Édition internationale

Quatre accords signés entre le Cambodge et le Myanmar

La visite de Min Aung Hlaing à Phnom Penh a abouti à quatre accords bilatéraux, tout en suscitant des critiques sur la légitimité politique et les droits humains.

Min Aung Hlaing et Hun ManetMin Aung Hlaing et Hun Manet
Photo: Prime Minister Hun Manet/Facebook
Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 15 septembre 2026

Quatre accords signés à Phnom Penh

Le Cambodge et le Myanmar ont conclu quatre accords destinés à renforcer leur coopération bilatérale dans les domaines de la fiscalité, de l’investissement, de la culture, des médias et de l’information, à l’occasion de la visite d’État de deux jours du président birman Min Aung Hlaing à Phnom Penh.

L’accueil réservé par le Cambodge au dirigeant militaire a toutefois suscité des inquiétudes dans le pays ainsi qu’à l’étranger.

Invité par le roi Norodom Sihamoni, Min Aung Hlaing s’est rendu au Cambodge les 11 et 12 septembre. Il a rencontré le chef de l’État par intérim, Hun Sen, et s’est entretenu avec le Premier ministre Hun Manet.

Le 11 septembre, Hun Manet et Min Aung Hlaing ont assisté à la signature de quatre documents.

Le premier accord porte sur l’élimination de la double imposition sur les revenus ainsi que sur la prévention de la fraude et de l’évasion fiscales. Le deuxième concerne la promotion et la protection réciproques des investissements.

Les deux autres textes consistent en un avenant à l’accord de coopération culturelle et en un protocole d’accord consacré à la coopération dans les domaines des médias et de l’information.

 

Des accords cambodgiens et birmans qui passent à côté de l’essentiel

Selon l’analyste géopolitique indépendant Seng Vanly, le Myanmar semble avoir tiré davantage de bénéfices politiques de cette visite. Il estime aussi que les discussions ont accordé une place limitée aux questions liées à la paix et à la criminalité transnationale.

Selon Seng Vanly, l’absence de coopération spécifique sur les escroqueries en ligne, la traite des êtres humains et la criminalité transnationale constitue une source majeure d’inquiétude. Le Cambodge et le Myanmar sont largement considérés comme des points importants d’implantation de ces réseaux dans la région.

« Le fait de ne pas traiter ces questions tout en renforçant la coopération économique et dans le domaine de l’information pourrait donner le sentiment que les intérêts politiques priment sur l’intérêt public », a-t-il déclaré.

Selon Seng Vanly, le Cambodge et le Myanmar devraient commencer à échanger des informations sur les enquêtes, le suivi des avoirs financiers des criminels, le sauvetage des victimes et la traduction des responsables en justice.

 

La paix et le consensus de l’ASEAN au second plan

Seng Vanly regrette que la paix, la fin des violences et la mise en œuvre du Consensus en cinq points de l’ASEAN aient reçu moins d’attention. Ce consensus a été adopté par l’ASEAN en 2021 pour répondre à la crise politique et aux violences après la prise de pouvoir de l’armée au Myanmar. Il prévoit, entre autres, l’arrêt immédiat de la violence et la mise en place d’un dialogue pacifique entre toutes les parties concernées.

Concernant l’accord sur la coopération dans les médias et l’information, Seng Vanly appelle à une surveillance étroite de sa mise en œuvre. Le Cambodge et le Myanmar font tous deux l’objet de critiques concernant les restrictions imposées à la liberté de la presse et aux libertés civiles.

« En l’absence de transparence suffisante, cet accord pourrait susciter des inquiétudes quant à son éventuelle utilisation pour contrôler l’information plutôt que pour renforcer le droit du public à y accéder », a-t-il déclaré.

 

Une reconnaissance régionale pour le régime birman

Selon Seng Vanly, l’accueil officiel de haut niveau réservé à Min Aung Hlaing, ainsi que ses rencontres avec Hun Manet et Hun Sen, au cours desquelles quatre accords ont été signés, pourrait être présenté par le Myanmar comme le signe d’une légitimité régionale croissante.

Cette séquence pourrait aussi soulever des questions sur la reconnaissance, par le Cambodge, du gouvernement soutenu par l’armée au Myanmar.

« Le gouvernement cambodgien devrait clairement indiquer que le maintien de relations diplomatiques avec le Myanmar ne signifie pas que le Cambodge accepte ou cherche à légitimer le gouvernement birman soutenu par l’armée », a déclaré Seng Vanly.

Selon lui, cette visite pourrait finalement apporter davantage de bénéfices politiques au Myanmar qu’au Cambodge, en lui offrant une occasion diplomatique ainsi que l’image d’un pays accueilli officiellement par un État membre de l’ASEAN.

 

L’inquiétude des organisations de défense des droits humains au Cambodge

Des organisations de défense des droits humains ont également exprimé leur inquiétude face à la décision du Cambodge d’accueillir Min Aung Hlaing.

Dans un communiqué, l’ONG internationale Human Rights Watch a décrit cette visite comme une tentative destinée à obtenir une légitimité internationale pour le régime soutenu par l’armée au Myanmar.

Le 11 septembre, Elaine Pearson, directrice de Human Rights Watch pour l’Asie, a déclaré que le gouvernement cambodgien ne devrait pas accueillir le dirigeant birman Min Aung Hlaing.

« Il a été impliqué dans de nombreuses exactions, et le procureur de la Cour pénale internationale a demandé un mandat d’arrêt à son encontre pour les crimes contre l’humanité qui lui sont reprochés. »

« En tant qu’État membre de la CPI, le Cambodge a un rôle important à jouer pour maintenir cette ligne de conduite », a-t-elle ajouté. Phnom Penh reste liée par son obligation de coopération avec la CPI, ce qui supposerait, en théorie, que les autorités arrêtent les personnes visées par un mandat international lorsqu’elles se trouvent sur leur territoire.

Selon Elaine Pearson, des événements diplomatiques de cette nature pourraient aussi jeter une ombre sur l’ASEAN et souligner la nécessité, pour ses membres, de cesser de saper les positions de l’organisation régionale.

L’organisation de défense des droits humains Fortify Rights avait appelé le gouvernement cambodgien, le 9 septembre, à ne pas accorder à Min Aung Hlaing un accueil officiel. Elle avait également demandé au Cambodge de respecter pleinement ses obligations en tant qu’État membre de la CPI, notamment en donnant suite à toute demande légale de la Cour concernant son arrestation et sa remise aux autorités judiciaires.

 

Phnom Penh invoque le principe de non-ingérence de l’ASEAN

Lors d’une conférence de presse organisée le 11 septembre, le porte-parole du Sénat, Chea Thyrith, a déclaré que le Cambodge respectait le principe de non-ingérence de l’ASEAN.

Selon Chea Thyrith, Hun Sen a présenté la visite de Min Aung Hlaing comme une initiative destinée à renforcer les relations entre les deux pays. Celles-ci sont restées stables depuis 71 ans, a-t-il ajouté.

Avec l'aimable autorisation de Cambodianess, qui a permis la traduction de cet article et ainsi de le rendre accessible au lectorat francophone.

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