Survivant de la prison S-21, Bou Meng est mort le 14 août à Phnom Penh. Son décès réduit encore le nombre de témoins directs du génocide des Khmers rouges.


Bou Meng, survivant du célèbre centre d’interrogatoire S-21 des Khmers rouges, est mort à l’âge de 85 ans. Sa disparition réduit encore le nombre de Cambodgiens ayant été témoins directs du génocide.
Selon un communiqué publié le 15 août par le Musée du génocide de Tuol Sleng, Bou Meng est décédé à 23 heures le 14 août.
« La mort de Bou Meng constitue la disparition d’un témoin historique important des crimes commis par le régime génocidaire de Pol Pot contre le peuple cambodgien, en particulier ceux perpétrés dans l’ancienne prison S-21 », a déclaré le musée.
L’établissement a également souligné la contribution active de Bou Meng à la recherche de justice pour les victimes, notamment grâce à son témoignage devant les Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens (CETC).
S-21, un centre de détention au cœur du génocide cambodgien
Selon les estimations historiques, 14 000 à 17 000 prisonniers ont été détenus à S-21, installé dans une ancienne école de Phnom Penh. De nombreuses victimes étaient enfermées dans de petites cellules en briques aménagées dans les salles de classe.
Une douzaine de détenus seulement auraient survécu à cette prison, dont Bou Meng.
Arrêté avec son épouse Ma Yoeun en 1976, Bou Meng a été séparé d’elle dès leur arrivée à S-21. Il ne l’a jamais revue.
Selon une biographie rédigée par Huy Vannak, aujourd’hui secrétaire d’État au Conseil des ministres, Bou Meng aurait échappé à l’exécution grâce à ses talents de portraitiste. Les responsables de S-21 l’avaient chargé de réaliser des portraits de propagande de Pol Pot et d’autres dirigeants communistes.

Bou Meng et son épouse, Ma Yeoun, ont les yeux bandés , le 16 août 1977. (Peinture réalisée par Bou Meng en 2004, archives du DC-Cam).
Une famille décimée par les Khmers rouges
Ce talent n’a pas permis de sauver sa famille. Son épouse Ma Yoeun a été torturée puis tuée sur le site d’exécution de Choeung Ek. Leurs deux enfants sont morts de faim dans un centre pour enfants placé sous le contrôle des Khmers rouges.
Bou Meng et son épouse Ma Yoeun, les yeux bandés dans la prison S-21, le 16 août 1977. Tableau peint par Bou Meng en 2004. Archives du DC-Cam.
Un témoignage devant les Chambres extraordinaires
En 2009, Bou Meng a témoigné devant les CETC lors du procès de Kaing Guek Eav, alias Duch, le commandant de S-21.
Durant les dernières années de sa vie, il a passé une grande partie de son temps au Musée du génocide de Tuol Sleng. Il y dédicaçait ses mémoires et échangeait avec les visiteurs ainsi qu’avec des élèves au sujet de ce qu’il avait vécu.
La disparition de Bou Meng, l’un des rares survivants connus de S-21, pose une question à laquelle le Cambodge doit encore répondre : que deviendront la justice et la mémoire lorsque les personnes ayant vécu sous le régime des Khmers rouges ne seront plus là pour raconter leur histoire ?
Préserver la mémoire des survivants du génocide
Youk Chhang, directeur exécutif du Centre de documentation du Cambodge (DC-Cam), a estimé que la mort de Bou Meng rappelait l’urgence de préserver les récits des survivants, dont le nombre diminue avec le temps.
« Le temps presse, alors que la population vieillissante des survivants du génocide continue de se réduire », a déclaré Youk Chhang.
Selon Youk Chhang, la mémoire de Bou Meng restera intégrée à l’histoire du génocide cambodgien.
« J’appelle à une mobilisation publique pour préserver les récits des millions de personnes ayant survécu aux Khmers rouges et leur garantir un accompagnement médical », a-t-il ajouté.
Sao Phal Nisely
Avec l'aimable autorisation de Cambodianess, qui a permis la traduction de cet article et ainsi de le rendre accessible au lectorat francophone.
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