L’adoption du budget français pour 2026 concerne aussi largement les Français établis hors de France. Dans les grandes lignes, l’État cherche à moderniser son action tout en maîtrisant ses dépenses. La rédaction Lepetitjournal.com revient en détail sur ce qui va changer pour les Français de l’étranger…


Le projet de loi de finances pour 2026 est adopté par l’Assemblée nationale le 2 février 2026. Après quatre mois de débats, trois recours au 49.3 et six motions de censure, le budget 2026 a été officiellement adopté. L’Assemblée nationale a rejeté les deux dernières motions de censure contre le gouvernement Lecornu. Le texte doit maintenant être validé par le Conseil constitutionnel avant d’entrer en vigueur. Le gouvernement visait initialement un déficit public ramené à 4,7 % du produit intérieur brut (PIB) en 2026, contre 5,4 % en 2025. Finalement, il prévoit d’atteindre 5 % du PIB, un niveau supérieur aux objectifs mais inférieur à celui des années précédentes. Concrètement, les dépenses publiques passeront de 56,8 % à 56,6 % du PIB, le taux de prélèvements obligatoires va augmenter de 43,6 % à 43,9 % du PIB. Le déficit de l’Etat est estimé à 131,9 milliards d’euros, un niveau stable par rapport à 2025. Hors de France, le plan de finances 2026 va apporter quelques changements aux Français de l’étranger.
Une volonté de prioriser le numérique et la modernisation des services
Le budget 2026 du Programme 151, dédié aux Français de l’étranger, confirme la volonté de renforcer les outils numériques. Pour le dire autrement, le volet “modernisation de l’administration consulaire” bénéficie d’une hausse de 5 millions d’euros, portant son enveloppe à 13.3 millions d’euros. Les moyens déployés sont dédiés à la plateforme France Consulaire, la dématérialisation des démarches administratives et le renouvellement des passeports et l’état civil électronique.
Selon Pauline Carmona, directrice des Français à l’étranger et de l’administration consulaire (DFAE) au micro de la rédaction lepetitjournal.com de Hong Kong mi février 2026, les effets de cette modernisation sont déjà visibles. Elle souligne notamment que les délais pour obtenir un passeport, une carte d’identité ou un acte d’état civil se sont nettement améliorés dans plusieurs postes, citant l’exemple du consulat de Hong Kong où les créneaux sont désormais disponibles quasi immédiatement. Une situation qui s’est améliorée depuis la période du Covid-19, durant laquelle les stocks de dossiers en attente avaient fortement augmenté.
France Consulaire désormais dans le monde entier pour les Français de l’étranger
La dématérialisation des actes d’état civil est traitée en moins de trois jours avec signature électronique. La mise en place de la hotline France Consulaire pour les questions courantes permet de désengorger les services et les agents peuvent ainsi consacrer davantage de temps à l’accueil physique du public.
L’éducation et l’enseignement à l’étranger sous pression
Selon le budget 2026, les bourses scolaires diminuent de 4 %, pour atteindre une enveloppe d’environ 104,5 millions d’euros. Le gouvernement justifie cette baisse par une diminution du nombre de bénéficiaires. Les aides sociales directes se stabilisent, après les réductions intervenues en 2025.

L’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) subit une nouvelle contraction de ses moyens. Sa subvention pour charges de service public diminue de 25 millions d’euros en 2026, après une baisse déjà significative en 2025. Un amendement parlementaire a toutefois permis de limiter l’ampleur de la réduction initialement prévue. Des missions parlementaires sont mises en place pour travailler sur une réforme structurelle de l’AEFE. Avec des moyens en baisse mais des dépenses qui augmentent, le réseau est dans une impasse grave.
Réforme de l’AEFE : comment le réseau doit profondément changer et qui décide ?
Les gagnants et les perdants du budget 2026 pour les Français de l’étranger
La Caisse des Français de l’étranger (CFE), qui assure la protection sociale des expatriés, reste dans une situation financière fragile. Un déficit est estimé à plus de 10 millions d’euros par an et le budget 2026 n’apporte pas de solution pour le résorber. L’absence de dotation budgétaire significative pourrait se traduire par une hausse des cotisations pour les assurés ou par une réduction de la couverture pour les plus vulnérables. En janvier 2026, le Conseil d’administration de la CFE a décidé d’une revalorisation tarifaire progressive, présentée comme nécessaire à la pérennité du système. À compter du 1ᵉʳ avril 2026, les cotisations des contrats santé augmenteront de 11 % pour la majorité des assurés, qu’il s’agisse de contrats individuels ou collectifs.
La CFE face à l’urgence financière : hausse des cotisations et volonté de réforme
Le secteur de la défense bénéficie, lui, d'un renforcement massif. Les crédits atteignent 66.5 milliards d’euros, en hausse de 6.5 milliards d’euros, soit une progression de 11 % par rapport à 2025. Cette augmentation reflète la priorité stratégique accordée aux enjeux militaires et à la protection des intérêts français, considérés comme un axe central du budget. Les Français de l’étranger, parfois en première ligne, sont directement concernés.
Concernant les visas et titres de séjour pour les proches résidant à l’étranger, le gouvernement prévoit une hausse des droits de timbre (+100 € pour les cartes de séjour, +200 € pour les demandes de naturalisation, et la création d’une taxe de 40 € pour l’échange d’un permis étranger contre un permis français). Ces mesures administratives pourraient rapporter 160 millions d’euros par an.

