Confronté à une crise budgétaire majeure, le réseau de l’enseignement français à l’étranger s’engage dans une réforme structurelle annoncée comme profonde. Tandis que plusieurs missions parlementaires sont lancées pour éclairer et orienter cette transformation, les acteurs du réseau sont appelés à s’exprimer pour une réforme structurelle de l’AEFE, alors que les décisions pour la rentrée 2026 se préparent déjà.


Une réforme structurelle de l’AEFE en réflexion depuis 2025
Depuis juillet 2025, l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Étranger (AEFE) est confrontée à une crise budgétaire majeure qui pèse désormais fortement sur l’équilibre financier du réseau scolaire français à l’étranger. Une première tentative de réforme avait été envisagée en juin 2025. Elle prévoyait de transférer entièrement le coût des pensions civiles vers les établissements scolaires, ce qui aurait mécaniquement augmenté la contribution des familles. Cette mesure avait toutefois été suspendue après l’intervention de l’ancien ministre chargé des Français de l’étranger, Laurent Saint-Martin, sous pression des fédérations de parents d’élèves et syndicats. Une phase de concertation interministérielle avait alors été engagée pour réfléchir à une réforme plus globale du modèle économique de l’AEFE. Fin novembre 2025, l’Agence revient avec une proposition visant entre autres à faire supporter aux établissements une part du financement des pensions civiles via une nouvelle contribution.
Lycées français à l’étranger : l’AEFE veut engager une réforme en profondeur
A la suite du conseil d’administration de l’AEFE du 18 décembre 2025, la décision a été actée de faire supporter aux établissements une part significative du financement des pensions civiles du personnel rattaché à l’AEFE. Cette évolution suscite d’autant plus de critiques que son entrée en vigueur est annoncée avec effet dès janvier 2026. Cette orientation a provoqué une mobilisation des associations de parents d’élèves et ne laisse pas de marge de manœuvre aux établissements pour se réorganiser, prévenus “à la dernière minute”.
AEFE : pourquoi la réforme budgétaire inquiète les associations de parents d’élèves ?

Des missions parlementaires sur le réseau et la réforme AEFE
Face aux inquiétudes croissantes de familles partout dans le monde d’augmentations de frais scolaires, le Sénat décide de nommer quatre rapporteurs pour une mission d’information sur le réseau : Mathilde Ollivier, Sénatrice des Français établis hors de France, Georges Patient, Sénateur de Guyane, Claude Kern (Bas-Rhin) et Yan Chantrel, sénateur des Français établis hors de France. Cette mission se fixe trois objectifs : faire la lumière sur les conséquences des coupes budgétaires des trois dernières années, évaluer les objectifs et les moyens pour y parvenir - en particulier celui de doubler les effectifs à horizon 2030 - et défendre un enseignement français à l’étranger accessible à tous. “Cette mission transpartisane permettra un état des lieux des réalités vécues par les familles, les élèves et le personnel, partout dans le monde” précise Yan Chantrel sur les réseaux sociaux. Les dates et le calendrier n’ont pas été communiqués à ce jour.
Parallèlement, une mission parlementaire est confiée par le gouvernement à la sénatrice des Français de l’étranger, Samantha Cazebonne. Sa mission est d’aboutir à une réforme structurelle de l'AEFE en proposant “de nouvelles orientations et de nouvelles manières de fonctionner. L’AEFE a montré son essoufflement, pour ne pas dire plus”, selon ses termes lors d’une entrevue avec lepetitjournal.com le 9 février 2026. Son rapport doit être remis mi-juin 2026.
Etre en mission parlementaire, quesaco ? Sous la Ve République, un « parlementaire en mission » est un député ou un sénateur temporairement chargé par le président de la République ou le Premier ministre de travailler sur un sujet précis. Cette fonction constitue une exception au principe de séparation des pouvoirs, l’élu conserve simultanément son mandat parlementaire et son activité législative. La mission est limitée à six mois. Si elle se prolonge au-delà sans renouvellement officiel, l’élu est remplacé au Parlement par son suppléant ou le suivant de liste.
Les grandes étapes de la mission parlementaire pour une réforme AEFE
Interrogée par la rédaction le 9 février, la sénatrice Samantha Cazebonne a donc pour objectif “de délivrer un rapport abouti entre le 15 et le 30 juin […] avec des recommandations qui iront dans les détails”. Mais avant cette échéance, une étape intermédiaire est fixée à début avril par le Premier ministre, avec “un socle commun de mesures qui vont faire que les acteurs vont se retrouver sur ces grandes bases”. Entre-temps, Samantha Cazebonne a reçu une demande pour une audition en commission lors de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE) début mars 2026 à laquelle elle déclare assister.
Généralement sélectionné pour son expertise dans le domaine concerné, le parlementaire en mission apporte au gouvernement une connaissance concrète du terrain. Les rapports qu’il remet peuvent ensuite servir de base à l’élaboration de réformes, de lois ou de politiques publiques. Depuis la mise en place de la Ve République, environ 900 parlementaires ont exercé ce type de mission temporaire.

