Édition internationale

La montée de la tendance « No kids » dans le monde

Voyager, sortir ou se détendre sans enfants : un phénomène qui séduit de plus en plus d’adultes. Cafés, hôtels, campings, trains… Partout, apparaissent des espaces « no kids ». Derrière cette demande, il y a un désir de calme mais aussi un questionnement sur nos rapports à l’enfance dans la société. Tour du monde de la tendance qui fait débat dans certains pays.

enfant pleursenfant pleurs
©Ricardo IV Tamayo
Écrit par Manal Oumaline
Publié le 20 février 2026, mis à jour le 22 février 2026

 

 

 

Les « no kids zones » sont des espaces où les enfants ne sont pas admis. L’idée est simple : offrir aux adultes un moment de calme et de tranquillité. Plusieurs établissements comme les cafés, restaurants, hôtels, campings ou trains peuvent adopter cette politique. Cette tendance reflète surtout un désir simple : retrouver du calme. Pour beaucoup, il s’agit d’échapper au bruit et aux contraintes liés aux enfants, de profiter pleinement de moments de détente ou de visites culturelles sans interruptions. Mais c’est aussi une manière de réclamer un confort pensé pour soi, où les services s’adaptent aux attentes de chacun et où l’on peut savourer ses vacances ou ses sorties exactement comme on l’entend.

Selon Gilbert Cisneros, fondateur de l’agence de voyages Exotismes, la demande existe depuis longtemps, mais elle s’est totalement décomplexée ces dix dernières années. Les adultes osent désormais réclamer des lieux sans enfants et les établissements répondent de plus en plus à cette demande.

 

La tendance “no kids” discrimine t-elle les familles ? Pour de nombreux parents, les espaces « no kids » donnent l’impression de mettre leurs enfants à l’écart. Il devient parfois difficile de trouver un restaurant accueillant une poussette, ou de profiter d’un café sans se sentir jugé si l’enfant fait un peu de bruit. Ce refus (implicite ou non) génère un sentiment de ne plus être les bienvenus dans certains espaces. Au-delà des lieux concernés, c’est l’idée même que les enfants peuvent déranger qui heurte. Ce phénomène alimente un malaise plus large sur la place des enfants dans la société et interroge sur la montée de l'intolérance des enfants dans les espaces publics. 

 

No kids, une pratique répandue dans le monde

La Corée du Sud est aujourd’hui le pays où cette pratique est la plus développée. Des restaurants, cafés ou bars affichent ouvertement « No kids zone » sur leur devanture et parfois même sur le menu. Mais le concept fait débat : le ministère de la Santé et des Affaires familiales coréen a lancé, en 2024, une campagne pour lutter contre ces zones et promouvoir une culture favorable à l’éducation et à la fécondité, qui est très basse dans le pays (0.70 enfant par femme en moyenne, contre 1.62 en France, en 2024). La Commission nationale coréenne des droits humains a jugé en 2017 que ces zones étaient discriminatoires. Au Japon, cette pratique de mise à l’écart est courante. Dorozoku, une carte interactive réalisée par des internautes recensant au moins 600 lieux interdits aux mineurs, dont certains musées et bibliothèques.

En Europe, la tendance existe également depuis plusieurs années. En Espagne, la chaîne d’hôtels Adultsonly s’est spécialisée dans les chambres réservées aux adultes. Les premiers établissements ont ouvert dans les îles Canaries et Baléares, avant de se développer en Grèce, Allemagne, Autriche, Italie, et même en France, avec un hôtel en Bourgogne et une chambre d’hôtes dans le Périgord. En Italie, la compagnie de transport Trenitalia applique un principe de dissociation avec ses voitures « Allegro » pour les familles et « Silenzio » pour les adultes en recherche de calme.

Le phénomène touche également l’Amérique latine. Au Mexique, des complexes hôteliers de luxe (les fameux hôtels Adults Only). Lors de l’inscription, les mineurs ne peuvent pas réserver une chambre, même en étant accompagnés d’un adulte. Cela garantit à leurs clients qu’ils ne croiseront aucun enfant, ainsi des vacances plus calmes et reposantes.


 

La tendance “No Kids” en France fait débat 

​​En France, la tendance reste marginale mais se développe. Selon le syndicat Entreprises du voyage, les offres « adult only » représentent seulement 3 % du marché. La Fédération nationale de l’Hôtellerie de plein Air recense une vingtaine de campings de ce type sur 7.400 ; des campings où le calme et le silence sont mis en avant, sans animation, ni aires de jeux.

 

quai père fils attendent train gare
©Xie lipton

 

En janvier 2026, la compagnie de transport SNCF teste des espaces calmes réservés aux voyageurs de plus de 12 ans, pour limiter le bruit dans les trains. Cette initiative suscite une polémique sur la légitimité d’exclure certains publics. 

 

Début janvier, la SNCF a lancé sa nouvelle offre Optimum. La compagnie entend offrir un espace calme et sans enfants (âgés de moins de 12 ans) aux voyageurs. Mais cette nouvelle tendance "No kids" a suscité l'indignation. Cette offre n’est pas une offre inédite, en effet elles sont accessibles à partir de 12 ans, ce qui était déjà le cas dans l'offre Business Première de la société. 

 

Malgré cette expansion, la France reste attentive à l’inclusion des enfants. En juin 2025, le gouvernement a lancé le label « Le Choix des Familles » pour valoriser les établissements qui accueillent les enfants avec attention et considèrent leur présence comme une richesse. En février 2026, Cinquante lieux, cafés, musées, gîtes et sites touristiques ont été distingués. La particularité de ce label, ce sont les familles qui les révèlent via une plateforme participative.

 

« "Le choix des familles" est un cri du cœur : nous disons aux familles de France, "ici, vos enfants ont une place". Accueillir les familles, ce n'est pas du marketing mais un choix de société (…) Face aux no kids, assumons le modèle de société qui fait la fierté de notre pays », a déclaré la haute-commissaire à l’Enfance Sarah El Haïry. Face à cette évolution, les pouvoirs publics réagissent. Sarah El Haïry a lancé en juin 2025, le label « Le choix des familles ». Une initiative destinée à redonner aux enfants leur place dans l’espace public et à faire de la France un pays "family friendly".

 

Au-delà des polémiques sur les espaces « no kids », un autre modèle émerge : celui des villes « à hauteur d’enfants ». Porté par UNICEF France, le programme « Villes à hauteur d’enfants» défend une approche plus inclusive, en repensant l’espace public et en intégrant les enjeux environnementaux. Car une ville pensée pour les enfants, c’est aussi une ville avec plus sécurisée et plus inclusive pour tous (zones piétonnes autour des écoles, végétalisation, espaces de jeu repensés ). L’objectif est d’en faire de véritables usagers de la cité, et non des publics à part. La France compte aujourd’hui plus de 300 collectivités engagées dans cette démarche. Dans le monde, elles sont désormais plus de 3 000.


 

 

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.