Vendredi 28 janvier 2022
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Débat en Inde sur les œufs dans les cantines scolaires

Par Annick Jourdaine | Publié le 07/12/2021 à 01:00 | Mis à jour le 07/12/2021 à 08:52
un plat à base d'oeuf dans une cantine scolaire en inde

Le Tamil Nadu et 13 autres états de la fédération ont mis en œuvre un plan de lutte contre la malnutrition infantile en ajoutant systématiquement des œufs dans les repas scolaires. D’autres états s’y opposent au nom de l’Hindouisme et du végétarisme. Quelques données et réflexions pour alimenter le débat.   

 

La malnutrition infantile en Inde 

Plus d’un tiers des enfants indiens souffre de retard de croissance, lié principalement à la malnutrition. Un vrai problème de santé publique pour l’ensemble de la population. 

Selon l’indice de la faim dans le monde 2021 (the Global Hunger Index), l’Inde est en 101e position sur 116 pays évalués, une place bien négative. L’indice s’appuie essentiellement sur des données relatives à l’état de nutrition des enfants. 

Le National Family Health Survey de 2019 (enquête nationale sur la santé des familles indiennes) montre que 67,1 % des enfants entre 5 et 59 mois souffrent d'anémie. C’est 92,5  %  de cette tranche d'âge qui est touchée au Ladakh, 79,7 %  au Gujarat et 71,5 % au Rajasthan. Seul le Kerala est en dessous de 40 %. Le Tamil Nadu figure parmi les bons élèves, mais plus de la moitié de ses jeunes enfants sont anémiés.   Autre donnée inquiétante : la situation s'est globalement aggravée entre 2015 et 2019

Une autre étude récente indique que, contrairement à ce qui se passe dans tous les pays sans problèmes nutritionnels majeurs, la taille moyenne des indiens entre 15 et 20 ans a régressé de 1,1 cm entre 1998 et 2015.  

Pour lutter contre la malnutrition des enfants, quatorze états, dont le Tamil Nadu, ont décidé d’enrichir en œufs les repas à l’école. Les nutritionnistes s’accordent pour considérer que c’est là un moyen efficace et peu onéreux. Cependant, cette mesure n’est pas du goût de tous. Certains gouvernements locaux la jugent contraire aux principes de l’Hindouisme et du végétarisme, et s’y opposent. 

 

Le végétarisme en Inde

Contrairement à des idées reçues, l’Inde est très majoritairement non-végétarienne : plus de 70 % de la population consomme de viande animale. Une part importante de la communauté hindoue n’est donc pas végétarienne. 

La répartition n’est pas homogène sur le territoire. Cinq sur 28 états de la fédération comptabilisent plus de 50 % de végétariens : Gujarat, Rajasthan, Pendjab, Haryana et Madhya Pradesh. A l’opposé, huit états comptent moins de 10 % de végétariens : Tamil Nadu, Kerala, Andhra Pradesh, Odisha, Bengale occidental, Jharkhand, Telangana, Bihar. 

 

La promotion du végétarisme dans certaines régions de l'Inde

Ces dernières années, plusieurs états ont engagé des actions en faveur du végétarisme. Le premier ministre du Gujarat a annoncé qu’il voulait que son état devienne 100 % végétarien. Ces états s’opposent à la solution d’enrichissement en œufs des repas scolaires. Ainsi, en août 2020, le gouvernement BJP du Madhya Pradesh a annulé la décision de la précédente équipe qui avait institué la mesure.

Dans la même ligne, certaines communes du Gujarat viennent d’interdire tous les vendeurs de nourriture non végétarienne à proximité des écoles, des temples et des lieux publics. 

En septembre 2021, la ville de Mathura dans l’Uttar Pradesh a banni la vente de viande sur son territoire. 

 

Sans vouloir opposer les végétariens aux mangeurs de viande, deux questions s’imposent face à ces décisions. Qu’en est-il de la liberté religieuse et du respect des habitudes de vie de chaque communauté, institués par la constitution indienne ? Comment l’Inde peut-elle engager un effort de grande ampleur pour lutter contre la malnutrition des enfants, au-delà des jeux politiques et confessionnels ? 

Un œuf quotidien pour chaque enfant n’est certes pas la solution miracle, mais cela peut efficacement contribuer à mieux équilibrer les apports alimentaires et réduire les carences. Pour les enfants des familles végétariennes, il est certainement possible de trouver un moyen de respecter leur choix sans ouvrir une guerre scolaire !

Un peu de bon sens et surtout de volonté pour que le fléau de la malnutrition soit combattu. 

 

annick jourdaine

Annick Jourdaine

Annick vit à Chennai depuis septembre 2019. L'écriture est pour elle le moyen de prendre du recul et de digérer les émotions que ses yeux et oreilles grand ouverts sur le monde indien provoquent.
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