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Pierre Vincent : « Le Cambodge est un pays qui incarne beaucoup »

Après quatre années à Phnom Penh, Pierre Vincent revient sur son parcours au Cambodge et sur les grands enjeux de la coopération franco-cambodgienne, de la culture à la santé, en passant par l’éducation et l’innovation.

Pierre VincentPierre Vincent
CC : le petit Journal Cambodge
Écrit par Raphaël FERRY
Publié le 2 août 2026

Pierre Vincent, conseiller de coopération et d’action culturelle à l’ambassade de France au Cambodge, s’apprête à quitter ses fonctions après quatre années passées à Phnom Penh. Ce départ intervient dans un pays qu’il connaît de longue date, puisqu’il y avait déjà séjourné il y a vingt ans, au début de son parcours.

« C’est mon deuxième séjour au Cambodge. J’y ai été volontaire à Phnom Penh, à l’Université royale de droit et des sciences économiques, il y a une vingtaine d’années. C’est d’ailleurs ici que j’ai découvert la coopération. »

Cette expérience donne une dimension particulière à son bilan. « Je suis arrivé lors de mon volontariat en découvrant la coopération, et je repars 20 ans après avoir eu l’honneur de la diriger avec une équipe exceptionnelle, au SCAC comme à l’IFC. Cela donne du sens à mon parcours. »

Formé en droit, Pierre Vincent ne se destinait pas initialement à la diplomatie.

« Je voulais devenir avocat, mais mon premier stage dans un cabinet m’a fait réaliser que ce n’était pas ma voie. »

Il s’orienta ensuite vers une carrière diplomatique, marquée par des expériences au Moyen-Orient et en Asie du Sud-Est, notamment en Indonésie et au Timor oriental.

« Notre rôle à l’ambassade est de défendre et de promouvoir les intérêts de la France et, pour ce qui est de la coopération, de mettre en œuvre les orientations qui sont décidées par le chef de poste. »

De par le nombre de domaines suivis, l’approche est nécessairement généraliste, les spécialistes étant les attachés dans leurs domaines respectifs (culture, universitaire et langue française). « Ce métier permet de changer régulièrement de fonctions et de sujets, ce qui implique de s’adapter et de faire preuve d’agilité. »

Il distingue la coopération des actions de développement portées par d’autres acteurs institutionnels dotés d’instruments différents. Dans son périmètre, la coopération avec le Cambodge couvre de nombreux domaines, de la santé au patrimoine, en passant par le droit, l’ingénierie ou encore les technologies numériques. Mais avant de nous énumérer les actions de coopération avec la France, il tient à rappeler que « la coopération, ce sont avant tout des formidables histoires de femmes et d’hommes qui font vivre des partenariats ».

Coopération France–Cambodge : enjeux globaux

Au-delà des secteurs traditionnels de la langue française, de la culture, de la mobilité étudiante, de la coopération universitaire et scientifique, le travail de son équipe et des opérateurs français au Cambodge (France Volontaires, IRD, CIRAD, ANRS, Institut Pasteur) vise les enjeux globaux qui sont les défis communs à l’humanité. « Nous travaillons avec le Cambodge sur l’IA, l’approche One Health (« une seule santé »), la prévention des pandémies, l’égalité de genre ou la lutte contre la désinformation, en lien avec les objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies. »

Pierre Vincent souligne également la place singulière du Cambodge sur la scène internationale. « C’est un pays qui, malgré sa taille modeste, incarne beaucoup. Il s’est reconstruit en deux générations après une histoire marquée de guerres et de vicissitudes. »

Face aux tensions géopolitiques, le Cambodge maintient une ligne claire. « Le Cambodge a toujours cherché une voie indépendante, dans la lignée du discours du général de Gaulle de 1966. »

Phnom Penh, Cambodge : priorités diplomatiques et feuille de route

À son arrivée en 2022, Pierre Vincent s’inscrit dans une continuité diplomatique tout en dressant un diagnostic pour une réévaluation des actions. « On ne transforme pas radicalement une coopération existante, mais on applique une feuille de route définie avec l’ambassadeur et en dialogue avec les parties prenantes. Il faut prendre des orientations, des décisions. »

Cette feuille de route a évolué avec l’arrivée d’un nouvel ambassadeur, mettant notamment l’accent sur les filières d’excellence universitaire et la langue française, célébrée cette année avec le XXe Sommet de la Francophonie. « La langue française reste une condition souvent essentielle à une coopération forte, liée aussi à notre histoire commune vieille de plus de 150 ans. »

Des moyens supplémentaires ont été mobilisés (1,5 M€ sur 4 ans) pour renforcer la formation des enseignants et redynamiser l’image du français auprès de la jeunesse cambodgienne. « Au-delà de séminaires, nous avons accompagné des enseignants et des élèves pour des séjours en France. Cela crée un lien concret avec la langue et la culture. »

Restauration du Mébon occidental à Siem Reap et formation locale

Parmi les réalisations marquantes de son mandat, Pierre Vincent cite la fin de la restauration du Mébon occidental, temple du XIe siècle situé au milieu du Baray occidental sur le site archéologique d’Angkor. « Ce chantier, mené depuis 2012, arrive à son terme. Nous travaillons sur une inauguration prochainement. »

 

Une des tours du Mebon occidental avant les campagnes de restauration commencées en 2012. Photo Stefan Fussan

Une des tours du Mebon occidental avant les campagnes de restauration commencées en 2012. Photo Stefan Fussan

