Gaëlle Rio: « Nous voulons attirer un nouveau public au musée de la Vie romantique » premium

Par Maël Narpon | Publié le 12/04/2022 à 18:00 | Mis à jour le 13/04/2022 à 16:00
A gauche la façade du musée de la Vie romantique et à droite sa directrice Gaëlle Rio.

Depuis maintenant deux siècles, la période romantique nous émerveille autant qu’elle nous fait réfléchir. Des caractéristiques chères au musée de la Vie romantique dont la directrice Gaëlle Rio nous dresse le portrait.

 

Le musée de la Vie romantique, localisé dans le 9ème arrondissement de Paris, accueille en ce moment, et ce jusqu’au 4 septembre 2022, l’exposition Héroïnes romantiques qui met à l’honneur les figures féminines emblématiques du XIXème siècle à travers l’art de l’époque. L’occasion pour lepetitjournal.com de s’entretenir avec Gaëlle Rio, directrice du musée mais également curatrice de l’exposition. Elle nous dresse ainsi un portrait du musée de la Vie romantique et de l’exposition qui s’y tient actuellement, tout en évoquant son expérience muséale à l’étranger.

Interview réalisée par Natacha Marbot et Maël Narpon. 

 

La façade du musée de la Vie romantique

 

Quelle est la spécificité du Musée de la vie romantique?

Le musée de la Vie romantique est situé dans une maison d'artiste, celle d'Ary Scheffer, qui est un peintre romantique d'origine hollandaise venu à Paris et qui va vraiment devenir une personnalité très importante dans l’art et le romantisme français à Paris entre les années 1830 et 1860. De ce fait, le lieu est vraiment très charmant car, plus que la maison d'artiste, il se trouve aussi dans deux ateliers d'exposition. Le parcours d'exposition se situe ainsi dans les ateliers d'Ary Scheffer et la thématique du musée est concentrée autour de la vie romantique. Cette vie littéraire, culturelle, picturale de l'époque romantique met en écho des œuvres littéraires, picturales et musicales.

 

Le but est de faire comprendre aux visiteurs où ils se tiennent et ce que cette maison signifiait à l'époque romantique à Paris

Vous en êtes la directrice depuis maintenant 3 ans, quelle est votre vision pour le musée ?

Ma vision est d'élargir le musée sur le romantisme, de ne pas en faire seulement une maison d’artiste. Même s’il est vrai que celle-ci permet de comprendre ce qu'est le romantisme, ses différentes sources d'inspiration que sont la nature, le sentiment, l'histoire, la littérature, le fantastique pour densifier le propos. Le but est aussi de faire comprendre aux visiteurs où ils se tiennent et ce que cette maison signifiait à l'époque romantique à Paris.

 

Avez-vous une stratégie pour faire vivre et connaître le musée par rapport aux grands acteurs de la scène culturelle parisienne ?

Le musée de la Vie romantique appartient à l'établissement public Paris Musées, donc nous sommes déjà inscrits dans un réseau assez fort des musées municipaux de la Ville de Paris. Nous avons une stratégie de communication globale. Le musée de la Vie romantique a une belle fréquentation malgré la taille du lieu qui n'est pas si imposante par rapport à d'autres plus grands musées parisiens. Notre programmation d'expositions temporaires permet aussi de nous démarquer et d'attirer un nouveau public. Elle est bien sûr en lien avec le romantisme, mais comporte aussi des cartes plus contemporaines.

 

 

Il y a donc des ressorts de programmation et de communication pour faire vivre ce musée et faire parler de nous

J'avais déjà fait une exposition sur le coeur du romantisme de l'art contemporain qui avait accueilli un public un peu plus jeune, un peu différent, qui ne serait pas forcément venu au musée de la Vie romantique pour les oeuvres du 19e siècle. Il y a donc des ressorts de programmation et de communication pour faire vivre ce musée et faire parler de nous.

