Un village, deux meurtres en une semaine : sorcellerie et folie en pays Khmer

Par Lepetitjournal Cambodge | Publié le 01/05/2022 à 18:30 | Mis à jour le 01/05/2022 à 03:01
Photo : campagne cambodgienne dans la région de Siem Reap
campagne cambodgienne dans la région de Siem Reap

Dans un même village deux meurtres sans lien entre eux ont été commis dans la même semaine. Un voyage dans la campagne khmère où les superstitions sont encore bien vivaces et où les fous ne reçoivent pas toute l’assistance dont ils ont besoin

 

 

Chasse aux sorciers mortelle

 

Deux individus de 15 et 24 ans, ont été inculpés lundi soir pour violence avec circonstances aggravantes à l'encontre d’un homme de 51 ans mort des suite de ses blessures. Ils l'accusaient de sorcellerie.

 

Le chef du village de Kok Doung, Kem Ham, a déclaré que les deux individus sont des beaux-frères. Ils étaient des voisins de la victime, qu'il a décrite comme un homme gentil qui faisait de petits travaux, comme ramasser du manioc, nettoyer et plumer des canards et des poulets pour les manger.

 

L’attaque s'est produite le 15 avril. Ils ont battu leur victime jusqu'à ce que la victime perde connaissance. Chhoeung, c’est son nom, a été blessé à la vésicule biliaire et au foie. Il est mort deux jours après l'attaque.

 

La famille de Chhoeung l'avait amené chez un médecin local à 2 heures du matin le 16 avril et que le médecin l'avait finalement renvoyé chez lui, en disant que ses blessures étaient trop graves pour être soignées.

 

Selon Ham, les agresseurs pensaient que Chhoeung, la victime, était un sorcier. Les meurtres liés à des accusations de sorcellerie ne sont pas rares dans les zones rurales du Cambodge.

 

"C'était une accusation sans fondement", a déclaré Ham. "Ils sont venus l'attaquer alors qu'il faisait son travail. Il n'y a aucune preuve qu'il fasse de la magie noire ou des incantations ou d'autres choses liées à la sorcellerie, mais en fait c’était juste une personne normale. Comment ont-ils pu l'accuser d'être un sorcier ? »

 

Yuon Cham, chef de la police du district, a déclaré que les deux agresseurs avaient tenté de prétendre que Chhoeung était malade et que leur attaque n'aurait pas dû tuer l'homme de 51 ans. Selon lui, les deux hommes ont attaqué Chhoeung parce qu'ils pensaient qu'il avait jeté une malédiction sur leur parent.

 

En effet, la mère et la belle-mère [des deux beaux-frères] étaient souvent malades, alors ils sont allés consulter un guérisseur traditionnel qui leur a dit qu'elles étaient victimes d’un sort.

 

Selon son enfant, au moment de l’attaque, Chhoeung était juste en train de dépecer un crapaud

 

Un fou tue sa tante à coups de hache

 

Le juge d'instruction provincial Veng Mouy Ky a inculpé Maing Samleng, 30 ans pour meurtre, et risque entre 10 et 15 ans de prison s'il est reconnu coupable. Il est accusé du meurtre de sa tante la semaine dernière. Les autorités locales affirment qu’il souffre d' antécédents psychiatriques, mais aucune expertise n'a été déposée devant le tribunal pour le démontrer.

 

Ham, le chef du village de Kok Doung, a déclaré que Samleng avait attaqué sa tante, Meach Kamsoth, avec une hache le 13 avril. Elle a été transportée à l'hôpital avec des blessures graves et est décédée à l'hôpital. Samleng a été arrêté une heure plus tard.

 

"Quand il est ivre, c’est comme s'il était possédé. Oui, il a [des problèmes de santé mentale]", a déclaré le chef de la police du district .

 

Selon Ham les problèmes de santé mentale de Samleng étaient connus au sein de la commune. Cela a commencé après que Samleng, un collecteur d'ordures, a été attaqué par des individus lors d'une fête au village en 2019.

Ham a déclaré que Samleng "avait eu de la chance d’avoir survécu." Il a commencé à développer des problèmes de santé mentale après la libération de l'un des hommes qui l’a attaqué.

 

"Après l'incident, sa femme l’a quittée pour retourner dans sa province natale en emportant leur enfant. Samleng est alors devenu une personne sans but", ajoute Ham. 

Le comportement de Samleng a changé après l'incident et selon le chef du village il  prenait des médicaments pour des problèmes de santé mentale.

 

"Le 13, nous ne savons pas pour quelle raison il a tailladé sa tante avec une hache", a déclaré Ham. "Nous sommes tristes de ne pas avoir pu empêcher que cela se produise".

 

Am Sam Ath, fonctionnaire de la Licadho, a déclaré à VODenglish que, quand il n'y a pas d’expertise psychiatrique préalable pour clarifier la situation, la police doit envoyer [le cas] au tribunal. Quand il y a un doute, comme ici, sa famille peut demander au tribunal d'envoyer l’individu subir un examen auprès d’un psychiatre pour déterminer s'il a vraiment une maladie mentale ou non."

 

Chheu Se, chef du centre de santé de Kok Doung, a déclaré qu'il savait également que Samleng avait des problèmes de santé mentale.

 

Il a ajouté que le centre de santé du district n'était en mesure de fournir que certains traitements pour les maladies mentales, mais il a affirmé que la commune sera à l'avenir en mesure de fournir davantage de services de santé mentale, sans .autre précision. 

 

Un autre homme du même village était parfois enchaîné à un poteau par sa famille pour l'empêcher d'attaquer d'autres personnes - une méthode encore utilisée en réaction aux personnes violentes souffrants de problèmes mentaux, les régions rurales du Cambodge, car non prise en charge médicalement. 

 

 

Les villageois ont discuté de la tenue d'un rite à l'échelle du village pour conjurer le mal et ramener la bonne fortune.

 

Article traduit avec l'aimable autorisation de VODenglish.com pour permettre au lectorat francophone d'y avoir accès.

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Raphael Ferry

Rédacteur en chef de l'éditon Cambodge.

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