Édition internationale

Chine, Norvège, Etats-Unis : Quels pays interdisent les réseaux sociaux aux enfants ?

Selon l’étude Born Social, 76 % des enfants de 11 à 12 ans, dans le monde, utilisent déjà des réseaux sociaux en 2025. Face à cette exposition massive, l’ Australie a interdit TikTok, Instagram et Snapchat aux moins de 16 ans, en décembre 2025. La France prévoit une mesure similaire dès 2026. Mais dans le reste du monde, quelles règles encadrent vraiment l’accès des enfants ? Enquête

2 enfants une fille et un garçon assis sur un canapé beige qui regarde les écrans et réseaux sociaux2 enfants une fille et un garçon assis sur un canapé beige qui regarde les écrans et réseaux sociaux
©Andrej Lišakov
Écrit par Manal Oumaline
Publié le 7 janvier 2026, mis à jour le 14 janvier 2026

 

 

Ce fut un moment historique en Australie, la première fois qu’un pays interdit l’accès des réseaux sociaux aux moins de 16 ans. Depuis le 10 décembre 2025, les adolescents australiens de moins de 16 ans n’ont plus le droit d’accéder aux réseaux sociaux tels que TikTok, Instagram ou Snapchat. Les plateformes doivent vérifier l’âge des comptes et supprimer ou bloquer ceux appartenant à des mineurs. La France pourra-t-elle éviter les mêmes contournements que l’Australie ? Qu'en est-il du reste du monde ? 

 


L'Australie dit reprendre le "contrôle" des réseaux sociaux avec l'interdiction aux moins de 16 ans

 

 

Une législation pour protéger les enfants en ligne en France

En France, Emmanuel Macron a confirmé vouloir interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans dès la rentrée 2026. Le projet de loi, porté par la députée Laure Miller, est examiné à l’Assemblée nationale le 19 janvier. La député a été interrogée sur l’expérience australienne sur La Matinale, elle explique : « Ça ne sera sans doute pas une solution parfaite. Mais est-ce qu'il vaut mieux ne rien faire et attendre un jour que les plateformes prennent enfin leur responsabilité ? Ou trouver une solution qui, dans un premier temps, sera peut-être imparfaite, mais que l'on rendra au fur et à mesure la plus effective possible ? »

Comme en Australie, le principal défi est technique : comment vérifier l’âge des utilisateurs sur des plateformes mondiales et empêcher les contournements ? La France s’inspire des dispositifs déjà appliqués aux sites pornographiques, en utilisant le principe de double anonymat, et s'appuie sur une future application européenne de vérification d’âge. L’expérience australienne montre que ces dispositifs seuls sont insuffisants sans accompagnement éducatif et contrôle parental.

 

 

Les initiatives de l’interdiction des réseaux sociaux pour les mineurs dans le monde

Les mesures varient considérablement selon les pays. En Chine, la régulation vise à protéger les jeunes de la cyberdépendance et de l’addiction aux écrans. Les moins de 14 ans ne peuvent passer que 40 minutes par jour sur l’application Douyin, tandis que les adolescents ont un temps limité de 60 minutes pour les enfants de 8-16 ans et 2 heures pour les 16-18 ans. Depuis août 2023, un couvre-feu digital interdit l’usage des appareils connectés aux moins de 18 ans entre 22h et 6h du matin, avec identification obligatoire via document officiel.

La Norvège a fixé un seuil d’accès à 15 ans mais sans calendrier, ni moyens précis pour l’appliquer. En Corée du Sud, la “loi Cendrillon”, qui limitait l’accès des moins de 16 ans aux jeux vidéo la nuit, a été abrogée en 2021 en raison de craintes liées à la liberté individuelle. Depuis, le pays souhaite mettre en place de nouvelles mesures concernant l’utilisation des téléphones et autres appareils dans les salles de classe, qui entreront en vigueur en mars 2026.  

Aux États-Unis, chaque État légifère indépendamment : en Floride, les moins de 14 ans ne peuvent créer de compte, et les 14-15 ans doivent obtenir un accord parental, mais la loi a été difficile à appliquer et contestée devant les tribunaux. À l’échelle fédérale, le projet bipartisan “Kids Off Social Media Act” visant à interdire la création de compte et l’accès sur les réseaux aux enfants de moins de 13 ans a récemment été relancé, sous le mandat du président américain Donald Trump.

 

 

enfant blond qui utilise une tablette écran le soir dans le noir sous une couverture
©Maxim Tolchinskiy

 

Dans le reste du monde, la tendance se confirme : la Nouvelle-Zélande et le Pakistan prévoient des interdictions pour les moins de 16 ans inspirées de la législation en Australie, tandis que la Malaisie espère instaurer une règle similaire dès 2026. Dans de nombreux pays africains, aucune limite d’âge stricte n’existe encore, mais le Maroc pourrait imposer une restriction avec consentement parental. 

L’Europe, quant à elle, est partagée : l’Espagne et le Danemark envisagent des interdictions d’accès pour les mineurs. La Grèce et l’Irlande réfléchissent encore, et l’Allemagne et l’Italie privilégient le consentement parental plutôt qu’une interdiction stricte.

 

 

La difficile mise en œuvre et les limites des interdictions

Quelle que soit la législation, la question centrale reste la même : comment contrôler l’accès ? Les solutions actuelles (selfie, carte d’identité, carte bancaire) sont facilement contournables ou jugées intrusives. 

En Australie, dès l’entrée en vigueur de la loi, de nombreux adolescents ont réussi à tromper les systèmes. En France, la CNIL considère que la vérification par pièce d’identité doit rester encadrée, tandis que l’Arcom a publié un référentiel pour les sites pornographiques, qui pourrait servir de modèle. La Commission européenne développe, par ailleurs, une application pour vérifier l’âge des utilisateurs sur Internet, qui pourra être utilisée par plusieurs pays européens dès le premier trimestre 2026.

Pourtant, dès les premiers jours, de nombreux adolescents ont trouvé des moyens de contourner la loi : utiliser des applications alternatives comme Coverstar ou Lemon8, consulter des contenus sans créer de compte, ou tromper les systèmes de vérification avec des selfies ou de faux documents. 

 Les effets des interdictions restent également discutés. Les adolescents eux-mêmes soulignent que l’interdiction repousse le problème plutôt que de les préparer à un usage responsable. L’Australie montre que ces mesures agissent surtout sur la conséquence (empêcher l’accès) et non sur la cause (la cyberdépendance), ainsi que la surexposition aux contenus inadaptés et l’addiction aux écrans. Les experts insistent donc sur la nécessité de combiner réglementation, éducation numérique et contrôle parental pour que la protection des mineurs soit réellement efficace.

 

« 76% des enfants de 11 et 12 ans utilisent régulièrement les réseaux sociaux »

 

Pourquoi l’interdiction reste d’actualité ? Les jeunes passent beaucoup de temps sur ces plateformes, que ce soit à l’école, à la maison ou ailleurs. Selon l’étude Born Social, 76 % des enfants de 11 à 12 ans, dans le monde, utilisent déjà des réseaux sociaux, malgré l’âge minimum légal de 13 ans, en 2025.

Les réseaux sociaux sont devenus un élément central de leur vie quotidienne. Cette utilisation les expose à différents dangers : addiction aux écrans, contenus inappropriés, cyberharcèlement, pression sociale, influence d’algorithmes… L’Australie, la France et plusieurs autres pays montrent que les gouvernements prennent le sujet au sérieux, mais que sa mise en œuvre reste complexe. 


 

 


 

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