Les combats entre le Cambodge et la Thaïlande se poursuivent pour le dixième jour consécutif. Frappes militaires, zones civiles touchées et déplacements massifs aggravent la crise humanitaire.


Selon le ministère cambodgien de la Défense nationale, les hostilités ont débuté dès les premières heures de la matinée et se sont poursuivies sans interruption jusqu’en milieu d’après-midi.
Dans la 4e région militaire, couvrant les provinces d’Oddar Meanchey et de Preah Vihear, les forces thaïlandaises ont mené de lourdes attaques, notamment dans les zones du temple de Preah Vihear, de Ta Krabei, Tamoan, Phnom Khmoch, An Ses, Thmar Chat et Chob Angkounh. Les autorités cambodgiennes font état de l’utilisation de chars, d’artillerie de 155 mm ainsi que de drones explosifs et de drones kamikazes.
Dans la 5e région militaire, les provinces de Banteay Meanchey et de Pursat ont également été visées. Des tirs ont été signalés autour de Chouk Chey, Prey Chan, O’ Phlok Damrei et dans plusieurs zones frontalières, impliquant notamment des navires de la marine thaïlandaise.
Attaques sur des zones civiles
Le ministère de la Défense a confirmé l’usage de fumées toxiques par les forces thaïlandaises dans le village de Prey Chan, une information également relayée par la porte-parole du ministère, Maly Socheata, sans toutefois préciser leur nature.
De son côté, le ministère de l’Intérieur a indiqué que des zones civiles avaient été directement touchées. Dans la matinée, des frappes ont endommagé des habitations et des étals de marché à Ph’ong Village, dans la commune de Koun Kriel, à Samraong, à environ 30 kilomètres de la frontière thaïlandaise.
Une crise humanitaire qui s’aggrave
Sur le plan humanitaire, la situation continue de se détériorer. Selon les autorités, 126 508 familles, soit 422 698 personnes, ont été déplacées dans les provinces de Preah Vihear, Oddar Meanchey, Banteay Meanchey, Battambang, Pursat et Siem Reap.
Guerre psychologique et désinformation
Lors d’une conférence de presse, le porte-parole du gouvernement, Pen Bona, a accusé la Thaïlande de violer la souveraineté du Cambodge, non seulement par des actions militaires, mais aussi par des opérations de guerre psychologique.
« Cette guerre psychologique est dangereuse si les citoyens ne comprennent pas les mécanismes employés. Elle vise à décourager les forces cambodgiennes, à semer la peur parmi la population et à affaiblir la solidarité nationale », a-t-il déclaré, évoquant notamment l’utilisation de faux comptes sur les réseaux sociaux se présentant sous des identités khmères.
Pressions économiques et inquiétudes diplomatiques
Sur le plan régional, le Conseil national de sécurité thaïlandais a annoncé le renforcement des contrôles sur les importations de carburant et de matériel militaire à destination du Cambodge, incluant l’inspection des navires thaïlandais se rendant dans des zones jugées à risque.
Cette annonce a suscité de vives inquiétudes au sein du milieu des affaires. La Chambre de commerce américaine au Cambodge (AmCham) a saisi l’ambassade des États-Unis à Phnom Penh, redoutant une possible désignation des ports cambodgiens comme zones à haut risque et un blocage des livraisons de carburant.
« Nous souhaitons exprimer notre préoccupation urgente face aux déclarations suggérant un blocus des livraisons de carburant et d’autres marchandises », a déclaré Casey Barnett, président d’AmCham.
Appels internationaux à la retenue
La communauté internationale continue d’appeler à l’apaisement. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Guo Jiakun, a exhorté les deux parties à faire preuve de retenue et à engager des mesures concrètes pour mettre fin aux combats.
L’ambassadeur britannique au Cambodge, Dominic Williams, a également exprimé son inquiétude face à l’impact du conflit sur les civils et appelé à une cessation rapide des hostilités.
Bilan humain toujours plus lourd
Selon les derniers chiffres communiqués par le ministère de l’Intérieur, le conflit a déjà causé la mort de 15 civils et fait 74 blessés. Le nombre de personnes déplacées dépasse désormais les 420 000, illustrant l’ampleur croissante de cette crise aux conséquences humanitaires, sécuritaires et économiques majeures.
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