Dans le cadre de notre série « Ces Cambodgiens qui font vivre la francophonie », nous avons rencontré Thierry Tea. Entrepreneur franco-cambodgien au parcours international, il porte un regard engagé et lucide sur la place du français au Cambodge, ainsi que sur le rôle que peuvent y jouer les acteurs économiques français.


Né en France au sein d’une famille cambodgienne, Thierry Tea débuta sa carrière en 2004 chez Airbus, où il évolua rapidement jusqu’à prendre des responsabilités importantes à Singapour et aux Philippines. Il y développa les activités du groupe dans un environnement très concurrentiel, avant de se lancer dans l’entrepreneuriat.
Il fonda PhilJets, une entreprise d’aviation d’affaires qu’il développa en Asie, tout en multipliant les investissements dans différents secteurs. Son parcours est marqué à la fois par des succès et quelques échecs, qu’il revendique comme des étapes d’apprentissage.
Installé au Cambodge depuis 2017, il rejoignit en 2022 le groupe OCIC, où il joue aujourd’hui un rôle clé dans la transformation et la modernisation de plusieurs projets urbains majeurs à Phnom Penh, dont Koh Pich, aujourd’hui quartier d’affaires, ainsi que le développement de Chroy Changvar Bay.
Ces deux quartiers accueilleront d’ailleurs le Sommet de la Francophonie et Franco Tech en novembre 2026.
Une influence française en grande mutation
Pour Thierry Tea, la place du français au Cambodge a évolué avec les dynamiques économiques régionales. « Aujourd’hui, les jeunes se tournent naturellement vers l’anglais ou le chinois, perçus comme des leviers d’opportunités dans le commerce, le digital ou l’économie internationale. »
Pour autant, le français conserve une image forte dans certains domaines : « Le français reste associé à des métiers d’excellence, comme l’ingénierie, la médecine ou les arts. Et au plus haut niveau de l’État, il demeure une langue de référence dans certains échanges. »
Si cela peut être perçu comme un recul, Thierry évoque une transformation du rôle de la langue française, qui nécessite selon lui d’être mieux valorisée dans les nouveaux contextes économiques.
Une francophonie à repenser de manière proactive
Pour Thierry Tea, l’enjeu principal est celui de la dynamique. « La francophonie ne peut pas être uniquement institutionnelle. Elle doit être portée par des initiatives concrètes, des projets, des entrepreneurs. »
Il plaide pour une approche plus active et tournée vers l’action : « Comme dans le sport ou dans l’entreprise, il faut aller chercher les opportunités, créer des passerelles, structurer des écosystèmes. Je pense réellement que le français et la France peuvent avoir une place beaucoup plus importante, si la volonté et l’ambition sont là. »
Des axes de progression nécessaires pour les acteurs français
S’il souligne le potentiel de la présence française, Thierry Tea évoque également certaines pistes d’amélioration dans l’approche des entreprises à l’international. Au Cambodge, la France n’est que le 9e investisseur étranger, derrière le Canada, le Japon, la Malaisie ou Singapour. « Dans des marchés comme l’Asie du Sud-Est, la clé est souvent la capacité à s’inscrire dans le temps long et à construire des relations durables. »
Il note également l’importance de l’adaptation locale : « Chaque marché a ses spécificités. Comprendre les dynamiques locales, investir dans les talents, s’ancrer dans l’écosystème sont des facteurs clés de succès. » Dans un contexte de forte concurrence régionale, ces éléments peuvent faire la différence pour renforcer la présence française.
Des opportunités réelles, à condition de s’adapter
Malgré ces défis, Thierry Tea reste confiant quant au potentiel des acteurs français au Cambodge. « La France bénéficie toujours d’une image très positive. Paris, la culture, la qualité des technologies de pointe comme dans l’intelligence artificielle, l’aéronautique ou la gastronomie continuent d’inspirer. »
Certains secteurs apparaissent particulièrement porteurs : éducation, ingénierie, culture, hôtellerie, recherches scientifiques ou encore santé.
Pour en tirer pleinement parti, il identifie plusieurs leviers :
• s’inscrire dans une vision de long terme
• investir durablement dans le pays
• former et accompagner les talents locaux
• s’adapter aux réalités économiques et culturelles
« Il s’agit avant tout de construire une relation équilibrée et dans la continuité. »
Relier la France et le Cambodge autrement dans l’ère de l’IA – French Tech et Franco Tech
À travers ses projets, Thierry Tea cherche à renforcer les liens entre les deux pays, notamment autour de l’innovation.
« Le Cambodge a un potentiel réel en matière d’innovation. L’enjeu est de créer davantage de connexions avec les écosystèmes français et francophones. »
D’ailleurs, un de ses projets, Connexion, le Hub Tech de Koh Pich, accueille la nouvelle Université de la Francophonie Asiatique, soutenue par le groupe OCIC.
La French Tech Phnom Penh va organiser un Forum Innovation et accueillir des startups de différents pôles French Tech de la région Asie, Europe et nord-américaine, lors du sommet de la Francophonie, et fortement collaborer avec le gouvernement cambodgien pour l’organisation de Franco Tech.

L’approche de Thierry Tea dépasse l’héritage historique pour s’inscrire dans une logique de coopération contemporaine.
Une relation à réinventer
En conclusion, Thierry Tea résume sa vision avec pragmatisme :
« La place de la France au Cambodge existe toujours, mais elle doit évoluer avec son temps. Comme toute relation, elle doit se construire, s’entretenir et se réinventer pour rester attractive, dynamique et épanouie. »
Un message qui se veut avant tout une invitation à repenser, de manière constructive, le rôle de la francophonie en Asie du Sud-Est.
Le Cambodge accueille cette année le 26e Sommet de la Francophonie. Le Cambodge est-il pour autant un pays francophone ? La question reste posée et mérite un long développement.
Au Petit Journal, nous sommes allés à la rencontre de ces Cambodgiens qui font vivre la francophonie au quotidien. Ils sont issus de tous les milieux et leur histoire est, à chaque fois, singulière. Qu’ils exercent dans l’enseignement, les sciences, les arts ou au sein du gouvernement, leurs profils sont multiples, mais toujours passionnants.
Retrouvez les témoignages déjà publiés de en suivant ce lien : Ces Cambodgiens qui font vivre la francophonie
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