 

 

Votre expérience à l'étranger, notamment aux Etats-Unis et au Canada, a-t-elle changé votre manière de penser le musée en France ?

Concernant mon expérience au Canada, où je me suis formée, il est vrai que les conservateurs canadiens et les musées canadiens ont un regard assez différent par rapport aux musées français. L'expérience était très intéressante car il y a un regard peut être plus large sur la médiation culturelle, notamment sur le rapport à l'authenticité de l'oeuvre. En France, c'est l'oeuvre qui prime alors qu'au Canada, même si je fais un raccourci en disant cela, la médiation et le public sont au coeur du dispositif. Il était très intéressant également de voir les différences culturelles par rapport au regard que l’on peut porter sur une oeuvre.

 

Il y a cette distance géographique qui fait que l'on n'explique pas les choses de la même manière quand on est sur place ou quand on est à l'étranger

Aux États-Unis, les choses étaient différentes. J'avais travaillé sur une exposition dans mon précédent poste au Petit Palais autour des bijoux de la Belle Époque et que nous avions présentée dans trois musées différents aux États-Unis, dont Cincinnati. Il s'agissait là d'une exportation d'une exposition créée à Paris. Il était aussi intéressant de transmettre un contenu sur une période qui nous est chère à Paris, la fin du 19e siècle, car c'est le moment de l'exposition universelle où beaucoup de choses se font. Un moment qui est connu des Américains, mais d'une façon qui relève plus du fantasme. Il était enrichissant de proposer ce contenu historique à un public qui n'est pas sur place. Il y a cette distance géographique qui fait que l'on n'explique pas les choses de la même manière quand on est sur place ou quand on est à l'étranger.

 

Pourquoi avez-vous trouvé pertinent de raconter les héroïnes romantiques au XXIème siècle?

Mon rôle en tant que directrice du musée de la Vie romantique est de faire vivre cette période romantique et de la faire découvrir au public. J'essaie toujours de trouver des sujets singuliers ou un peu originaux qui diffèrent des monographies d'artistes. C'est aussi un moyen d'attirer les gens vers le romantisme, notre marque de fabrique, par des sujets qui peuvent intéresser plus largement. Dans le cas d'Héroïnes romantiques, il y a un phénomène d'identification par le public féminin mais pourquoi pas aussi par le public masculin. Ce n'est pas une exposition qui n'est destinée qu'aux femmes.

 

Le fait de montrer ces modèles héroïques féminins raconte quelque chose d'une époque où le mariage, le culte marial, la misogynie étaient assez importantes à l'époque

Cela montre peut être également quelque chose qui a été moins vu car il s'agit d'un sujet qui n'a jamais été traité. Il est relativement neuf permet, par la combinaison de ces héroïnes mises les unes à côté des autres, de sortir ou de définir quelque part un archétype de cette représentation. Le fait de montrer ces modèles héroïques féminins raconte quelque chose d'une époque où le mariage, le culte marial, la misogynie étaient assez importantes à l'époque.

 

Cette exposition a-t-elle été conçue spécifiquement pour un public français et a-t-elle vocation à être exposée ailleurs ?

Pour l'instant, l'exposition actuelle représente la seule étape. Nous l'exposons pendant cinq mois, ce qui est déjà une durée assez longue et nous privilégions cela pour que le maximum de personnes puisse en profiter. Elle est destinée d'abord au public du Musée de la vie romantique. Il n'y a pour l'instant pas d'étape prévue à l'étranger, même si j'adorerais. Nous sortons d'une longue période de Covid où les projets d'exportation étaient rendus très compliqués.

 

Mael Narpon - journaliste junior Londres

Maël Narpon

Diplomé d'une licence de sociologie à Pau et à Athènes, il intègre ensuite l'IEJ Londres. Il effectue un stage avec lepetitjournal.com Londres puis rejoint l'édition internationale en tant qu'alternant dans le cadre d'un Master à l'IEJ Paris.
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