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Les zones d’ombre dans la lutte contre les arnaques en ligne au Cambodge

Un rapport d’Amnesty International met en cause l’efficacité de la répression au Cambodge, évoquant des victimes invisibles et des abus persistants.

Les zones d’ombre dans la lutte contre les arnaques en ligne au Cambodge Les zones d’ombre dans la lutte contre les arnaques en ligne au Cambodge
Descente de police dans un complex de Phnom Penh le 7 juin 2026. photo AKP
Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 11 juin 2026

Un nouveau rapport d’Amnesty International affirme que la répression menée par le Cambodge contre les complexes d’arnaques en ligne n’a pas permis d’identifier les victimes de traite, tandis que des réseaux criminels ont continué à échapper aux raids et que des personnes victimes ont subi des abus, dont des violences sexuelles.

Publié lundi, le rapport repose sur des entretiens avec 73 personnes victimes de traite vers des complexes d’escroquerie au Cambodge, originaires de 16 pays, sur une période allant de juillet 2025 à avril, selon l’organisation de défense des droits humains.

Amnesty affirme qu’une collusion apparente entre les autorités et des groupes criminels a permis à ces complexes d’éviter les opérations de police. Le rapport documente de multiples cas de violences sexuelles et indique qu’aucune des personnes interrogées n’a été examinée pour détecter des signes de traite ni officiellement reconnue comme victime par les autorités.

« Le gouvernement cambodgien a soigneusement soigné l’image de sa répression contre les arnaques, mais derrière chaque titre annonçant un raid ou une arrestation se trouvent des victimes d’esclavage, de torture et de viol laissées presque sans aucun soutien », a déclaré Montse Ferrer, codirectrice régionale d’Amnesty International.

La réponse des autorités cambodgiennes

Chhay Kim Khoeun, porte-parole de la Police nationale, a affirmé que les autorités suivent des procédures établies pour enquêter et identifier les personnes découvertes lors d’opérations contre les complexes d’escroquerie. Selon lui, les responsables distinguent les victimes des auteurs à travers des interrogatoires et fournissent hébergement et nourriture durant le processus d’identification.

« Nous avons procédé à toutes les identifications. Nous ne l’avons pas fait de manière négligente », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il pourrait y avoir eu « certaines lacunes dues au grand nombre de personnes et aux problèmes linguistiques », tout en assurant que les procédures légales n’avaient pas été violées.

Une industrie massive sous pression internationale

Ce rapport intervient alors que le Cambodge poursuit une vaste répression nationale contre l’industrie des arnaques en ligne, évaluée à plusieurs milliards de dollars. Les Nations unies estiment que ce secteur repose sur des centaines de milliers de travailleurs victimes de traite, forcés ou contraints, dans un contexte de surveillance internationale accrue et de sanctions.

Dans un rapport publié en juin 2025, Amnesty avait identifié 53 complexes d’escroquerie au Cambodge liés à la traite des êtres humains, au travail forcé, à l’esclavage et à la torture par des groupes criminels organisés. Le nouveau rapport recense 33 sites supplémentaires, portant le total à 86.

Pour en savoir plusL’ONU dénonce la traite humaine dans la région du Mékong

Des interventions limitées et des soupçons de complicité

Amnesty indique avoir trouvé des preuves d’intervention des autorités dans seulement 24 de ces complexes, et documente des libérations massives ou des évasions dans sept autres.

Certaines personnes interrogées ont affirmé que la police se rendait régulièrement dans un complexe de la province de Prey Veng, notamment pour « enlever des corps et boire du café avec les gestionnaires », tandis qu’Amnesty indique n’avoir trouvé aucune preuve d’action judiciaire contre ce site.

Des chiffres officiels contestés

Le gouvernement a déclaré avoir fermé plus de 250 opérations d’escroquerie et 91 casinos sur la période allant de juillet 2025 à la mi-avril. Il a également indiqué que plus de 240 000 ressortissants étrangers avaient quitté « volontairement » le Cambodge en lien avec ces activités, et que plus de 13 000 autres avaient été expulsés, sans préciser combien étaient victimes de traite ou contraintes.

Amnesty met en doute ces chiffres, évoquant un manque de transparence et de preuves, et estime que ses conclusions soulèvent des interrogations sur l’efficacité de la répression et ses conséquences pour les victimes.

Le gouvernement défend son action

Pen Bona, porte-parole du gouvernement, a déclaré que les autorités avaient intensifié leurs efforts pour lutter contre les arnaques en ligne et obtenu des résultats significatifs.

« Le Cambodge agit dans l’intérêt de la nation et du peuple cambodgien, et non pour satisfaire une quelconque organisation », a-t-il affirmé, en référence à Amnesty.

Il a également évoqué des directives répétées du Premier ministre Hun Manet et du président du Sénat Hun Sen à l’attention des responsables à tous les niveaux afin d’éradiquer ces opérations.

Des victimes toujours vulnérables

Si des milliers de personnes ont été libérées des complexes d’escroquerie, Montse Ferrer a indiqué que de nombreuses victimes se retrouvent sans abri ou détenues dans des centres d’immigration surpeuplés. Certaines ont signalé des extorsions, des menaces de la part de la police et un soutien insuffisant de leurs ambassades.

Seoung Nimol

Avec l'aimable autorisation de CamboJA News, qui a permis la traduction de cet article et ainsi de le rendre accessible au lectorat francophone.

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