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9 jours à Raqqa : un documentaire humaniste et féministe

Par Thibault Segalard | Publié le 13/09/2021 à 17:45 | Mis à jour le 14/09/2021 à 11:00
Photo : Affiche du film "9 jours à Raqqa" de Xavier de Lauzanne (2021)
affiche 9 jours à Raqqa

Sorti sur grand écran le mercredi 8 septembre dans les salles de cinéma françaises, le nouveau documentaire de Xavier de Lauzanne : 9 jours à Raqqa, expose la vie de Leila Mustapha, la maire de la ville de Raqqa en Syrie.

 

Quatre ans après son dernier documentaire « Les pépites », Xavier de Lauzanne revient dans les salles obscures françaises avec le premier volet de sa trilogie consacrée à la reconstruction des territoires regagnés sur Daech comme la Syrie ou l'Irak. Dans ce premier épisode intitulé « 9 jours à Raqqa », De Lauzanne, armé de sa caméra, retrace le parcours de la journaliste Marine de Tilly partie rencontrer celle qui sera le sujet de son prochain livre : Leila Mustapha, une jeune femme kurde qui occupe le poste de maire dans la ville de Raqqa.

 

Un périple de 9 jours, dans cette ville dévastée du nord de la Syrie, où l’émotion se transforme en une ode à la liberté et à la tolérance. Le documentaire casse également les clichés sur la Syrie et ses habitants et montre la résilience d’un peuple face aux dégâts provoqués par les bombes et les obus qui ont ravagé presque 80% de la ville 

 

 

L’espérance au milieu du chaos

9 jours et pas un de plus, puisque le retrait des troupes américaines dans la zone, a sonné le glas du retour des espions de Daech dans les rues de Raqqa, rendant la zone très dangereuse pour des journalistes.

 

Avant 2013, Raqqa était une ville paisible et la 7ème plus grande agglomération du pays. Elle fut envahie par l’État Islamique (EI) en 2014, les soldats de l’EI profitant alors de la guerre civile qui ravageait la Syrie, pour conquérir la ville. La cité a servi de base principale et de capitale de Daech pendant plusieurs années, jusqu'à la reconquête de la cité en 2017 par les forces démocratiques syriennes et les forces aériennes de la coalition internationale.

 

C’est plongé dans ce décor post-apocalyptique, que Leila Mustapha, la maire de ville, évolue tant bien que mal. Une position d’exception, compte tenu des conditions dans lesquelles ont vécu les femmes à Raqqa sous le régime de l’EI.

 

Raqqa film
Affiche du film "9 jours à Raqqa" de Xavier de Lauzanne (2021)

 

Leila Mustapha : le portrait d’une femme d’exception

Au coeur de la reconstruction de Raqqa et du documentaire en lui-même, une femme : Leila Mustapha. Co-maire de la cité syrienne, elle est l’une des rares femmes dans ce milieu principalement masculin. Un portrait déterminé et lucide d’une jeune trentenaire qui malgré les épreuves de la vie, a su rester d’une simplicité, d’une positivité et d’une bienveillance extraordinaires.

 

Très réservée de base, c'est grâce aux questions et à la présence féminine de Marine de TiIly, qu'elle se découvre. Au fil des jours, elle brise peu à peu la carapace de titane qu’elle s’était forgée. Une relation amicale très intense s’est créée en l’espace de seulement 9 jours, une amitié qui laissera à l’une comme à l’autre, des souvenirs impérissables. C'est posé, dans l'intimité de sa chambre à coucher que Leila s'ouvre le plus à la caméra, comme les confessions que l’on pouvait faire lors d’une soirée pyjamas entre amis.

 

Ainsi, Leila nous offre libre accès à ses émotions, ses doutes, ses peurs et ses projets… À tel point que l’on pourrait se demander si 9 jours étaient suffisants pour la comprendre totalement.

 

Leil Mustapha
Leila Mustapha dans "9 jours à Raqqa" de Xavier de Lauzanne (2021)

 

Une réalisation de Xavier de Lauzanne sobre mais engagée 

Certes, Xavier de Lauzanne ne bouleverse pas les codes du cinéma et du documentaire… la réalisation est nullement renversante est pourtant c’est dans cette simplicité qu’il réussit le plus essentiel : réussir à capter la personnalité et la sensibilité de Leila ainsi que l’atmosphère fantasmagorique dégagée par ce Raqqa dévasté.

 

Le documentaire n’a nullement vocation à apeurer ou a entretenir une sorte de tension, mais les images des bâtiments en ruines et des impacts de balles sur les quelques murs encore debout, maintiennent un certain suspense et une volonté d’avancer avec Leila.

 

Si les images sont frappantes, la BO est tout aussi fantastique. L’émotion et la puissance des moments et des dialogues, sont ingénieusement et finement transportés par la trompette magique d’Ibrahim Maalouf. Le tendre et langoureux jazz de l’artiste franco-libanais est subtil et mélancolique. Parfaitement dosé, il force ainsi le trait sur des passages les rendant encore plus mystiques et symboliques. Notamment lors de la scène tournée dans le cimetière de Raqqa, où Leila, émue, vient rendre hommage à son ami décédé.

 

9 jours à Raqqa
Leila Mustapha dans "9 jours à Raqqa" de Xavier de Lauzanne (2021)

 

Une sortie en corrélation avec le début du procès des attentats de novembre 2015

Alors que le procès des attentats de novembre 2015, qui avaient été commandités depuis Raqqa, vient de débuter, ce documentaire est plus que jamais d’actualité. Xavier de Lauzanne nous offre un film fort, féministe qui donne espoir en l’humanité dans sa diversité religieuse, sa reconnaissance de la place des femmes et dans l’espérance qui transpire de chaque intervenant. 

Thibault Segalard

Thibault Segalard

Thibault a rejoint l’équipe de la rédaction internationale en juin après avoir passé 2 mois dans celle d’Athènes. Étudiant en école de journalisme.
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