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EFEO : une histoire de terrain au cœur de l’Asie

Alors que l’EFEO vient d’achever la restauration d’une statue monumentale khmère de Shiva dansant, datant du Xe siècle, il nous a semblé judicieux de raconter le parcours de cette grande dame, souvent trop discrète, qui mène un travail remarquable de recherche, de restauration et de transmission.

EFEO : une histoire de terrain au cœur de l’Asie EFEO : une histoire de terrain au cœur de l’Asie
Écrit par Raphaël FERRY
Publié le 4 avril 2026

Une aventure scientifique née en Indochine

Quels liens peuvent bien unir les temples d’Angkor, les manuscrits bouddhiques de Chine ou encore les traditions villageoises d’Asie du Sud-Est ? Derrière cette diversité se trouve une institution discrète mais essentielle : l’École française d’Extrême-Orient (EFEO).

Fondée en 1898 à Saïgon par le gouverneur général Paul Doumer, l’EFEO s’inscrit dans un mouvement plus ancien de recherches orientalistes, déjà porté en Europe par des savants, des sociétés savantes et des explorateurs. Elle marque toutefois une étape décisive : celle d’une présence scientifique permanente sur le terrain asiatique, dédiée à l’étude, à l’inventaire et à la préservation du patrimoine.

 

EFEO : une histoire de terrain au cœur de l’Asie

Paul Doumer par Eugène Disdéri

Très vite, l’institution s’ancre durablement dans la région. Elle prend son nom actuel en 1900, puis s’installe à Hanoï deux ans plus tard.

Angkor, un chantier fondateur

C’est au Cambodge que l’EFEO va durablement marquer l’histoire de l’archéologie. À partir de 1907, elle se voit confier la conservation du site d’Angkor. Pendant près de soixante-dix ans, ses équipes vont relever, documenter, restaurer et étudier cet ensemble monumental unique au monde.

Au fil des décennies, une méthode s’impose : l’anastylose, qui consiste à reconstruire les temples à partir de leurs pierres d’origine. Une technique exigeante, patiemment perfectionnée sur le terrain, notamment au Baphuon, dont la restauration ne s’achèvera qu’en 2011.

Au-delà d’Angkor, ce sont plus de 2 000 sites qui ont été identifiés en Asie par l’EFEO, et plus de 1 200 monuments classés.

Des chercheurs au cœur des sociétés asiatiques

L’histoire de l’EFEO est aussi celle de ses chercheurs. Dès le début du XXe siècle, des figures comme Louis Finot et Georges Cœdès se consacrent à l’étude des inscriptions anciennes, posant les bases de notre compréhension des royaumes d’Asie du Sud-Est.

D’autres explorent de nouveaux champs : Paul Pelliot éclaire le bouddhisme en Chine, Henri Maspero travaille sur les civilisations chinoise et vietnamienne, tandis que Paul Lévy s’intéresse aux sociétés locales, à leurs langues, leurs rites et leurs croyances.

Leurs travaux laissent derrière eux une documentation exceptionnelle : archives, relevés, journaux de terrain, photographies. Une mémoire scientifique unique, encore exploitée aujourd’hui.

Des musées à la coopération internationale

L’empreinte de l’EFEO ne se limite pas aux fouilles. Entre 1905 et 1942, elle participe à la création de plusieurs musées majeurs en Asie du Sud-Est, dont certains constituent aujourd’hui les institutions nationales de référence.

 

EFEO : une histoire de terrain au cœur de l’Asie

Musée National d'Histoire du Vietnam

Après les indépendances, l’école change de modèle. Son siège est transféré à Paris en 1956, et une nouvelle dynamique s’installe : celle de la coopération avec les pays partenaires.

Peu à peu, un réseau se déploie à travers toute l’Asie : Jakarta, Pondichéry, Chiang Mai, puis Phnom Penh, Siem Reap, Vientiane, Hanoï ou encore Kyoto.

Un « réseau dans le réseau »

Aujourd’hui, l’EFEO fonctionne comme un véritable maillage scientifique à l’échelle asiatique. Environ 140 personnes y travaillent, dont une quarantaine de chercheurs permanents, répartis dans une quinzaine de centres et d’antennes.

Ses activités sont multiples : fouilles archéologiques, études des textes anciens, anthropologie, analyse des matériaux. L’institution s’appuie aussi sur des outils modernes, comme les technologies LIDAR, qui permettent de révéler des sites enfouis sous la végétation, notamment au Cambodge.

À cela s’ajoutent des bibliothèques, des archives, une photothèque de plusieurs centaines de milliers d’images, ainsi qu’une activité éditoriale soutenue.

Transmettre et comprendre un monde en mutation

Au-delà de la recherche, l’EFEO joue un rôle important dans la formation. Elle accompagne chaque année une cinquantaine de doctorants et participe à des programmes universitaires, notamment un master d’études asiatiques lancé en 2020 avec plusieurs grandes institutions françaises.

Dans une Asie en pleine transformation, où se concentrent aujourd’hui plus de la moitié des habitants de la planète, l’enjeu reste le même qu’à ses débuts : comprendre les sociétés, leurs héritages et leurs évolutions.

Une ambition scientifique qui, plus d’un siècle après sa création, continue de se construire sur le terrain.

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