Comment s’organise concrètement la mission parlementaire ?
La parlementaire affirme vouloir associer l’ensemble des acteurs du réseau à ses travaux. “J’ai pris l’engagement de parler avec l’ensemble des acteurs”, insiste-t-elle, expliquant qu’elle souhaite “entendre le maximum qu’il m’est possible d’entendre de personnes ou de lire des contributions”.
Leur parole des élèves sera-t-elle intégrée à la mission ? “Oui, un groupe de travail spécifique pourrait être constitué...
La sénatrice veut également créer des groupes de travail thématiques ouverts aux membres de la communauté éducative. “Il existe des personnes qui ne sont pas syndiquées et elles ont droit à s’exprimer également”, affirme-t-elle, précisant que ces groupes devront formuler “un certain nombre d’orientations, de propositions sur la thématique en question”. Dans ses prises de parole, la sénatrice répète placer l’intérêt supérieur des élèves dans tous les établissements français à l'étranger en boussole. Leur parole sera-t-elle intégrée à la mission ? “Oui, un groupe de travail spécifique pourrait être constitué, probablement composé d’”une quinzaine d’élèves” nous précise-t-elle, soulignant que les consultations porteront aussi sur les rythmes scolaires, l’adaptation locale de l’enseignement et l’orientation post-bac. Selon elle, les contextes culturels et géographiques sont tout aussi importants à prendre et donc la parole de ceux qui les vivent est essentielle.
Pour faciliter cette participation, une consultation via WhatsApp et les réseaux sociaux a été mise en place. “Deux questions très simples sont posées chaque semaine.” Pour y participer, rendez-vous sur le lien whatsapp en cliquant ici. Samantha Cazebonne explique la démarche : “cela va me permettre de pouvoir appuyer une tendance. C’est comme un outil démocratique, un indicateur.”
Mes propositions ne seront pas du tout […] celles de la continuité d’un modèle qui se réajuste

Mais il y a urgence à réformer l’AEFE…
La réforme à venir doit pouvoir concilier la réalité terrain, la qualité de l’outil éducatif à l’étranger mais aussi permettre à l’AEFE de rester un instrument d’influence diplomatique “Aujourd’hui, son fonctionnement ne permet pas de tenir sur le moyen et long terme. L’AEFE a 35 ans…Est-ce que vous souhaiteriez rouler encore dans une voiture d’il y a 35 ans sans avoir remis un certain nombre de nouveautés ?" Et de conclure : “Mes propositions ne seront pas du tout […] celles de la continuité d’un modèle qui se réajuste", désirant poser les bases “d’une nouvelle génération AEFE à créer”. Mais il y a urgence, les décisions liées à la rentrée 2026 sont déjà en train d’être prises…
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