Édition internationale

Vinatier libéré, qui sont les otages français encore détenus à l’étranger en 2026 ?

L’annonce de la libération de Laurent Vinatier le 8 janvier 2026 est une victoire pour la diplomatie française. Elle remet aussi en lumière une réalité plus large et complexe : celle des ressortissants français détenus à l’étranger sans qu’il n’existe de liste officielle et publique établie par le ministère des Affaires étrangères. Reste-t-il des otages français en 2026 ?

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Écrit par Capucine Canonne
Publié le 8 janvier 2026

 

Laurent Vinatier, chercheur spécialiste de l’espace post-soviétique, a été libéré le 8 janvier 2026. Sa libération a été annoncée par le service de sécurité russe (FSB) et intervient dans le cadre d’un échange de prisonniers. Selon un décompte sans liste officielle, au moins trois Français étaient encore détenus dans des conditions sensibles au début du mois de décembre 2025 : Martin Ryan en Azerbaïdjan, ainsi que Christophe Gleizes en Algérie. 

 

La Russie libère le chercheur français Vinatier en échange d'un basketteur russe

 

 

 

Laurent Vinatier, une libération au terme d’un échange diplomatique

Chercheur spécialiste de l’espace post-soviétique, Laurent Vinatier, 49 ans, a été arrêté en Russie en juin 2024. Il travaillait alors pour une ONG suisse spécialisée dans la médiation de conflits internationaux, notamment autour de l’Ukraine. Condamné à trois ans de prison pour ne pas s’être enregistré comme « agent de l’étranger », il faisait ensuite face à une procédure bien plus grave pour espionnage, un crime passible de vingt ans de prison en Russie. La France a toujours qualifié sa condamnation d’« arbitraire ».

En contrepartie de sa libération, le basketteur professionnel russe Daniil Kasatkin, détenu en France depuis juin 2025 à la demande de la justice américaine pour des soupçons de participation à un réseau de hackers, a été renvoyé en Russie. Le FSB a diffusé des images montrant Laurent Vinatier quittant un centre de détention après avoir été informé de sa grâce présidentielle par Vladimir Poutine, avant son retour en France, où il a été accueilli au Quai d’Orsay.

 

 

 

 

Azerbaïdjan et Algérie, des détentions sous tension

En Azerbaïdjan, un Français, Martin Ryan, demeure incarcéré. Le chef d’entreprise franco-britannique est détenu depuis décembre 2023 et accusé d’espionnage par les autorités locales. En Algérie, le cas de Christophe Gleizes s’inscrit également dans une relation bilatérale tendue. Le combat pour la libération du journaliste français a franchi un nouveau seuil mi-décembre 2025, avec le dépôt officiel d’une demande de grâce adressée au président de la République algérienne, Abdelmadjid Tebboune. Cette démarche, initiée par sa mère, Sylvie Godard, intervient après la confirmation en appel, le 3 décembre 2025, d’une condamnation à sept ans de prison ferme à la prison de Tizi Ouzou. En parallèle, la mobilisation en France ne faiblit pas. 

 

Demande de grâce au cœur de la mobilisation pour le journaliste Christophe Gleizes

 

 

 

 

La diplomatie d’otages, les humains comme monnaie d’échange

Le 4 novembre 2025, Cécile Kohler et Jacques Paris sont libérés de prison mais restent assignés à résidence dans l'ambassade de France à Téhéran. Leur situation illustre bien la notion d’otage d'État, tout comme Laurent Vinatier, échangé contre un basketteur russe. Selon la géopolitologue Carole André-Dessornes, spécialiste des rapports de force et chercheuse associée à la FRS que nous avions interrogée en novembre 2025, les objectifs de la diplomatie d’otages sont clairs : “C’est une monnaie d’échange. Cela permet d’obtenir la libération de prisonniers, des rançons, ou un changement de politique étrangère.”  

 

Cécile Kohler et Jacques Paris toujours victimes de diplomatie des otages en Iran

 

La libération de Laurent Vinatier  est certes une victoire diplomatique ponctuelle, mais souligne la complexité et la fragilité de la situation des Français privés de liberté à l’étranger. Une question délicate se pose : est-ce légitime pour un État de pratiquer à son tour une forme de diplomatie des otages, même pour sauver ses ressortissants ? “La diplomatie des otages est le reflet d’un déséquilibre profond : celui d’un monde où les États utilisent des vies humaines comme instruments de pouvoir.” conclut la chercheuse.

 

kholer et Paris libérés mais toujours en Iran

 

 

Des otages au sein d’un ensemble bien plus large de détenus

Ces situations, très médiatisées, ne représentent toutefois qu’une infime partie des Français incarcérés hors de France. Selon les données gouvernementales, plus de 1.500 ressortissants français étaient détenus à l’étranger au 31 décembre 2024, un chiffre relativement stable par rapport aux années précédentes. 

 

Au 31 décembre 2024 49 % des détenus français se trouvent en Europe occidentale, 14 % en Afrique du Nord, 8 % en Afrique subsaharienne, 11 % sur le continent américain, 8 % en Asie-Océanie et 6 % au Moyen-Orient. Parmi eux, trois Français sont toujours condamnés à la peine capitale dans le monde, selon le rapport gouvernemental au 31 décembre 2024. 

 

 

Affaire Tom Félix en Malaisie : deux ans d’attente, deux ans d’oubli

 

 

La grande majorité de ces détentions relève du droit commun, avec des situations extrêmement variées allant du séjour illégal à des accusations criminelles graves, nécessitant un suivi consulaire individualisé. C’est le cas de Tom Félix, dont notre rédaction à Singapour suit de près l’évolution. Tom Félix, 33 ans, est détenu en Malaisie depuis août 2023 après la découverte de cannabis dans son logement à Langkawi. Bien que son colocataire l’ait disculpé, il reste emprisonné à Perlis dans le nord de la Malaisie. Il encourt la peine de mort ou 104 ans de prison. 

 

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