Après cinq semaines de résidence à Phnom Penh, le photographe français Richard Pak présente une série consacrée à la vie nocturne de la capitale cambodgienne. Un travail nourri par ses souvenirs de la ville, ses ruelles et les rencontres avec leurs habitants.


De retour à Phnom Penh treize ans après un premier séjour, Richard Pak y a passé cinq semaines dans le cadre de La Route des Résidences, un programme associant cette année le Cambodge et la Thaïlande. Il poursuivra son travail à Chiang Mai, où il doit séjourner quatre semaines.
La Route des Résidences est un programme qui associe l’immersion et la création artistique à la circulation entre pays. L’Institut français joue un rôle central dans son organisation et dans l’accueil des artistes, en lien avec des partenaires locaux et régionaux.
« Les appels à projets et les résidences font partie de mon métier. C’est une occasion rêvée pour un artiste de travailler, de produire des images », explique le photographe.
Lors de sa première visite, en 2012, il avait découvert Phnom Penh à l’occasion du festival Photo Phnom Penh. La ville l’avait alors marqué par sa vie dans l’espace public et l’accueil de ses habitants. Depuis, le paysage urbain a évolué. « Elle s’est beaucoup verticalisée et les routes sont désormais bitumées. » Mais c’est surtout la vie quotidienne des rues qui a retenu son attention : « Ce qui m’avait plu, c’était la vie dans l’espace public, la gentillesse des Cambodgiens et leur sourire. »
Le photographe dit avoir été accueilli avec chaleur par plusieurs habitants, qui lui ont parfois offert une bière ou proposé de partager leur repas. « Nous trinquions en disant : “Vive la France, vive le Cambodge !” Il est sans doute plus facile pour moi, en tant qu’Européen et Français, d’être accueilli au Cambodge, compte tenu de l’histoire qui lie nos pays. »
Les ruelles de Phnom Penh au cœur du projet
Pour cette résidence, Richard Pak a choisi de photographier Phnom Penh la nuit, notamment les petites ruelles situées à l’arrière des marchés. Elles ne sont pas toujours faciles à repérer : il faut parfois franchir une porte cochère pour découvrir des passages où les habitants vivent, discutent et où les enfants jouent.
Une étudiante de l’atelier qu’il animait lui a fait découvrir un quartier proche de chez elle. Elle-même ne connaissait pas ces rues. « Elle m’a dit : “J’habite là depuis des années et je ne savais pas que ça existait.” »
Ces lieux l’ont conduit à s’interroger sur les transformations de la capitale et sur le sort de leurs habitants. « Je n’ai pas pu m’empêcher de penser que, dans vingt ans, ils ne seraient peut-être plus là. » Le photographe évoque le risque que ces populations soient déplacées vers la périphérie au profit de nouveaux immeubles. « Je ne suis pas sûr que, dans cinq, dix ou quinze ans, ils seront toujours là. »
Un atelier photographique à Phnom Penh avec Studio Images
En parallèle de son travail personnel, Richard Pak a animé un atelier avec six étudiants de Studio Images, une école de photographie associée au festival Photo Phnom Penh. Il leur a proposé de photographier la ville la nuit, en les laissant libres de choisir leur approche.
Plutôt que de parcourir Phnom Penh tous ensemble, il a passé une soirée avec chaque étudiant dans un quartier choisi par celui-ci. « Ils m’emmenaient dans un quartier de leur choix, prenaient des photos, et j’en prenais aussi. Je les accompagnais et les conseillais. »

Les étudiants avaient des niveaux et des parcours différents. Certains étudiaient la photographie, tandis que d’autres suivaient des formations dans d’autres domaines. Les images sélectionnées seront présentées lors d’une projection et d’une exposition à Studio Images. Richard Pak y montrera une quinzaine de photographies, privilégiant les grands formats.
Pour lui, cette diversité nourrit aussi le travail d’un photographe. « Il faut rester curieux, ne pas se cantonner à une seule manière de faire et s’intéresser aux outils qui évoluent. » Il dit adapter sa pratique à chaque projet plutôt que suivre les tendances : « Je change de forme lorsque mon propos le demande, pas parce qu’une technique est à la mode. »
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