Impôts, qu’est ce qui change pour les Français de l’étranger
Impôt sur le revenu
Le gouvernement avait envisagé de geler le barème de l’impôt sur le revenu, mais l’Assemblée nationale a rejeté cette mesure et rétabli l’indexation sur l’inflation. Le barème sera donc revalorisé de 0.9 % en 2026. Cette disposition concerne les contribuables imposés en France, y compris les Français de l’étranger n’ayant pas opté pour le prélèvement libératoire forfaitaire de 20 % dès le premier euro.
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Taxes sur les patrimoines
Le budget prévoit de maintenir certaines contributions ciblées : les foyers fiscaux dont les revenus imposables dépassent 250.000€ pour un célibataire ou 500.000€ pour un couple resteront assujettis à la Contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR). Cet impôt cible les contribuables très aisés et vise à maintenir un effort fiscal sur ces ménages fortunés. Une augmentation ciblée de la CSG sur certains revenus du patrimoine est adoptée. Cette décision concerne aussi des expatriés qui, bien que vivant à l’étranger, continuent de percevoir des revenus d’origine française, notamment immobiliers ou issus de placements financiers. Selon les conventions fiscales en vigueur, cette évolution pourrait modifier leur niveau d’imposition et affecter directement leur situation fiscale. Le taux de la CSG sur les revenus du patrimoine atteint 10,6% en janvier 2026, à l’exception de certains revenus. Ainsi, le taux de prélèvements sociaux est, en principe, de 18,6%.
Les Français de l’étranger échappent toutefois à la taxe sur le patrimoine financier des holdings patrimoniales, qui concerne principalement les résidents fiscaux français détenant des sociétés à l’étranger. Cette taxe, inspirée de modèles américains, devrait toucher jusqu’à 30.000 holdings et rapporter entre 1 et 1,5 milliard d’euros. En revanche, les dividendes des holdings situées en France ou dans l’Union Européenne, bénéficiant de la directive « mère-fille », resteront soumis aux règles du pays de résidence du contribuable.
Exit l’Exit tax ?
Ni le projet d’un impôt universel ciblé, ni la réforme de l’Exit Tax - dispositif existant qui taxe certains contribuables quittant la France - n’ont été adoptés dans le cadre des discussions budgétaires. Le régime actuel, défini en 2018, reste donc inchangé. Pour être concerné par cette taxe, deux critères cumulatifs doivent être remplis : avoir été résident fiscal en France pendant au moins 6 ans au cours des 10 dernières années, et/ou posséder un patrimoine financier important (plus de 800.000 euros de titres ou une participation majoritaire dans une société). Chaque année, environ 300 à 400 personnes déposent une déclaration au titre de l’Exit Tax, soit environ 8 % des foyers fiscaux qui quittent la France.
Vous envoyez des colis depuis l’étranger ? Une taxe de 2 euros "petit colis" (de moins de 150 euros) est instaurée sur les produits importés depuis un État tiers à l'Union européenne (UE), qui vise à lutter contre la concurrence déloyale de plateformes mondiales
Conséquences sur les retraités français à l’étranger
Le plan de finances 2026 de la Sécurité Sociale (PLFSS) a confirmé la suspension de la réforme des retraites, au moins jusqu’au 1er janvier 2028. Les retraités expatriés qui contribuent au régime français sont concernés aussi par cette “pause”.
Les fonctionnaires retraités et assimilés, fiscalisés comme résidents français dans la plupart des conventions fiscales, voient leur abattement sur les pensions maintenu à 10%. Le pourcentage de l’abattement est plafonné à 4.399 € par foyer fiscal avec un minimum de 450 € par retraité. Ce qui peut augmenter leur imposition si leur pension dépasse 20.000 euros.
La loi de financement de la Sécurité sociale prévoit une actualisation du barème de la contribution sociale généralisée (CSG) applicable aux pensions de retraite à compter de 2026. Prélevée directement sur le montant brut des pensions, la CSG s’applique selon plusieurs taux, déterminés en fonction du revenu fiscal de référence du foyer et de sa composition. Pour l’année 2026, les seuils d’accès à ces différents taux ont été revalorisés de 1,8 %. Cette revalorisation concerne aussi les retraités français installés à l’étranger, mais uniquement ceux résidant en dehors de l’Union européenne.
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