Au-delà de la restauration du temple et de ses gradins, il met en avant la dimension pédagogique du projet. « C’est un véritable chantier-école qui a permis de former des Cambodgiens pour les métiers de tailleurs de pierre, d’architecte, d’archéologues ou encore de spécialistes de la photogrammétrie, en étroite coopération avec l’autorité nationale Apsara, partenaire de longue date. »

Pour en savoir plus Le temple Mébon renaît pour le sommet de la Francophonie

Il insiste sur le caractère collectif de cette entreprise. « C’est une aventure humaine avant tout, menée par des équipes sur le terrain et appuyées par les plus grands experts mondiaux du patrimoine. »

Pierre Vincent aura coprésidé les sessions techniques du CIC Angkor Sambor Prei Kuk avec son collègue japonais : « Je garderai longtemps en mémoire toute l’équipe de cette aventure qui a démarré en 1993. »

Modernisation du musée national et identité khmère

Autre projet structurant : la rénovation du musée national destiné à valoriser l’identité culturelle khmère. Trois axes ont guidé les études de faisabilité : l’étude des collections, la rénovation du bâtiment datant de 1920 et la réflexion sur les publics et la médiation.

« L’objectif est de proposer un musée qui reflète l’identité khmère dans toute sa profondeur historique, scientifique, tout en préservant la dimension sacrée et vivante. »

Ce projet répond à un besoin identifié dans le paysage culturel cambodgien, où peu d’institutions offrent une vision globale de l’histoire nationale.

Santé, coopération scientifique et souveraineté au Cambodge

La coopération en matière de santé (formation, recherche) constitue un autre pilier important.

« Plus de 1 400 médecins cambodgiens ont été formés en France depuis 1996, dont le ministre de la Santé, Chheang Ra. »

Plusieurs institutions françaises accompagnent le développement de la recherche au Cambodge avec des partenaires cardinaux comme l’Université des sciences de la santé, l’Institut de technologie du Cambodge ou encore la Cambodian Academy for Digital Technologies (CADT). Cette coopération contribue à renforcer les capacités locales afin de faire face aux futures crises sanitaires, par exemple.

« Grâce à la coopération, le Cambodge gagne en souveraineté scientifique et à mieux se préparer aux pandémies. »

 

Pierre vincent

69 jeunes médecins cambodgiens ont été accueillis en France pour se spécialiser en 2025. Photo Ana Eduardo

 

Intelligence artificielle au Cambodge

La coopération s’étend également aux nouvelles technologies. « Nous travaillons avec le Cambodge sur l’intelligence artificielle, qui est un sujet majeur, à la fois politique, économique et social. »

Les étudiants cambodgiens apprécient la qualité et le coût modique de formations en France réputées à l’international, notamment dans le numérique et les nouvelles technologies, et qui leur ouvrent des perspectives de recherche. Ils sont de plus en plus nombreux à choisir pour destination la France, qui se classe au 5e rang des pays accueillant le plus d’étudiants cambodgiens.

Agriculture et enjeux environnementaux au Cambodge

La coopération aborde aussi les questions agricoles et environnementales.

« Nous soutenons des projets pour promouvoir une agriculture plus durable, sensibilisée aux pratiques agroécologiques, mais aussi former les nouveaux acteurs au sein de l’académie des sciences agricoles. »

Ces actions visent à accompagner les évolutions du secteur agricole tout en préservant les ressources et la qualité des produits du terroir cambodgien, que ce soit la noix de cajou, le poivre ou encore le riz. Le CIRAD et l’IRD sont deux acteurs majeurs de cette coopération, avec une équipe de scientifiques engagés sur le terrain et auprès des populations locales depuis des années.

Éducation au Cambodge : modèle français et enjeux linguistiques

Enfin, Pierre Vincent évoque le développement du réseau éducatif français avec désormais 5 écoles homologuées AEFE à Phnom Penh, Battambang et Siem Reap, totalisant plus de 1 400 élèves.

« Le modèle éducatif français reste une alternative intéressante dans l’écosystème local, avec une attention particulière portée à la langue et à la culture. »

Il observe néanmoins les évolutions linguistiques chez les jeunes générations cambodgiennes. « La langue française offre de réelles opportunités pour n’importe quel étudiant qui s’en donne les moyens. Les exemples sont nombreux entre les médecins, les juristes, les ingénieurs, les architectes, les professionnels du monde de la culture… Le succès de nos soirées Alumni en témoigne, elles sont devenues un marqueur fort de notre calendrier depuis 2022. »

Une relation personnelle au Cambodge

Au-delà de ses fonctions, Pierre Vincent évoque un lien intime avec le Cambodge, nourri depuis l’enfance. « J’ai découvert ce pays à travers un proche de ma mère, Cambodgien marqué, comme son peuple, par les Khmers rouges. »

Cette relation s’est approfondie au fil des années, notamment à travers la découverte de la statuaire khmère.

« Cette culture m’accompagne depuis longtemps. Elle fait partie de mon parcours personnel. »

Il évoque également ce que le pays lui a apporté. « J’apprends beaucoup de la manière dont les Cambodgiens vivent, pensent et respectent leurs traditions. Il y a une forme de sagesse qui m’apaise. »

Perspectives après Phnom Penh : formation et avenir professionnel

À son départ, Pierre Vincent prévoit une année de formation.

« Je souhaite approfondir mes compétences avant de rejoindre un nouveau poste à Paris. »

Il reste attaché aux missions de coopération. « Ce sont des projets concrets, portés par des femmes et des hommes, qui donnent du sens à notre action. »

« La visite du président de la République au mois de novembre permettra notamment de mettre en lumière le travail mené par l’ambassade en termes de partenariat diversifié et de coopération fructueuse », conclut-il.

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