Le Cambodge et la Thaïlande ont présenté leurs positions lors de la première réunion de la Commission de conciliation des Nations unies consacrée à leur différend maritime. Les deux ministres des Affaires étrangères ont prononcé des déclarations liminaires très différentes, tant par leur ton que par leur contenu. Cette première réunion souligne la profondeur de leur désaccord et éloigne la perspective d’un accord définitif à court terme.


Une première réunion à Singapour
Les ministres ont prononcé leurs déclarations liminaires le 15 septembre à Singapour, lors de la première réunion de la Commission de conciliation chargée d’examiner leur différend maritime.
La procédure, engagée par Phnom Penh en juin au titre de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, s’est ouverte lundi et durera jusqu’au 16 septembre. Elle prévoit l’intervention d’un groupe d’experts indépendants, chargé d’examiner les arguments des deux parties et de formuler des recommandations. Celles-ci ne seront pas juridiquement contraignantes.
La Cour permanente d’arbitrage (CPA) a été saisie d’un différend complexe mêlant intérêts économiques, historiques et patrimoniaux. Pour rappel, le litige porte sur une zone d’environ 26 000 kilomètres carrés revendiquée par chacun des deux pays dans le golfe de Thaïlande. Cette région pourrait abriter près de 12 000 milliards de pieds cubes de gaz naturel ainsi que d’importantes réserves de pétrole. La valeur globale des ressources énergétiques potentielles est estimée à environ 300 milliards de dollars.
Phnom Penh met en avant le fond juridique
Dans sa déclaration, le ministre cambodgien des Affaires étrangères, Prak Sokhonn, a expliqué que son pays souhaitait parvenir à un traité fixant une frontière maritime définitive avec la Thaïlande.
Réaliste, le Cambodge a également évoqué une solution intermédiaire. En l’absence d’accord sur la délimitation maritime, Phnom Penh se dit prêt à conclure avec Bangkok un accord de développement conjoint prévoyant un partage équitable des ressources entre les deux États, une solution qui resterait provisoire dans l’attente d’un compromis définitif.
« À défaut, le Cambodge serait prêt à conclure un accord avec la Thaïlande pour le développement conjoint et le partage équitable des ressources entre les deux États », a déclaré Prak Sokhonn, selon Reuters.
Le ministre a par ailleurs rappelé les négociations menées pendant plusieurs années et le protocole d’accord signé en 2001, appelé « MoU 44 » (Memorandum of Understanding). Ce texte avait établi un cadre pour l’exploitation conjointe des ressources dans une zone où les revendications maritimes des deux pays se chevauchent.
Une position plus confrontante de Bangkok
La Thaïlande a, de son côté, insisté sur le champ précis de la procédure. Son ministre des Affaires étrangères, Sihasak Phuangketkeow, a affirmé que la Commission devait se limiter à la délimitation de la frontière maritime entre les deux pays dans le golfe de Thaïlande et a insisté sur le fait qu’elle n’avait pas vocation à régler les questions de souveraineté terrestre ni le différend concernant certains îlots.
« La Thaïlande entre dans cette conciliation de bonne foi, pleinement consciente des dispositions de l’UNCLOS », a-t-il déclaré, en référence à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer.
Bangkok a également rappelé avoir proposé des négociations directes avant le recours au mécanisme onusien. Selon la position thaïlandaise, six mois de discussions bilatérales auraient dû être organisés avant d’envisager une procédure internationale.
La Thaïlande affirme par ailleurs que, depuis la signature de « MoU 44 », seules deux réunions officielles auraient été consacrées aux négociations et qu’aucun résultat concret n’aurait été obtenu.
Le ministre des Affaires étrangères thaïlandais a par ailleurs mentionné l’enregistrement d’une conversation téléphonique ayant fuité, des tirs de roquettes, la mort de civils ainsi que les questions liées aux mines antipersonnel. Selon Sihasak Phuangketkeow, le Cambodge aurait également fabriqué certains récits et déformé les faits. En somme, Phnom Penh cherche, selon lui, à « jouer le rôle de victime avec un sentiment de supériorité morale ».
La Commission devra désormais analyser les arguments présentés par les deux parties tout en considérant que le différend maritime demeure lié à une relation bilatérale plus large, marquée par des désaccords frontaliers, des tensions politiques et des accusations réciproques.
Source: Cambodianess, AFP et Reuters
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