissance" avec ce voyage pour sensibiliser des jeunes sur ce sujet. 300 jeunes d'écoles primaires me suivent. Traverser un océan à la seule force du vent est un sentiment indescriptible que je conseille à tout le monde ! 

 

Antonin Jean sur un voilier
© Antonin Jean 

 

Pouvez-vous nous raconter une ou deux anecdotes que vous avez vécu depuis le début de vos aventures ?

Des anecdotes, ce genre de tour du monde en regorge !
 

Les lumières de l’océan 

Je commence par notre première grande navigation de 6 jours entre les Îles Canaries et le Cap vert. Je suis en train de faire mon quart (période durant laquelle on s'alterne à tour de rôle pour surveiller le bateau la nuit) pour la première fois. Sur Terre et en l'espace de quelques décennies la pollution lumineuse a augmenté de 90%. Les villes envahissent la voute céleste. Les nébuleuses et galaxies se noient dans le jaune écœurant des constellations de lampadaires. Ici à plus de 1500 kilomètres des terres, elles se dévoilent complètement, et je n'avais jamais vu les étoiles briller autant. 

Après avoir longuement regardé le ciel, mes cervicales m'obligent à baisser la tête. Je crois devenir fou, dans les vagues et remous du bateau des milliers de lumières bleutées apparaissent puis disparaissent dans un balai ininterrompu et bien organisé. Je découvre alors le phénomène de bioluminescence. Les eaux que nous traversons sont pleines de phytoplanctons et au passage du bateau ces petits organismes s'agitent et deviennent une source lumineuse. Je ne comprends pas, comment ai-je pu passer à côté de cela ? Les lumières sidérales se confondent avec les lumières océaniques et ne font plus qu'une. C'est extraordinaire, le spectacle impose le silence.

Mais cela ne suffisait pas.. après de longues minutes une dizaine de dauphins sont venus interrompre le silence pour jouer avec la proue du bateau. Au passage de ceux-ci, j'observe de longs tube lumineux, comme des torpilles : les millions de petits organismes s'agitaient autour de ceux-ci. Ils sont restés 40 minutes. Ce fut un des plus beaux moments.

À cet instant, je me suis senti profondément heureux, j'avais réussi à trouver ce que j'étais venu chercher avec ce voyage. 

 

Voilier sur l'océan
© Antonin Jean 

 

Panne au milieu de l’Atlantique

C'était en plein milieu de l'océan Atlantique. Je me réveille la nuit, les vagues sont coiffées d'écume, la proue s'enfonce dans les creux dans des plaintes sourdes. La nuit, chaque bruit est démultiplié, les sensations deviennent plus intenses. Le bois craque, les cordages prennent de la tension, tous les bruits possibles et imaginables apparaissent. Les premières nuits avec 30 nœuds de vent établi nous dormirons peu, trouver sa position dans le lit relève de l'exploit, dès que le bateau se couche un peu trop on se retrouve projeté de l'autre côté de notre couchette. L'adrénaline monte dans nos veines à chacune de ces secousses.

C'est dans une de ces nuits que le pilote automatique a décidé de lâcher.. c'est un élément clé de la sécurité. Il nous permet de nous reposer et de ne pas barrer sans arrêt. Le bateau tourne alors brusquement de bord, on prend les vagues de face, les voiles faseyent violemment.

Pourquoi le pilote est-il tombé en panne ? On trouve rapidement la réponse, les batteries sont HS, elles n'arrivent pas à fournir la puissance nécessaire au pilote. Nous ne comprenons pas bien, tout s'enchaîne très vite. 

On allume le groupe électrogène pour redonner de la puissance aux batteries. Mais rien, le groupe électrogène n'arrive pas à charger les batteries, puis il cale...
 

Antonin Jean à la barre d'un bateau
© Antonin Jean 

 

Ensuite le blackout : Avec la batterie qui chute, tous les instruments s'éteignent, plus de GPS, plus de VHF, plus de pompe de cale, tout s'éteint. On allume alors le moteur en urgence pour charger les batteries avec l'alternateur. Au bout de quelques minutes le moteur cale à son tour.

Quelle probabilité pour avoir une panne mécanique juste après une panne électrique ? Le tout sans avoir notre unique moyen de communication avec la terre en cas d'urgence car notre système satellite venait de tomber en panne !

Laurent, le skipper fonce dans le moteur, il pense que le problème doit venir du circuit d’essence.

Après trois heures nous trouvons enfin la solution : une poire du circuit était légèrement bouchée. On rallume le moteur, puis le groupe : ça marche, nous pouvons enfin charger les batteries.

Le problème électrique ne sera quant à lui pas résolu : il faudra maintenir les batteries à plus de 95% constamment. La nuit nous ne pourrons pratiquement plus utiliser le pilote auto, nous nous relaierons à la barre. Le jour, les panneaux solaires suffiront à maintenir la puissance nécessaire au pilote auto. Plus de peur que de mal, ce fut une sacré expérience que j'ai pu filmer ! (nldr : à partir de la minute 25 de la vidéo ci-dessous)

 

 

Avez-vous eu des appréhensions sur le fait d’être avec des inconnus sur un bateau pendant une longue durée ?

Je n'ai jamais eu d'appréhensions sur ce sujet, ma naïveté en est sûrement la cause ! En revanche j'avais quelques règles simples : il est très important de bien connaître l'équipage avant d'embarquer et d'être sûr de la capacité du capitaine et du bateau à vous emmener à bon port. Il faut rester vigilant car on trouve de tout sur les ports ! Et ça marche dans les deux sens. 

Mon voyage en stop me force à être constamment auprès d'inconnus, je crois que ça m'aide sur ce sujet ! Le bateau-stop doit plutôt être vu comme un voyage en soi qu'un moyen de transport. Si tel est le cas et que vous avez une sensibilité pour l'univers marin, effectivement, c'est une très belle alternative que je recommande à tout le monde !

natacha marbot

Natacha Marbot

Natacha Marbot, étudiante rennaise diplômée d’un master de Relations internationale à l’Inalco en 2022, russophone et spécialisée sur l’espace post-soviétique. Elle a rejoint l’équipe de rédaction internationale pour un stage d’avril à juillet 2022
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