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Les 45 ans de l’indépendance de Djibouti, dernière colonie de l’Empire français

Dromadaires dans le désert du lac d'abbe à DjiboutiDromadaires dans le désert du lac d'abbe à Djibouti
Dromadaires dans le désert du lac d'abbe à Djibouti
Écrit par Natacha Marbot
Publié le 26 juin 2022, mis à jour le 9 juillet 2023

Djibouti, qui jusqu’à son indépendance était nommée Côte française des Somalis (CFS), fut la dernière colonie française à obtenir son indépendance en 1977. Les 45 ans du pays seront fêtés en grande pompe, l’occasion pour nous de revenir sur l’histoire passionnante de ce pays, dont on ne connait souvent rien.

 

Les Djiboutiens le disent eux-mêmes : « une poignée de cailloux que Dieu a jetée dans un coin après avoir créé le monde ». Djibouti est un petit pays d’un million d’habitant dans la Corne de l’Afrique. Baigné par l’Océan Indien, il est voisin de l’Ethiopie, la Somalie et l’Érythrée. Comme l’indique le communiqué de presse du gouvernement djiboutien : « C'est aussi un bout du monde, un petit paradis sur terre, où les traditions croisent les plongeurs venus à la rencontre de milliers de requins baleines dès le mois de novembre. »

 

 

Histoire de la colonisation à l’indépendance de Djibouti

Après le référendum constitutionnel du 28 septembre 1958, qui a posé les bases de la Ve République, les territoires africains qui ont voté « oui » ont majoritairement choisi de devenir des États de la communauté française. La Côte française des Somalis (CFS, aujourd’hui République de Djibouti) fait alors exception, en préférant rester un territoire d'outre-mer pour maintenir son unité face aux visées expansionnistes de ses voisins éthiopien et somalien, mais avec un projet d'évolution de son statut. La CFS reste encore à l'écart du mouvement d’indépendance de ses pays voisins et la France manifeste sa volonté de se maintenir dans ce lieu stratégique sur la mer rouge.

 

 

Devant les velléités grandissantes d’indépendance du peuple de la CFS, bien que fragmenté entre populations urbaines et rurales, la décision du gouvernement français d'organiser le référendum début 1967 est annoncée le 21 septembre. La population de la CFS devra indiquer si elle souhaite demeurer au sein de la République française, avec un statut renouvelé, ou en être séparée. La population se prononce à 60 % en faveur du maintien de la CFS dans la République française. Mais ce résultat donne lieu à Djibouti à des manifestations de la part des partisans du non, qui dégénèrent en émeutes sanglantes et donnent lieu à l'intervention des militaires français. Ce n'est qu'après dix ans de tensions sociales et politiques et sous la pression de l'ONU et de l’Organisation de l’Unité africaine que le gouvernement français se résout à négocier l'indépendance après le référendum du 8 mai 1977. La République de Djibouti proclame son indépendance le 27 juin 1977 sous la direction d'Hassan Gouled.

 

L’évènement de Balbala a marqué les mémoires à Djibouti

Au programme de la commémoration du 27 juin prochain, un hommage aux victimes des évènements de Balbala. En avril et mai 1989, des affrontements tribaux violents faisant plusieurs morts ont opposé les Gadaboursis aux Issas et aux Issaqs à Djibouti. Nombre de Gadaboursis furent tués à l’arme blanche pendant les émeutes, et durent ensuite quitter le pays, ne se sentant pas protégés par les autorités djiboutiennes. Ces tragiques évènements s’inscrivaient dans la lignée de la guerre civile somalienne, au cours duquel les Gadaboursis étaient soupçonnés de collaboration avec le gouvernement de Mohamed Siad Barré (le président en place) pendant que les Issas et les Issaqs se liguaient contre le régime de Mogadiscio (capitale de la Somalie). Par la suite, la répression contre les Gadaboursis continua d’entacher les relations entre les clans à Djibouti. Le 27 juin prochain, le Président Ismaïl Omar Guelleh profitera de l'occasion pour inaugurer un mémorial pour les victimes de Balbala.

 

Séance de tir CAESAR en avril 2022 à la base de Djibouti / Etat major français
Séance de tir CAESAR en avril 2022 à la base de Djibouti / Etat major français 

 

Djibouti a gardé des relations proches avec la France

Il y a donc 50 ans que les Français ont quitté le territoire, laissant néanmoins derrière eux ce qui est aujourd’hui la principale base militaire française en Afrique, forte de 1450 soldates et soldats. Base hautement stratégique, celle-ci est en mesure d’accueillir, mais également projeter rapidement des forces vers l’océan indien ou le Moyen-Orient, en cas de crise dans la sous-région. Pour cela, elle possède un détachement aérien et une grande capacité logistique.

Mais Djibouti, par son positionnement stratégique dans le contrôle d'une des routes maritimes les plus empruntées au monde, n’intéresse pas que la France. Parmi les pays également présents en forces armées, la Chine, les États-Unis, mais aussi le Japon, l'Allemagne, l'Espagne ou encore l’Italie. Beaucoup d’influences étrangères se mélangent alors dans ce pays de la taille de la Normandie. « Être présent à Djibouti permet d’assurer le contrôle du détroit de 28 kilomètres de large, Bab-el-Mandeb. Plus de 40% du pétrole mondial passe par cet étroit corridor. » précise à TV5Monde Gérard Prunier, chercheur et directeur du Centre français des études éthiopiennes du CNRS.

 

Lac Abbe à Djibouti
Lac Abbe à Djibouti 

 

Droit des femmes, santé, changement climatique : un pays aux multiples enjeux

Malgré les efforts de l’Etat djiboutien, l’ONU et les ONG dénoncent régulièrement les inégalités sociales et le poids des traditions, notamment sur les femmes. Le viol est peu puni et une pratique traditionnelle oblige les femmes violées à épouser leur agresseur afin d’éviter la stigmatisation. Par ailleurs, les mariages d’enfants sont encore très nombreux, surtout dans les zones rurales, bien qu’interdits par la loi. Enfin, l’excision - mutilation génitale qui consiste à retirer le clitoris des femmes, est tristement répandue à Djibouti et dans la Corne de l’Afrique en général.

Manque de matériel, de financements, de personnel, de bâtiments … Djibouti rencontre de nombreux enjeux d’infrastructures, notamment dans le système de santé, encore précaire. Ces problématiques ont d’ailleurs été mises en lumière par le film du jeune réalisateur finno-somalien Khadar Ayderus Ahmed, La femme du fossoyeur, sorti en 2021.

 

Parc national de la Forêt primaire de Day, Djibouti
Parc national de la Forêt primaire de Day, Djibouti

 

Djibouti est aux avant-postes des conséquences du changement climatique. Ces changements se traduisent par des impacts liés à la modification du régime de précipitations. Le pays a subi ces dernières années, des inondations et pluies torrentielles ayant engendré des pertes humaines et économiques et des dégâts sur ses infrastructures. Par ailleurs, les sécheresses répétées rendent très vulnérables les populations vivant de l’élevage.

Malgré sa participation très marginale aux émissions de gaz à effet de serre, contrairement aux pays du Nord, Djibouti a ratifié tous les accords internationaux concernant la lutte contre le changement climatique, et ce depuis la Convention cadre de l’ONU en 1995. Présentant un territoire à fort potentiel pour les énergies renouvelables (surtout solaire et éolien), Djibouti plaide pour des aides internationales et du transfert de technologie.

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