Au Cambodge et au Laos, la lutte contre la bilharziose s’appuie sur traitements, prévention et coopération pour éliminer une maladie encore présente.


Le Cambodge et le Laos intensifient leurs efforts pour éliminer la bilharziose (ou schistosomiase) , une maladie parasitaire chronique causée par des vers plats du genre Schistosoma. Transmise par des escargots d’eau douce, elle figure parmi les maladies parasitaires les plus répandues au monde après le paludisme.
La contamination survient lors d’un contact avec de l’eau douce contaminée – rivières, lacs ou zones inondées – lorsque des larves microscopiques pénètrent la peau. Ce mode de transmission explique la forte exposition des populations vivant le long du Mékong.
Cette initiative s’appuie sur le soutien de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), du Fonds de développement et de coopération Sud-Sud (GDF) de la Chine et de l’Agence suisse pour le développement et de la coopération (SDC). Plus de 200 000 personnes vivent dans des zones à haut risque, situées de part et d’autre du fleuve, entre le sud du Laos et le nord-est du Cambodge.
Des progrès sanitaires notables dans les deux pays
Ces efforts s’inscrivent dans une dynamique plus large de lutte contre les maladies infectieuses. Le Laos a éliminé le trachome en 2017 et la filariose lymphatique en 2023, tandis que les cas de paludisme ont chuté à 272 en 2025, contre plusieurs centaines de milliers dans les années 1990.
De son côté, le Cambodge a éradiqué la poliomyélite en 2000, puis le trachome et la filariose lymphatique en 2016. Avec une baisse de 94 % des cas de paludisme entre janvier et mars 2025 par rapport à la même période en 2024, le pays se rapproche de l’objectif d’élimination.
Une maladie encore présente le long du Mékong
Malgré ces avancées, la bilharziose demeure une préoccupation sanitaire dans certaines zones riveraines du Mékong.
« Transmise par des escargots infectés vivant dans des eaux contaminées, la maladie reste un enjeu de santé publique important dans certaines régions des deux pays », souligne le Dr Tim Armstrong, représentant de l’OMS au Laos.
Aujourd’hui, moins de 1 % des populations vivant dans les zones à risque sont infectées, mais la maladie continue de toucher plusieurs milliers de personnes, notamment des enfants.
Au Cambodge, environ 80 000 personnes sont exposées dans 104 villages des provinces de Kratie et Stung Treng. Au Laos, près de 120 000 habitants sont concernés dans 202 villages des districts de Khong et Mounlapamok, dans la province de Champassak.
Les symptômes résultent principalement de la réaction de l’organisme aux œufs du parasite. Dans les phases précoces, des démangeaisons cutanées peuvent apparaître, suivies de fièvre, de toux et de douleurs musculaires. À un stade chronique, la maladie peut provoquer des douleurs abdominales, du sang dans les selles ou les urines, et, en l’absence de traitement, entraîner des complications graves telles que des atteintes hépatiques, une fibrose ou certains cancers.

Le soutien, la formation et l'échange de connaissances avec des experts techniques chinois et suisses ont permis de renforcer la surveillance et le suivi des maladies, ainsi que d'améliorer les pratiques de laboratoire aux niveaux national, provincial et départemental . © OMS / Phoonsab Thevongsa et © NIPD / Xiang Jiangling
Des pratiques quotidiennes à risque
Le mode de vie des populations riveraines favorise l’exposition au parasite Schistosoma mekongi. Les activités quotidiennes – lavage, baignade, pêche ou collecte d’eau – augmentent les risques, en particulier dans les zones où l’accès à l’eau potable et à l’assainissement reste limité.
« Le traitement de masse est indispensable, mais l’élimination durable repose sur des systèmes WASH solides », rappelle le Dr Huy Rekol, directeur du Centre national de parasitologie, d’entomologie et de lutte contre le paludisme au Cambodge. « C’est une solution de long terme pour rompre le cycle de transmission. »
Sensibiliser dès le plus jeune âge
L’éducation joue également un rôle déterminant. Plus de 50 000 élèves seront sensibilisés dans les zones à risque.
Bounlaiy Sackpasith, directeur de l’école primaire de Thakham, souligne :
« À notre école, des points de lavage des mains ont été installés et les enfants sont encouragés à adopter de bonnes pratiques d’hygiène, notamment se laver les mains et utiliser correctement les toilettes. L’intégration de la maladie dans les cours permet de mieux comprendre les risques. »
Des traitements de masse pour briser la transmission
L’administration de praziquantel, un médicament en dose unique, constitue un pilier de la stratégie. À ce jour, plus de 138 000 personnes ont été traitées dans 103 villages, et plus de 280 000 devraient l’être à l’échelle du projet.
« Cette étape est essentielle pour interrompre la transmission et progresser vers l’élimination », souligne le Dr Virasack Banouvong, directeur du Centre de parasitologie et d’entomologie du Laos.
Une coopération internationale déterminante
Pour Jean-Gabriel Duss, directeur régional de la SDC pour le Mékong :
« L’élimination de la bilharziose dans la région du Mékong est à portée de main. Elle dépend d’un effort coordonné entre traitement, surveillance, éducation et amélioration des conditions sanitaires. Cette collaboration entre le Laos, le Cambodge et leurs partenaires internationaux est essentielle pour parvenir à éliminer définitivement la maladie. »

Les responsables sanitaires chinois, ainsi que des experts de l'OMS et du CNM, participent à des séances d'éducation sanitaire communautaire afin d'informer les habitants sur la schistosomiase du Mékong et les mesures qu'ils peuvent prendre pour en prévenir la propagation. © OMS / Vibol Chan
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