Édition internationale

Un Cambodge sans plus aucun centre d'escroquerie, les experts septiques

Les autorités cambodgiennes affirment avoir éliminé les grands centres d’escroquerie en ligne après un an d’opérations. Des experts et des organisations de défense des droits restent toutefois prudents.

Police Scam AKPPolice Scam AKP
Descente de police dans un centre de scam. photo AKP
Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 31 août 2026

Les autorités cambodgiennes affirment avoir démantelé les principaux centres d’escroquerie en ligne actifs dans le pays au terme d’une campagne menée entre juillet 2025 et le 20 août 2026.

Selon Chhay Sinarith, ministre d’État chargé de la lutte contre les escroqueries en ligne et responsable de la Commission spéciale dédiée à ce dossier, 793 sites suspects ont été inspectés. Les forces de l’ordre sont intervenues directement sur 624 sites et ont placé près de 30 000 suspects en détention.

Un communiqué gouvernemental évoque de son côté la fermeture de plus de 700 complexes résidentiels utilisés par les réseaux criminels. Les autorités ont également annoncé l’expulsion de 58 266 ressortissants étrangers, dont 7 282 femmes. Parmi eux, 22 045 personnes issues de 38 nationalités auraient été directement impliquées dans des activités frauduleuses.

Des procédures judiciaires et des arrestations

Les opérations ont donné lieu à la transmission de 408 dossiers aux tribunaux. Au total, 3 477 suspects de 29 nationalités étaient placés en détention provisoire, tandis que 855 autres personnes faisaient l’objet de mandats d’arrêt, selon les chiffres communiqués par les autorités.

La campagne a également ciblé la corruption présumée de responsables publics. L’Unité anticorruption a ouvert quatre enquêtes et procédé à l’arrestation de 15 hauts fonctionnaires et membres des forces de l’ordre.

Parmi les personnes arrêtées figureraient notamment un procureur général adjoint, un responsable adjoint de l’immigration, un haut responsable de la police municipale de Phnom Penh et un ancien directeur général du ministère des Affaires étrangères. 

Les autorités ont en outre visé 27 casinos. Dix-huit licences ont été définitivement retirées et neuf autres suspendues.

Pour en savoir plus : Casinos au Cambodge : des autorisations qui interrogent

Des réseaux qui se décentralisent

Lors d’une réunion organisée le 27 août à Phnom Penh avec une cinquantaine de représentants diplomatiques et d’organisations internationales, Chhay Sinarith a déclaré que « les activités d’escroquerie à grande échelle ont été entièrement maîtrisées et qu’il ne reste actuellement aucun centre d’escroquerie en ligne dans le pays »

Le responsable a toutefois reconnu que les groupes criminels adaptaient leurs méthodes. « Bien que les sites de grande taille aient été complètement démantelés, les groupes criminels ont modifié leurs tactiques et mènent désormais des activités décentralisées, à petite échelle, dans des maisons d’hôtes, des appartements, des logements loués, des véhicules et des cafés », a-t-il déclaré

Cette évolution complique le contrôle des opérations. Les escroqueries reposent notamment sur de fausses relations sentimentales, des propositions d’investissement frauduleuses et l’utilisation de cryptomonnaies.

Des experts sceptiques face à l’annonce officielle

L’annonce du gouvernement est accueillie avec prudence par plusieurs observateurs. Amnesty International s’est dite « très sceptique quant à l’idée que l’industrie des centres d’escroquerie ait été effectivement éliminée », estimant que le véritable indicateur serait la poursuite des responsables et la prévention d’une reprise des activités. 

Interrogé par l’Associated Press, Mark Taylor, consultant indépendant spécialisé dans la lutte contre la traite des êtres humains, a estimé que des activités importantes se poursuivaient probablement au Cambodge et que le recrutement de travailleurs étrangers destinés à ces réseaux n’avait pas cessé. 

L’organisation Blue Dragon Children’s Foundation, qui accompagne des victimes de traite, a adopté une position plus mesurée. Son fondateur, Michael Brosowski, a relevé une baisse importante des appels de personnes victimes de traite, tout en soulignant que ces signalements n’avaient pas disparu. 

Reuters a également indiqué ne pas avoir pu vérifier indépendamment l’affirmation selon laquelle tous les centres auraient été éliminés. Des journalistes de l’agence, qui ont visité plusieurs sites saisis ou abandonnés entre février et avril 2026, ont rapporté des indices d’exploitation et de fraudes organisées à grande échelle. 

Une nouvelle loi et une conférence internationale

Le gouvernement cambodgien affirme vouloir renforcer son dispositif juridique avec des projets de loi sur la cybersécurité, la cybercriminalité et les actifs numériques.

Le Parlement a par ailleurs adopté en mars 2026 une loi prévoyant des peines pouvant aller jusqu’à la réclusion à perpétuité pour les infractions liées aux centres d’escroquerie en ligne. 

Le Cambodge doit enfin accueillir, les 23 et 24 septembre 2026, une conférence internationale consacrée à la lutte contre les escroqueries en ligne. Des représentants gouvernementaux, des organisations internationales, des services de police, des établissements financiers et des entreprises technologiques devraient y participer. 

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