Le programme Women for Bees transforme les pratiques rurales, soutient les apicultrices et participe à la préservation des abeilles au Cambodge.


Au Cambodge, le programme « Women for Bees » s’inscrit dans une double ambition : générer des revenus dans les zones rurales tout en renforçant la sécurité alimentaire, notamment pour les ménages les plus vulnérables. L’initiative accompagne l’émergence d’une nouvelle génération d’apicultrices-entrepreneures, soutenues par des formations et des échanges au sein d’une communauté active en ligne.
Au-delà de l’aspect économique, le projet participe à l’élaboration d’un plan national dédié à une apiculture durable et à la conservation des abeilles indigènes du pays.
Pour en savoir plus : Plus que du miel : Pourquoi les abeilles du Cambodge sont essentielles pour tous
Phnom Kulen : laboratoire de la méliponiculture
Dans le parc national de Phnom Kulen, l’accent est mis sur la méliponiculture, c’est-à-dire l’élevage d’abeilles sans dard, reconnues pour leur caractère non agressif. Cette aire protégée abrite les quatre espèces d’abeilles mellifères indigènes du Cambodge — Apis dorsata, Apis cerana, Apis florea et Apis andreniformis — ainsi que plusieurs espèces d’abeilles sans dard, dont Homotrigona fimbriata, Lepidotrigona sp. et Tetragonula sp.
Une étude de faisabilité menée en 2024 a confirmé la pertinence du projet. Quinze villageois, dont quatorze femmes, ont été formés et ont rapidement démontré leur capacité à gérer des ruchers, malgré des conditions climatiques défavorables, notamment une saison des pluies prolongée.
Des formations avancées organisées en mars et avril 2025 ont permis d’approfondir les connaissances techniques : gestion des ruches, analyse du miel, division des colonies. En juin 2025, 62 colonies d’abeilles sans dard étaient recensées dans le parc, en hausse grâce aux nouvelles captures et divisions.
Parmi les participantes, Chit Singa, originaire du village de Songkae Lak, illustre cette dynamique. Inspirée par l’engagement de l’équipe, elle a développé ses compétences, notamment dans la division des colonies, ce qui a ouvert de nouvelles perspectives économiques. Elle envisage désormais de diversifier sa production au-delà du miel. Son rucher accueille aujourd’hui des visiteurs, renforçant son implication dans le projet.
Rean Sarann, du village d’Along Thom, évoque quant à elle l’enthousiasme suscité par la capture de nouvelles colonies, vécue comme un moment particulièrement stimulant.
Des initiatives complémentaires sont en cours dans le parc, incluant des campagnes de sensibilisation auprès des chasseurs de miel, des gardes forestiers et des écoliers, ainsi que le développement de l’apitourisme.
Angkor : relancer l’apiculture après des débuts difficiles
Dans le parc archéologique d’Angkor, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, une première formation à l’apiculture Apis cerana en 2022 a rencontré des obstacles significatifs. Certaines participantes, dont Roueng Rambo, ont été relocalisées dans le village de Run Ta Ek et n’ont pas pu poursuivre leur activité, notamment en raison de fortes pluies.
Depuis, ces apicultrices ont intégré le programme de méliponiculture. En mars 2025, elles ont reçu de nouvelles colonies d’abeilles sans dard. Roueng Rambo s’attache désormais à partager ses connaissances, en particulier sur les propriétés médicinales associées à cette pratique. Leur rucher, situé au cœur de rizières exemptes de pesticides, offre un environnement favorable aux abeilles.
Yous Sreypich souligne l’impact personnel de cette formation : « L’apiculture m’a non seulement challengée sur le plan technique, mais a aussi transformé ma manière de penser. » Elle ajoute se sentir « confiante à 90 % pour enseigner ce qu’elle a appris », témoignant d’un changement durable dans sa perception de ses capacités.
Tonlé Sap : protéger une espèce clé pour l’écosystème
La réserve de biosphère du Tonlé Sap, classée en 1997 et couvrant plus de 1 483 339 hectares, constitue un écosystème essentiel en Asie du Sud-Est. Le projet y met l’accent sur la conservation de l’abeille géante asiatique (Apis dorsata) et la promotion de pratiques de récolte durables.
Ces abeilles migratrices jouent un rôle central dans la pollinisation des forêts inondées, contribuant à la production de fruits et de graines qui soutiennent les populations de poissons et les moyens de subsistance de millions d’habitants.
Cependant, leurs populations déclinent en raison de la destruction des habitats et de pratiques de chasse au miel non durables, incluant la consommation du couvain.
En 2022, quatorze chasseurs de miel ont été formés à l’apiculture sur chevrons, une technique permettant une récolte non destructive. Une évaluation menée en 2025 a révélé une bonne assimilation des connaissances, mais des résultats encore limités, notamment en raison d’un positionnement inadéquat des installations. De nouvelles sessions de formation sont en cours afin de corriger ces pratiques et d’élargir la participation.
Vers une apiculture durable et inclusive
En s’appuyant sur la diversité des écosystèmes et des espèces d’abeilles locales, le programme « Women for Bees » poursuit son déploiement au Cambodge. Il vise à renforcer les compétences locales, soutenir des moyens de subsistance durables et contribuer à la préservation des pollinisateurs sur le long terme.
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