Face à la hausse des frais de scolarité et aux inquiétudes des familles, le Sénat lance une mission d’information sur l’avenir de AEFE. Pour la sénatrice Mathilde Ollivier, cette initiative transpartisane doit permettre d’évaluer les conséquences des choix budgétaires de l’État, de repenser la gouvernance du réseau et de formuler des recommandations concrètes d’ici l’été. Entretien


L'AEFE est aujourd'hui à un tournant. Son sous-financement chronique est la cause de la crise qu'elle traverse.
Lepetitjournal.com : Pourquoi est-ce nécessaire de lancer une mission d’information parlementaire alors que plusieurs rapports et alertes sur l’AEFE existent déjà ? Que peut-elle apporter de nouveau ?
L'AEFE est aujourd'hui à un tournant. Son sous-financement chronique est la cause de la crise qu'elle traverse. Ce fait est désormais établi : le représentant de Bercy au conseil d’administration de l’AEFE a lui-même déclaré à plusieurs reprises que « la décision de ne pas compenser l'augmentation des pensions civiles constituait un choix délibéré de politique budgétaire ». Des rapports se sont pourtant enchaînés pour alerter sur la situation depuis plus de dix ans : Cour des Comptes en 2016, rapport parlementaire Feyraud-Delahaye en 2018, rapports du Ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, travaux et publications des organisations syndicales et de représentants des parents d’élèves, etc…
La valeur ajoutée de cette mission d’information est précisément le recul que nous avons sur les choix et politiques publiques engagés ces dernières années, et sur la stratégie de l’État, notamment sur le développement du réseau, les contributions des établissements et la mobilité des enseignants. Les recommandations seront soumises au vote de la Commission : elles auront un poids politique réel et ne resteront pas de simples diagnostics.
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Prévoyez-vous d’intégrer la parole des élèves dans vos travaux ?
Oui, et c'est une priorité. Depuis le début de mon mandat, je rencontre systématiquement délégués, représentants aux conseils d'établissement et éco-délégués lors de mes déplacements dans le réseau. J'ai d'ailleurs déposé une proposition de loi pour renforcer la voix des élèves. Des initiatives existent déjà, notamment des inter-CVL (Conseils de Vie Lycéenne), mais l'enjeu est de structurer et d'institutionnaliser cette représentation : qu'ils siègent au CA de l'AEFE, qu'ils soient intégrés aux instances nationales de la vie lycéenne et, surtout, qu'ils puissent être informés des enjeux complexes du réseau pour porter leur voix de manière éclairée.
Le réseau est passé de 350 000 à environ 400 000 élèves entre 2018 et 2025, loin du doublement annoncé.
La mission abordera-t-elle la question de la gouvernance globale du réseau, notamment l’équilibre entre établissements en gestion directe, conventionnés et partenaires ?
C'est au cœur de notre travail. Depuis 2018 et l'annonce du doublement des effectifs, une politique assumée de développement du réseau par les établissements partenaires a été conduite. Or l'objectif chiffré n'est pas atteint alors qu’il a déjà coûté énormément au réseau public d’enseignement : le réseau est passé de 350.000 à environ 400.000 élèves entre 2018 et 2025, loin du doublement annoncé. Nous devrons répondre à ces questions précises : quel a été le coût réel de la mise en œuvre de Cap 2030 ? Quelle adéquation entre les moyens alloués aux établissements partenaires et leurs contributions au réseau ? L'argent public investi permet-il réellement d'atteindre les objectifs de l'AEFE en matière de scolarisation des élèves français et de rayonnement ?
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Comment éviter que cette mission ne soit perçue comme un outil de diagnostic supplémentaire et soit capable d’infléchir l’avenir de l’AEFE ?
Sa force est aussi son caractère transpartisan. Les rapporteurs, Yan Chantrel, Claude Kern, Georges Naturel et moi-même, représentent différents groupes politiques. Nous allons auditionner une pluralité d'acteurs du réseau dans les prochaines semaines. C'est un travail de fond, mené collectivement, à la suite d’un consensus sur les constats chiffrés et factuels, qui donnera du poids à nos recommandations et en fera un levier dans les réflexions sur l'avenir de l'AEFE.
Quel est le calendrier de cette mission d’information ?
Nous nous réunissons d’ici fin février 2026 avec les rapporteurs pour fixer la temporalité de la mission. Les auditions débuteront début mars. Notre rapport devrait être rendu d'ici l'été 2026.
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