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Renaissance spectaculaire du Shiva dansant de Koh Ker

Après six ans de travaux, la statue monumentale du Shiva dansant de Koh Ker, chef-d’œuvre du Xe siècle, a été restaurée. Un projet majeur pour le patrimoine khmer et la transmission des savoir-faire.

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Photo EFEO Eric Bourdonneau
Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 18 mars 2026

Ce projet d’envergure a été mené par l’École française d’Extrême-Orient (EFEO), sous l’égide de l’Autorité nationale pour Preah Vihear (ANPV), avec le soutien de l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine (ALIPH).

Une œuvre emblématique de l’histoire de Koh Ker

Érigée dans la première moitié du Xe siècle au cœur du sanctuaire royal du Prasat Thom, la statue du Shiva dansant témoigne de l’importance politique et religieuse de Koh Ker, qui fut, durant près de deux décennies sous le règne de Jayavarman IV, la capitale du royaume khmer. Ce déplacement du centre de pouvoir, loin d’Angkor, s’accompagne d’un renouveau artistique marqué par des réalisations monumentales, dont cette sculpture constitue l’un des exemples les plus aboutis.

Placée au centre d’un ensemble sculptural, la figure de Shiva incarnait la puissance divine et la légitimité royale. Le dieu y est représenté dans une danse victorieuse, symbolisant le triomphe sur la mort et le chaos, entouré de plusieurs divinités, dont Umā, Kālī-Camundā, Mahākāla et Nandikeśvara. Cette composition, à la fois théologique et politique, inscrivait le souverain dans un ordre cosmique, où la royauté se trouvait directement associée à la puissance du dieu.

 

Renaissance spectaculaire du Shiva dansant de Koh Ker

vue d'artiste . EFEO

Au-delà de sa fonction cultuelle, cette œuvre a profondément marqué l’évolution de l’art khmer. Elle fixe en effet un modèle iconographique du Shiva « Seigneur des mondes », repris par la suite dans de nombreux temples, notamment à Banteay Srei, à Vat Phu ou encore à Preah Vihear. Par son ampleur, sa maîtrise technique et sa portée symbolique, le Shiva dansant de Koh Ker apparaît ainsi comme une œuvre fondatrice, à la croisée de l’art, du pouvoir et de la spiritualité dans le Cambodge ancien.

Un chef-d’œuvre patiemment reconstitué

Datée du Xe siècle, la statue monumentale — haute de près de cinq mètres et pesant environ sept tonnes — constitue l’une des pièces majeures de l’art khmer. Renversée dès le XIVe siècle, elle avait ensuite été fragmentée en plus de 10 000 morceaux lors des pillages survenus pendant la guerre civile.

La restauration, engagée entre 2020 et 2026, a mobilisé des spécialistes internationaux et cambodgiens pour reconstituer ce gigantesque puzzle tridimensionnel. Au total, plus de 2 700 fragments sculptés ont été étudiés et assemblés, avec plus de 700 connexions identifiées.

En 2012, l’équipe française a commencé les fouilles et a collecté des fragments de la statue, qui ont été stockés à la Conservation d’Angkor. Certaines parties de la sculpture ont été retrouvées jusqu’à 200 mètres du temple.

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Un projet scientifique et humain

Dirigé par Éric Bourdonneau (EFEO) et Benoît Lafay pour la restauration, le chantier a également intégré un important volet de formation. Vingt professionnels cambodgiens ont ainsi été formés aux techniques de conservation, garantissant la transmission de compétences essentielles pour de futures interventions patrimoniales.

 

Renaissance spectaculaire du Shiva dansant de Koh Ker

Photo Tom Chanritheara / Cambodianess

 

« Nous sommes fiers d’avoir contribué à redonner vie à un chef-d’œuvre exceptionnel du patrimoine khmer », a déclaré Valéry Freland, directeur exécutif de l’ALIPH.

Un symbole fort face aux pillages

Au-delà de sa dimension artistique, cette restauration incarne une réponse aux destructions et au trafic d’œuvres ayant marqué l’histoire récente du Cambodge.

Elle illustre également la montée en compétence des équipes locales et le renforcement des coopérations internationales en matière de protection du patrimoine.

Inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis septembre 2023, le site de Koh Ker confirme ainsi son importance croissante dans le paysage culturel cambodgien.

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