Édition internationale

Les réseaux de cyberfraude au Cambodge changent de visage

Le démantèlement des vastes centres d’escroquerie au Cambodge pousse les réseaux frauduleux à revoir leurs méthodes, suscitant de nouvelles inquiétudes.

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Complexe lié à des activités frauduleuses dans la province de Takeo, connu sous le nom de « Mango Park 2 », qui a été fermé en juillet 2025 avant d'être transformé en centre de rétention pour migrants. 4 décembre 2024. (CamboJA/Coby Hobbs)
Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 4 septembre 2026

Le Cambodge affirme avoir démantelé les vastes complexes d’escroquerie qui ont transformé plusieurs régions du pays en pôles majeurs de cyberfraude industrielle. Toutefois, l’apparition de petits réseaux frauduleux dans les zones urbaines suscite des inquiétudes quant à l’adaptation du secteur.

À Phnom Penh, les autorités ont arrêté cette semaine 18 ressortissants bangladais lors d’une perquisition menée dans une maison du district de Boeung Keng Kang, soupçonnée d’abriter une opération d’escroquerie en ligne.

À Sihanoukville, la police a arrêté mardi 10 ressortissants chinois et saisi plus de 120 appareils électroniques lors de perquisitions dans trois immeubles résidentiels. Quatre des personnes arrêtées sont soupçonnées d’être impliquées dans des escroqueries en ligne.

Les autorités ont également interpellé 34 suspects et saisi plusieurs centaines d’appareils électroniques lors de perquisitions menées durant le week-end dans des lieux soupçonnés d’abriter des activités frauduleuses, dans le district de Kiri Sakor, à Koh Kong.

Plus de 600 sites frauduleux démantelés au Cambodge

Ces opérations ont été menées peu après l’annonce de la Commission de lutte contre les escroqueries en ligne. Celle-ci a déclaré que les autorités avaient évacué plus de 600 sites liés à des opérations frauduleuses au cours de l’année écoulée et interpellé près de 30 000 suspects issus de 39 nationalités.

Pour en savoir plus : Un Cambodge sans plus aucun centre d'escroquerie, les experts septiques

Un rapport publié mercredi par les médias d’État a également indiqué que les autorités avaient gelé plus de 300 millions de dollars placés sur des comptes bancaires contenant des revenus issus d’escroqueries. Elles auraient aussi ouvert plus de 440 procédures pénales contre des fraudeurs depuis juillet 2025.

Le gouvernement a présenté ces chiffres comme la preuve de l’ampleur de sa campagne de répression et a déclaré qu’aucun vaste complexe d’escroquerie ne fonctionnait encore dans le pays.

Cependant, Chhay Sinarith, directeur de la commission chargée de lutter contre les escroqueries, a reconnu que les groupes frauduleux s’étaient adaptés. Ils ont transféré leurs activités vers des structures plus petites et décentralisées, dissimulées dans des maisons d’hôtes, des résidences en copropriété, des véhicules et des cafés.

Les réseaux frauduleux s’adaptent à la répression

La découverte persistante de petites opérations a conduit un expert à souligner la nécessité de démanteler les réseaux, plutôt que de simplement interrompre leurs activités.

Jacob Sims, chercheur invité à l’université Harvard et spécialiste reconnu de la criminalité transnationale en Asie du Sud-Est, estime que le calendrier de l’annonce gouvernementale revêt une importance particulière. Cette déclaration intervient alors que le Cambodge fait face à une pression internationale croissante au sujet de l’industrie de la cyberfraude et se prépare à accueillir une conférence internationale consacrée à la lutte contre les escroqueries en ligne.

Selon Jacob Sims, le gouvernement a de fortes raisons de vouloir démontrer des résultats visibles. Toutefois, la fermeture des complexes frauduleux ne signifie pas nécessairement le démantèlement des réseaux ayant permis à cette industrie de prospérer.

« Les éléments disponibles indiquent beaucoup plus clairement une interruption des activités et une adaptation des réseaux qu’un démantèlement complet », a déclaré Jacob Sims. Il a ajouté qu’il était plus facile de fermer des complexes physiques que de perturber les « réseaux criminels et politiques » ayant permis à cette industrie de fonctionner.

Selon Jacob Sims, la prochaine étape pour le gouvernement devrait consister à cibler les réseaux ainsi que les acteurs puissants qui ont facilité et protégé cette industrie, plutôt que de se concentrer uniquement sur les petits sites d’escroquerie.

Des responsables et hommes d’affaires visés à l’étranger

Ces dernières années, des sénateurs cambodgiens et des hommes d’affaires fortunés disposant de liens politiques ont fait l’objet de sanctions et de mandats d’arrêt émis par des gouvernements étrangers, en raison de leur implication présumée dans des opérations d’escroquerie et dans les activités de traite des êtres humains qui les alimentent.

Aucun des hauts responsables ciblés ou associés à cette industrie par des gouvernements étrangers n’a fait l’objet de poursuites judiciaires au Cambodge. Tous ont nié être impliqués.

Touch Sokhak, porte-parole du ministère de l’Intérieur, Chhay Kim Khoeun, porte-parole de la Police nationale, ainsi que Chea Pov, directeur du Département de lutte contre la cybercriminalité de la Police nationale cambodgienne, n’ont pas répondu aux questions de CamboJA News. Ces questions portaient sur le fait de savoir si les récentes opérations indiquaient une adaptation des réseaux frauduleux à la répression, et si les autorités avaient identifié des liens entre les petites opérations et les complexes précédemment démantelés.

Une application pour signaler les escroqueries au Cambodge

Les récentes opérations interviennent également alors que la Police nationale a lancé l’application Kapea Scams. Celle-ci permet aux citoyens de signaler des opérations frauduleuses présumées et de recevoir des alertes des autorités.

Selon Jacob Sims, l’application pourrait contribuer à générer des pistes, notamment à mesure que les opérations deviennent plus petites et plus difficiles à identifier pour les autorités.

Il estime toutefois que son efficacité dépendra de la conduite d’enquêtes indépendantes après le dépôt d’un signalement. Il a également appelé à ne pas saluer trop rapidement les résultats de la campagne de répression.

« Ces complexes ont fonctionné en toute impunité pendant de très nombreuses années. Quelques mois de fermeture ne suffisent pas pour affirmer que le problème est résolu », a déclaré Jacob Sims.

 

Seoung Nimol

Avec l'aimable autorisation de CamboJA News, qui a permis la traduction de cet article et ainsi de le rendre accessible au lectorat francophone.

 

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