Mardi 28 septembre 2021
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Soben le vélo en bambou made in Cambodia créé par un nantais

Par Juliette FONTAINE | Publié le 19/06/2021 à 02:00 | Mis à jour le 19/06/2021 à 02:00
Photo : Facebook -Soben
soben velo en bambou made in Cambodia créé par un Nantais

En 2018, lepetitjournal.com avait rencontré Tony Morvant lors de son arrivée à Phnom Penh. Ce Nantais d’alors 25 ans, s’était installé dans la capitale avec le projet fou de construire des vélos à partir d’un matériau très spécial : le bambou.

Après presque trois ans de recherches et d‘innovations sur la fibre de bambou, Soben, le projet du jeune ingénieur a bien évolué.

 

Comment ce projet a-t-il vu le jour et surtout pourquoi votre choix s’est porté sur l’association du bambou et du vélo ?

Tout a commencé en septembre 2015 en France lorsque je venais de finir mes études d’ingénieur. Ayant fait mon école en apprentissage, j’avais déjà trois ans d’expérience professionnelle en tant que salarié dans une entreprise, j’ai donc voulu me lancer dans une aventure entrepreneuriale. J’ai commencé à travailler en France pendant un an pour faire un premier vélo en bambou avec lequel j’ai fait près de 20 000 km.

Je suis intéressé par l’étude des matériaux et le bambou en tant que tel est très intéressant au niveau ingénierie. Je pense que c’est un matériau encore sous-exploité. J’avais fait quelques voyages en Asie durant mes études et le côté culturel et social du bambou me plaisait également.

En ce qui concerne le vélo, je pratique fréquemment ce sport depuis petit, et bien entendu, ensuite, il y a eu les 2 ans de voyage à travers le Cambodge en 2018. Aujourd’hui, ce que j’ai découvert à Phnom Penh, c’est une utilisation quotidienne du vélo en ville. C’est cet aspect du cyclisme que je veux mettre en avant dans mon projet.

 

Trois ans après notre première rencontre, pouvez-vous faire le point sur votre projet ?

Je suis réellement arrivé en tant qu’expatrié au Cambodge en janvier 2019. Mon objectif en tant qu’ingénieur est avant tout de me concentrer sur la recherche et le développement du bambou, les affaires ne sont que secondaires. J’ai donc un atelier à Phnom Penh doté d’une quantité importante d’outils, qui me permet de continuer le travail que j’avais commencé en France sur mon matériau, à savoir trouver de nouvelles utilisations pour le bambou. À long terme, je veux remplacer la fibre de verre et la fibre de carbone, des matériaux issus du pétrole, par la fibre de bambou, dans la fabrication de produits sportifs et haut de gamme. Cette fibre me permet en l’occurrence de construire des vélos mais ce n’est pas mon seul objectif, j’ai déjà des idées pour d’autres types de produits sportifs.

Cela fait seulement 1 mois et demi que je dispose d’un produit fini et prêt à la vente. Je fabrique le cadre du vélo et Kalip Bicycle, un magasin de vélo à Phnom Penh, s’occupe des composants, et ensemble nous allons commercialiser ce vélo en fibre de bambou. Pour financer ma recherche, j’ai donc fait des missions en tant qu’ingénieur. Mais à terme l’objectif est bien sûr que la vente de mes produits finis finance la recherche.

 

selfie soben
Facebook - Soben

 

Votre projet est bercé dans le domaine de l’écologie, voyez-vous les mentalités évoluer et pouvez-vous nous parler de vos engagements ?

Je vois les mentalités évoluer mais seulement depuis la crise du Covid-19. Si nous connaissons tous trop bien ses aspects négatifs, il y a également des effets bénéfiques à cette pandémie. En ce qui concerne mon projet, nous avons constaté une forte hausse de l’intérêt pour le vélo et le magasin de cyclisme avec lequel je travaille a bien ressenti cet engouement. C’est quelque chose qui a également été constaté en France d’ailleurs.

En ce qui concerne le côté écologique de Soben, je veux construire des produits qui ont une longue durée de vie, qui sont facilement réparables, ce qui est pour moi l’une des bases de l’écologie. Ensuite, je veux pousser les utilisateurs à avoir un mode de vie plus sain en faisant plus de sport, mais également plus écologique en réduisant leurs trajets en voiture, lorsque se rendre au travail en 10 minutes de vélo est possible.

 

Quelles sont les particularités de monter son entreprise au Cambodge lorsque l’on est un jeune entrepreneur français ?

Je rencontre principalement des facilités. Les Cambodgiens se montrent très intéressés par mon projet. Ils se l'approprient d’ailleurs facilement en affirmant rapidement le terme « made in Cambodia ». Même si c’est fait par un français, ils sont très fiers que ce projet ait lieu sur leur sol, et c’est quelque chose qui me plait beaucoup. Les seules difficultés que je rencontre sont liées au développement technologique et scientifique du Cambodge.

 

Quels conseils donneriez-vous à un jeune français voulant lancer son entreprise au Cambodge ?

Tout entrepreneur a le devoir d’être à l’écoute de son environnement et c’est encore plus vrai au Cambodge. Il faut donc se détacher de toute idée préconçue. Dans ce pays, l’environnement est particulièrement variable, moins cadré, la culture de travail est différente, c’est bien plus subtil. Il faut donc être plus à l’écoute des besoins et des contraintes et être extrêmement adaptable. Le modèle entrepreneurial doit être malléable et s’adapter aux changements. Il faut tout de même pousser et s’accrocher mais sans être trop têtu. Les Cambodgiens sont très réceptifs lorsqu’ils nous voient accrochés et passionnés.

Suivez la progression du projet de Tony Morvant sur son site internet et sur Facebook.

Juliette Fontaine

Juliette FONTAINE

Étudiante à Sciences Po Aix en Provence, j’effectue un stage au sein de la rédaction du Petit Journal Cambodge. Passionnée d’équitation, de nature et de voyages, je découvre Phnom Penh pour la première fois.
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