TEST: inter

Le monde universitaire français est-il menacé par des influences étrangères ?

Par Maël Narpon | Publié le 15/02/2022 à 18:00 | Mis à jour le 18/02/2022 à 20:32
Un amphithéâtre d'université rempli d'étudiants

Véritable sujet qui préoccupe les sphères politique et universitaire, les influences étrangères sur le monde universitaire et académique français ont fait l’objet d’un rapport récemment débattu au Sénat. Lepetitjournal.com vous résume ce qu’il en est ressorti.

 

Le rapport sur les influences étatiques extra-européennes sur le monde universitaire et académique a fait l’objet d’une séance publique de débat au Sénat le 1er février dernier. L’occasion pour les parlementaires présents d’adresser leurs interrogations en la matière à la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Frédérique Vidal.

Etaient également présents les rédacteurs de cette mission d’information réalisée au mois de juillet 2021 à l’initiative du groupe Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants (RDPI): le sénateur LR du Rhône Etienne Blanc et le sénateur LaREM des Hauts-de-Seine André Gattolin. Nombre d’éléments ont été mis en lumière à travers ce rapport, tels que les stratégies mises en place par certains pays, frôlant l’ingérence, ou la nécessité de sauvegarder le patrimoine scientifique français, les libertés académiques et l’intégrité de la recherche.

 

 

 

Un rapport minutieux : plus de 30 auditions menées pour analyser les influences étrangères sur le monde académique

Le but de cette mission d’information était clair : alerter sur la réalité de la menace. Pour ce faire, plus de 30 auditions ont été organisées, ainsi qu’une enquête auprès de l’ensemble des établissements de l’enseignement supérieur. Le constat principal qui en ressort est que le monde académique français, qui avait longtemps été préservé, ne serait à présent plus protégé contre les tentatives d’influence d’Etats étrangers.

Différentes fragilités de l’enseignement supérieur ont été identifiées dans ce rapport, telles le manque de ressources budgétaires, créant des conditions de travail moins favorables que dans d’autres pays.

 

26 recommandations formulées pour lutter contre une menace jugée bien réelle

Entre inquiétudes et préconisations, le rapport formule donc 26 recommandations rangées en 5 objectifs majeurs pour palier de futures influences négatives d’Etats étrangers. L’un de ces axes vise à renforcer les procédures administratives ayant pour but de contrôler les partenariats conclus par les établissements d’enseignement supérieur et de recherche.

 

Certaines influences positives constituent le coeur du débat à l’université

Il y a aussi une volonté de promouvoir l’adoption d’un référentiel de normes et de lignes directrices aux niveaux national, européen et international. Une proposition qui se traduirait par la création d’une grille d’analyse des influences, de leurs incidences dans le monde universitaire et des politiques publiques associées. Car, s’il se veut alarmant, ce rapport rappelle qu’il ne s’agit pas d’être méfiant de toutes influences étrangères, mais seulement des plus intrusives et néfastes. C’est pourquoi en son sein les enquêteurs préconisent de définir un cadre légal car « certaines influences positives constituent le coeur du débat à l’université ».

 

Grille d’analyse des influences, de leurs incidences dans le monde universitaire et des politiques publiques associées

 

Une des préconisations marquantes de ce rapport consiste à mettre à profit la présidence de la France à l’UE pour proposer une stratégie ambitieuse de diplomatie scientifique à la fois défensive et offensive afin de promouvoir une norme européenne et internationale de clarification.

 

Australie et Royaume-Uni : les exemples étrangers dont la France doit tirer des leçons

Le rapport s’appuie également sur différents exemples de pays dans lesquels ce que les parlementaires considèrent comme une menace en France a déjà eu des conséquences sur les sphères universitaire et académique. Les pays anglo-saxons sont notamment particulièrement touchés par cette problématique de par leur système universitaire, que ce soit le Royaume-Uni, l’Australie, les Etats-Unis, ou le Canada. Les deux premiers nommés sont particulièrement concernés de par leur fonctionnement. Les coûts élevés dans leurs universités et leur forte dépendance des étudiants internationaux les rendent plus vulnérables aux influences étrangères.

Frédérique Vidal souligne la dangerosité de trop se reposer sur les étudiants étrangers. De graves problèmes se poseraient si une majorité d’étudiants d’un pays en particulier, comme la Chine, commençaient à imposer leurs conditions pour venir étudier au Royaume-Uni ou en Australie.

Le rapport relève que la Chine semble à ce jour être la plus à même d’avoir une influence globale sur le monde académique et universitaire de par sa capacité à « mener des politiques de long terme ». Il ajoute que la Russie, la Turquie ou certains pays du golfe Persique pourraient emboiter le pas à la Chine au vu du déploiement de politiques déjà plus offensives de leur part.

 

Un rapport salué par le Sénat pour sa profondeur

Le 1er février dernier, le rapport de cette mission d’information a ainsi été débattu en séance publique au Sénat. Les sénateurs ont pu poser leurs questions au gouvernement, à travers Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation et exposer leur point de vue. Tous ont salué le travail effectué par Etienne Blanc et André Gattolin avant de prendre la parole.

 

Il est important de ne pas surréagir 

S’il y a eu des appels à la prudence ou des remises en question de certains points du rapport, la plupart des interventions ont consisté à demander des précisions quant aux mesures que le gouvernement envisageait de prendre vis à vis du résultat de la mission d’information. Le sénateur Thomas Dossus a tenu par ailleurs à rappeler la zone grise associée au terme d’ingérence, qui se situe entre influence et intrusion (déjà punie par le droit national français). « Il est important de ne pas surréagir », a-t-il insisté.

De son côté, la sénatrice Béatrice Gosselin déplore l’oublie des sciences humaines et sociales dans les textes de loi : « Le dispositif de sécurité français ne concerne que des risques élevés d’atteintes aux intérêts économiques ou défensifs de la Nation, réprimées par le code pénal, mais ne vise pas les sciences humaines et sociales. »

 

Il nous faut favoriser les échanges universitaires pour mieux comprendre cette zone grise

Le président de la mission d’information Etienne Blanc, intervenu en toute fin de séance, retient 3 idées essentielles de ce rapport dont l’importance du concept de zone grise. « L’université se fait un honneur de donner, partager, et échanger. C’est une vieille tradition que de faire connaître sa langue, sa culture, pour qu’elle puisse rayonner sur le monde. A l’inverse, certains pays fonctionnent différemment de nous démocratiquement et cherchent à capter, confisquer et peser sur un certain nombre de sujets qu’ils jugent essentiels pour eux et pour lesquels ils ne veulent pas de liberté d’analyse. Entre ces deux concepts, il y a une zone grise que nous avons mal inventorié. Il nous faut favoriser les échanges universitaires pour mieux comprendre cette zone grise », a-t-il conclu.

 

Mael Narpon - journaliste junior Londres

Maël Narpon

Diplomé d'une licence de sociologie à Pau et à Athènes, il intègre ensuite l'IEJ Londres. Il effectue un stage avec lepetitjournal.com Londres puis rejoint l'édition internationale en tant qu'alternant dans le cadre d'un Master à l'IEJ Paris.
0 Commentaire (s) Réagir
Dans la même rubrique